Santé

Un virus pour lutter contre le cancer du pancréas

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Des chercheurs de l'Inserm ont créé un virus oncolytique capable de détruire les cellules cancéreuses du pancréas. Après des résultats encourageants in vitro et in vivo, la prochaine étape sera de le tester chez l'homme.

Le cancer du pancréas se développe souvent dans la tête du pancréas. © D’après BruceBlaus, Wikimedia Commons, CC by 3.0

Bientôt une nouvelle approche thérapeutique pour lutter contre le cancer du pancréas ? C'est ce qu'espèrent les cliniciens souvent démunis face à ce cancer redoutable. En effet, plus de trois quarts des patients décèdent au cours de l'année qui suit le diagnostic et à peine 2 % sont encore en vie après cinq ans. À Toulouse, une équipe de l'Inserm étudie la faisabilité d'un traitement reposant sur l'injection de virus oncolytique, c'est-à-dire capable d'infecter et de détruire spécifiquement les cellules cancéreuses.

L'idée n'est pas nouvelle et plusieurs autres équipes à travers le monde ont déjà testé certains virus dans différents cancers. Cette fois, les chercheurs de l'Inserm ont travaillé avec un virus dérivé d'Herpes simplex, rendu inoffensif vis-à-vis des cellules saines de l'organisme mais capable de se répliquer spécifiquement dans les cellules cancéreuses du pancréas et de les détruire. Cette prouesse a nécessité de nombreux remaniements du génome viral. L'objectif : rendre l'expression de protéines virales (impliquées dans la réplication et la toxicité) dépendante de la présence d'un gène actif uniquement dans les cellules cancéreuses du pancréas. Ce virus modifié est actuellement licencié par une entreprise privée et produit par une société de biotechnologie française.

Une efficacité démontrée in vitro et in vivo

In vitro, le virus se comporte comme attendu : il n'affecte pas les cellules saines du pancréas mais se multiplie dans les cellules cancéreuses, se propage dans les cellules malades voisines et les élimine. Les chercheurs ont donc fait le test in vivo, sur des tumeurs humaines greffées à des souris. Une unique injection du virus modifié, associée à une chimiothérapie, a drastiquement réduit la taille des tumeurs, sans effet indésirable dangereux pour les animaux.

Selon Pierre Cordelier, chercheur en cancérologie, un essai clinique chez l'homme devrait pouvoir être lancé pour tester ses travaux. © Universcience, Science Animation Midi-Pyrénées, Ombelliscience Picardie, Lacq Odyssée, CCSTI des pays de l'Adour, CCSTI La Turbine. Série Qui cherche cherche

« Cette approche oncolytique est étudiée depuis longtemps pour une raison simple : alors qu'une cellule saine lutte efficacement contre la réplication d'un virus, une cellule cancéreuse est beaucoup plus vulnérable. Le processus de cancérisation fait sauter des verrous protecteurs, facilitant l'entrée et la réplication des virus dans ces cellules malades », explique Pierre Cordelier, responsable de l'étude et directeur de recherche au Centre de recherche en cancérologie de l'Oncopôle de Toulouse. « Mais il faut utiliser un virus qui reconnaisse très spécifiquement les cellules concernées et très efficace d'emblée, car le traitement repose sur une injection intratumorale unique. Nous supposons en effet qu'une seconde injection déclencherait une réaction immunitaire rapide, qui entraînerait la neutralisation du virus », explique-t-il.

Avec ces travaux, les chercheurs ont apporté la preuve du concept de l'efficacité de ce virus modifié« Il s'agit d'une nouvelle ère thérapeutique contre le cancer du pancréas, estime Pierre Cordelier. Plus rien ne s'oppose au lancement d'un essai clinique chez l'homme, si ce n'est l'organisation, la réglementation et le coût », explique-t-il. « Mais, compte tenu de la pauvreté de l'arsenal thérapeutique contre ces tumeurs et de notre expérience dans ce domaine, il y a de bonnes chances pour que cela ait lieu ! Au cours de cet essai il faudra par ailleurs rechercher des marqueurs prédictifs de réponse au traitement, afin de pouvoir, à terme, administrer le virus aux patients qui en bénéficieront le plus », conclut le chercheur.

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