Plats préparés, desserts prêts à l’emploi, boissons sucrées… Ces produits ultra-transformés ont envahi les rayons des supermarchés. Ils augmentent pourtant le risque de cancer. © shock, Fotolia

Santé

Les aliments ultratransformés augmentent le risque de mortalité

ActualitéClassé sous :Nutrition , aliment , cancer

Le lien de cause à effet entre la consommation d'aliments ultratransformés et la santé reste encore difficile à établir. Cependant, la vaste étude que viennent de publier, lundi, des chercheurs français, montre qu'une hausse de 10 % de la part des aliments ultratransformés dans l'alimentation augmenterait la mortalité de 15 %.

Cette étude, portant sur des dizaines de milliers de Français suivis de 2009 à 2017, a observé un lien modeste entre la consommation d'aliments ultratransformés et le risque de décès pendant la période. Les résultats ont été publiés dans la revue de l'Association médicale américaine Jama Internal Medicine.

« Il ne faut pas être alarmiste pour le public et dire qu'en mangeant un plat préparé, on a un risque supplémentaire de 15 % de mourir », modère auprès de l'AFP, Mathilde Touvier, directrice de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l'université Paris 13. Elle gère la grande étude NutriNet-Santé avec des chercheurs de trois autres institutions (Inserm, Inra et CNAM). « C'est une nouvelle pierre à l'édifice dans les recherches sur les liens entre aliments ultratransformés et la santé », poursuit-elle. La même équipe française a publié l'an dernier une étude sur la nourriture bio et le risque de cancer. Un plus grand nombre de cancers avait été observé chez les personnes mangeant moins de bio, mais là encore, la méthodologie ne permettait pas de conclure de lien de causalité...

Les aliments ultratransformés appartiennent à la catégorie 4 de la classification Nova : ils ont subi plusieurs procédés de transformation, comme du chauffage à haute température, et incluent des additifs, des émulsifiants, des texturants... Un plat préparé congelé simple, sans additifs, n'en fait pas partie. Cependant, la plupart des aliments ultratransformés sont des plats prêts à réchauffer, plus riches en sel ou en sucre et pauvres en vitamines et en fibres.

Les sodas sont des aliments ultratransformés. © Markus Mainka, Fotolia

45.000 Français de plus de 45 ans, en majorité des femmes, ont participé à la nouvelle étude. Tous les six mois, ils devaient enregistrer sur un questionnaire en ligne tout ce qu'ils avaient mangé et bu pendant trois périodes de 24 heures. Au bout de sept ans, environ 600 personnes étaient décédées. Les chercheurs ont ensuite décortiqué les données et se sont aperçus qu'une augmentation de 10 % de la proportion d'aliments ultratransformés dans l'alimentation correspondait à une augmentation de 15 % de la mortalité.

Des aliments qui contiennent des additifs

Mais Mathilde Touvier avertit qu'il ne faut pas se focaliser sur le chiffre, ce qui compte est l'existence d'un lien statistiquement significatif. Et l'étude doit être interprétée dans un ensemble de travaux. L'an dernier, les chercheurs français avaient publié des résultats, toujours tirés de l'étude NutriNet-Santé, observant un plus grand nombre de cancers chez les gros consommateurs d'aliments ultra-transformés.

Comme il n'est pas possible, pour des raisons éthiques, de faire une expérience où on ne ferait manger ces aliments qu'à une partie de la population mais pas à une autre, les études observationnelles sont la seule solution.

Mais comment expliquer que les aliments ultratransformés sont néfastes à la santé ? Parmi les hypothèses énumérées par les chercheurs : les additifs. Leurs effets sont étudiés en laboratoire, sur des cellules et sur des rats, notamment dans un laboratoire de l'Inra.

Un apport important à la littérature

L'étude de lundi est « un apport important à la littérature », a déclarée auprès de l'AFP Casey Rebholz. La professeure d'épidémiologie à l'université américaine Johns Hopkins, note que la méthodologie est de bonne qualité, malgré les limites inhérentes aux études de ce type. Les données montrent aussi, insiste Nita Forouhi, professeure d'épidémiologie nutritionnelle à Cambridge, que les aliments ultratransformés sont consommés de façon disproportionnée par les personnes à revenus ou à niveau d'éducation faibles, ou vivant seules. « Il faut en faire plus pour contrer cette inégalité », dit-elle.

  • Les personnes qui mangent le plus d’aliments ultratransformés ont plus de risque de décès.
  • Cette association ne signifie pas forcément un lien de cause à effet.
  • Des additifs sont étudiés au laboratoire pour savoir s’ils sont nocifs à la santé.
Pour en savoir plus

Les aliments ultra-transformés augmentent le risque de cancer

Article de Marie-Céline Ray paru le 16 février 2018

100.000 volontaires de la cohorte NutriNet-Santé ont répondu à des questionnaires alimentaires. Le suivi sur huit années montre qu'en augmentant de 10 % la part des aliments ultra-transformés dans son régime, on accroît aussi d'au moins 10 % son risque de cancer.

Au cours des dernières décennies, les aliments ultra-transformés ont gagné de la place dans nos assiettes car ils présentent plusieurs avantages : ils sont plutôt sûrs au niveau microbiologique (malgré des contaminations occasionnelles...), pratiques à utiliser et bon marché. Des enquêtes menées en Europe, en Amérique du Nord et au Brésil suggèrent que les produits ultra-transformés représentent entre 25 et 50 % de nos apports énergétiques.

Des chercheurs de l'Inserm, de l'Inra et de l'université Paris-XIII ont mené une étude sur les participants de la cohorte NutriNet-Santé. Les 104.980 participants, tous adultes, ont répondu à des questionnaires alimentaires qui ont permis de connaître leur consommation en aliments ultra-transformés. Par exemple, une compote de pommes avec du sucre est un produit transformé, mais si un dessert contient des fruits aromatisés, des colorants, des agents texturants, il est ultra-transformé. Sont aussi considérés comme des aliments ultra-transformés les charcuteries contenant des conservateurs, les poêlées industrielles de légumes, les sodas, nuggets, soupes instantanées...

Dans la cohorte, le pourcentage d'aliments ultra-transformés dans l'alimentation était de 18,7 %. Chez les 25 % de personnes qui mangeaient le plus d'aliments ultra-transformés, cette proportion atteignait en moyenne 32 %.

Dans les charcuteries, il y a beaucoup de sel, de gras, des conservateurs et des molécules des emballages en contact avec l’aliment. © Sergey Ryzhov, Fotolia

Additifs, emballages et produits cancérogènes au menu

2.228 cas de cancers ont été déclarés. Une augmentation de 10 % de la consommation d'aliments ultra-transformés conduisait à une augmentation de 12 % du risque de cancer global et de 11 % du risque de cancer du sein. Les aliments ultra-transformés contiennent beaucoup de graisses, de graisses saturées, de sel et ils sont pauvres en fibres et en vitamines. Pourtant, les résultats restaient significatifs même en ajustant en fonction de la qualité nutritionnelle de l'alimentation. Cela signifie que la mauvaise qualité nutritionnelle des aliments ultra-transformés n'est pas le seul facteur impliqué.

Alors, comment expliquer une augmentation du risque de cancer ? Plusieurs éléments sont à prendre en compte. Les aliments ultra-transformés contiennent des molécules potentiellement cancérogènes produites lors de la cuisson, comme l'acrylamide, des amines hétérocycliques et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Des additifs, certes autorisés mais controversés, sont parfois présents, comme le nitrite de sodium (E250), un conservateur de la charcuterie, ou le dioxyde de titane, un colorant blanc dont les effets cancérogènes sont discutés. Enfin, les emballages en contact avec les aliments peuvent aussi être à risque (bisphénol A...).

L'étude met en évidence une association et non un lien de cause à effet qu'il reste à prouver. Les chercheurs envisagent dans un communiqué de l’Inserm de poursuivre l'étude des additifs alimentaires dans la cohorte NutriNet-Santé. Ces résultats paraissent dans la revue BMJ.

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