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Virus H5N1 : la transparence est-elle grippée ?

ActualitéClassé sous :médecine , grippe aviaire , manque de transparence

La Grande Bretagne vient de faire marche arrière sur ses déclarations du mois dernier, au sujet de la mort d'un perroquet contaminé par le virus H5N1 de la grippe aviaire. Le Ministère de l'Environnement britannique a également annoncé la mort de 53 canaris taïwanais qui étaient détenus en quarantaine au même moment. Parallèlement, la Chine a récemment découvert deux nouveaux foyers dans la région de Xinjiang, au nord-ouest du pays, et connaît peut-être son premier cas humain de grippe aviaire. En réponse, le gouvernement s'est engagé à vacciner ses 14 milliards de volailles, opération qui, aux yeux des experts, semble difficilement réalisable.

Conférence de Genève consacrée à la grippe aviaire 1 milliard de dollars débloqués sur trois ans (Crédit : FAO)

Si ces derniers événements pourraient témoigner d'un manque de transparence des Etats touchés par la grippe aviaire, et pourraient semer le doute quant à l'exhaustivité des foyers déclarés, il est important de garder à l'esprit qu'aucune transmission d'homme à homme n'a encore été détectée pour l'instant, et que consommer de la volaille ne comporte - en l'état des connaissances actuelles - aucun risque.

Deux nouveaux foyers de grippe aviaire détectés en Chine (Courtesy of China Internet Information Center)

Une affaire troublante en Grande Bretagne

Souvenez-vous : le 23 Octobre dernier, la Grande Bretagne annonçait la mort d'un perroquet  provenant du Surinam et placé en quarantaine dans les locaux de la société Pegasus Birds.

Mardi, le Ministère de l'Environnement est revenu sur cette déclaration pour expliquer qu'en réalité ce perroquet n'avait probablement pas été infecté par le virus. Et d'ajouter que, par contre, 53 canaris mis en quarantaine dans les mêmes locaux sont morts en octobre du virus H5N1 de la grippe aviaire.

Il n'en fallait pas plus pour jeter un voile de suspicion sur le discours de la majorité politique britannique : « La confusion règne. Il est clair à présent que le rapport initial sur les événements de Pegasus Birds était trompeur, et nous n'avons toujours aucune réponse à la question cruciale de savoir si des oiseaux infectés par le virus ont pu s'échapper. » A l'image de beaucoup d'élus britanniques, le porte-parole de l'opposition Oliver Letwin soulève le problème du manque de transparence. D'autant plus que, comme tous les oiseaux en quarantaine détenus le mois dernier ont été incinérés, la lumière ne pourra sûrement pas être faite sur cette affaire.

D'après le Ministère de l'Environnement, le quiproquo serait dû à une simple erreur humaine dans le laboratoire de Weybridge. En effet, au moment des tests, des tissus du perroquet auraient été mélangés avec ceux des canaris taïwanais.

Le gouvernement britannique est revenu sur ses premières déclarations L'opposition soulève le problème du manque de transparence (Crédit : Interet.General.Info)

La Chine veut vacciner toutes ses volailles

La Chine compte 14 milliards de volailles, soit 20% de la production annuelle mondiale. Dans un communiqué récent, le gouvernement a annoncé vouloir vacciner l'intégralité de ses volailles, et prévoit d'assumer en grande partie les frais de cette campagne sans précédent. Par contre, aucun calendrier précis n'a encore été fixé.

Aux yeux de certains experts, cette démarche paraît peu réalisable, étant donnés le nombre de volailles et la grande superficie du pays.

Pendant ce temps, des tests sont en cours pour vérifier si un garçon de neuf ans, dont la sœur pourrait être décédée de la grippe aviaire, ne serait pas lui aussi contaminé. Si le fait était avéré, ce serait le premier cas humain de grippe aviaire sur le territoire chinois.

Logo de l'OMS

L'OMS se veut rassurante

Au delà des déclarations des pays touchés par la grippe aviaire, qui peuvent être sujettes à controverses, l'autorité suprême en la matière reste l'Organisation Mondiale de la Santé.

Si les experts de l'OMS estiment que, depuis 1968, le monde n'a jamais été aussi près d'une pandémie de grippe aviaire, ils évaluent néanmoins le risque actuel à 3 sur une échelle qui va de 1 à 6 : hauts risques de cas humains, mais pas de transmission d'homme à homme.

Suite à la demande de l'OMS, la France a élaboré un plan de lutte contre la grippe aviaire. Ainsi, en cas en pandémie, une batterie de mesures, parmi celles exposées ci-dessous, pourrait être immédiatement applicable :

  • Arrêt des transports en commun ;
  • Limitation des contacts dans les lieux privilégiés de contagion, comme les crèches et les écoles ;
  • Interdiction des manifestations sportives ou culturelles ;
  • Fermeture des frontières.

Cependant, il faut rappeler qu'un tel état de pandémie ne pourrait être décrété que si les conditions suivantes étaient remplies (d'après le document de l'OMS WHO/CDS/2005.29) :

  • Emergence d'un nouveau sous-type de virus, face auquel la population n'est pas, ou très peu, immunisée ;
  • Le virus doit pouvoir se répliquer chez l'homme et provoquer une maladie grave ;
  • La transmission inter-humaine du nouveau virus doit être efficace ; cette efficacité se manifeste par la formation de chaînes de transmission durables, provoquant des flambées à l'échelle des populations.

En évaluant le risque actuel à 3 - pas de transmission d'homme à homme , l'OMS se veut rassurante et précise que ces mesures radicales ne sont pas à l'ordre du jour.

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