La consommation de céréales raffinées serait associée à une mortalité plus élevée. © AGfoto, Adobe Stock
Santé

Céréales raffinées et mortalité : des résultats mitigés

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[EN VIDÉO] Interview 3/5 : comment sont liées nutrition et espérance de vie ?  En France, l'espérance de vie est une des meilleures du monde, mais cette performance n’est pas uniquement liée à la nutrition. La génétique est peut-être aussi l'une des raisons. Béatrice de Reynal, nutritionniste, a accepté de nous en parler au cours de cette interview. 

Une récente étude d'observation prospective suggère qu'une forte consommation de céréales raffinées, en comparaison à une très faible consommation, accroît le risque de mortalité et d'évènements cardiovasculaires. Mais les résultats sont plus mitigés qu'il n'y paraît dans le cœur de l'étude en comparaison avec son résumé. 

Avoir une alimentation équilibrée est l'un des piliers d'une bonne santé à long terme. La façon dont nous mangeons peut influencer plusieurs variables dont la mortalité ou encore des marqueurs sanguins associés à des pathologies. S'il est presque devenu commun de le dire, il l'est moins de se demander à quel point ? En effet, si de petits changements alimentaires peuvent améliorer l'espérance et la qualité de vie des individus, pourquoi s'en priver ? Une récente étude parue dans le British Medical Journal, publiée par des chercheurs indiens, suggère que les céréales raffinées (hormis le riz blanc) sont associées à un risque plus élevé de mortalité et d'évènements cardiovasculaires. Néanmoins, il est important d'ajouter de grandes réserves à ces résultats et à leurs implications en matière de politique sanitaire. 

Pas de relation dose-réponse

Passons sur les limites classiques des études d'observations, des questionnaires de fréquences alimentaires et des facteurs de confusion pour nous concentrer sur les résultats. Dans cette étude, les scientifiques comparent plusieurs groupes de participants classés en différentes quantités de céréales raffinées consommées (on parle de quartile ici dans le jargon statistique). On remarque alors des différences significatives sur des variables comme la mortalité ou encore les évènements cardiovasculaires entre les personnes qui consomment moins de 50 grammes de céréales raffinées par jour et celles qui en consomment plus de 350 grammes. Entre les deux, il y a des personnes qui ont des consommations plus communes, allant de 50 à 349 grammes par jour. Ces personnes ont parfois moins de risque sur les mêmes variables que celles qui consomment peu de céréales raffinées. Dès lors, cela vient soutenir les recommandations d'une consommation quotidienne et modérée, comme celle conseillée actuellement par les autorités sanitaires. 

Le riz blanc n'était pas associé à une mortalité plus élevée alors que c'est une céréale raffinée. © Brent Hofacker, Adobe Stock

L'anomalie : le riz blanc 

Cette étude regroupe une disparité assez grande de régions du monde. Par conséquent, les chercheurs ont dû créer une catégorie à part pour le riz blanc, étant donné que ce dernier est l'aliment de base en Asie. Aucune association entre les variables étudiées et la consommation de riz blanc n'a été décelée. Pourtant, sur un plan strictement réductionniste et biochimique, le riz blanc n'est pas différent de ces acolytes raffinés sur des paramètres tels que la concentration en glucides ou la pauvreté en fibres. Cela étant, il devient difficile d'argumenter pour un rôle causal, même probabiliste, de la seule consommation de céréales raffinées.

En cause dans l'augmentation de la mortalité et des évènements cardiovasculaires : ce que l'on mange avec les céréales ? © Gabriele, Adobe Stock

Ce qui accompagne les céréales en cause ? 

Les auteurs suggèrent dans leur discussion que les résultats peuvent être biaisés, notamment par les nutriments qui accompagnent les céréales. En effet, des aliments comme les desserts ou les pâtisseries contiennent parfois des céréales mais en plus de cela, ils contiennent du sucre, des graisses et des composés ultra-transformés. Dès lors, étant donné que les modèles n'ont pas été ajustés pour la répartition macro-nutritionnelle, c'est-à-dire la quantité de lipides, protéines et glucides de l'alimentation, un tel biais ne peut être écarté. Enfin, compte tenu de l'ensemble des résultats mitigés dans la littérature, il serait hasardeux de conclure quoi que ce soit, si ce n'est rester sur une logique de modération, en tout cas pour l'instant. 

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