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En vidéo : le bisphénol A mauvais pour l’émail des dents des enfants

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Alors qu'on se focalisait sur les effets du bisphénol A sur divers organes humains, notamment en rapport avec la reproduction du fait de son caractère perturbateur endocrinien, une étude récente montre qu'il dégraderait la qualité de l'émail des dents chez les jeunes rats. Et potentiellement aussi chez les enfants.

Le bisphénol A et d'autres perturbateurs endocriniens pourraient être à l'origine d'une maladie des dents récemment décrite chez les enfants, appelée MIH. Celle-ci se caractérise par des taches blanches causées par une hypominéralisation, rendant les dents plus sensibles à la douleur et plus susceptibles aux caries. © Foamcow, Flickr, cc by nc nd 2.0

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique qui entre dans la composition de plastiques et de résines. Il est utilisé par exemple dans la fabrication de récipients alimentaires tels que les bouteilles et biberons. On le retrouve également dans les films de protection à l'intérieur des canettes et des boîtes de conserves ou encore sur les tickets de caisse où il est utilisé comme révélateur. Des taux significatifs de BPA ont d'ailleurs été retrouvés dans le sang, les urines, le liquide amniotique et le placenta humains. 

De récentes études ont montré que ce composé industriel induit des effets néfastes sur la reproduction, le développement et le métabolisme d'animaux de laboratoire. Il est fortement suspecté d'avoir les mêmes conséquences sur l'Homme.


Cette vidéo explique l'expérience menée par Sylvie Babajko et ses collègues pour mettre en évidence la façon dont ils ont montré que le bisphénol A, et d'autres perturbateurs endocriniens, étaient mauvais pour les dents des rats. Et peut-être pour les dents des enfants ! © Inserm

Par mesure de précaution, la fabrication et la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A sont interdites depuis janvier 2011 en Europe. Cette interdiction s'étendra à tous les contenants alimentaires à partir de juillet 2015 en France.

Le bisphénol A a une dent contre nos dents

Dans cette étude publiée dans l'American Journal of Pathology, la dent vient s'ajouter à la liste déjà longue des cibles du BPA. Les chercheurs de l'Inserm ont montré que les incisives de rats traités avec de faibles doses journalières (5 microgrammes/kg/jour) de BPA pouvaient être altérées. Cet effet est observé dans une fenêtre de développement qui ne dépasse pas 30 jours post-natals chez le rat traduisant une fenêtre de sensibilité à l'exposition.

L'analyse de ces dents montre de nombreuses caractéristiques communes avec une pathologie de l'émail appelée MIH (Molar Incisor Hypomineralization) qui affecte sélectivement les premières molaires et incisives permanentes. Cette pathologie de l'émail est retrouvée chez environ 18 % des enfants de 6 à 8 ans. Les petits atteints par cette pathologie présentent des dents hypersensibles à la douleur et susceptibles aux caries. Il est intéressant de remarquer que la période de formation de ces dents (premières années de la vie) correspond à celle où l'individu est le plus susceptible au bisphénol A.

Des premières observations faisaient états de « taches blanches » sur les incisives des rats traités avec des perturbateurs endocriniens dont le BPA. Les chercheurs ont décidé de définir les caractéristiques des incisives de rats traités avec ce bisphénol à faible dose, et de les comparer à celles des dents humaines atteintes de MIH.

Le BPA perturbe l’expression des gènes

L'observation macroscopique des taches sur les deux séries de dents montre des similitudes, notamment un émail fragile et fracturé. Au niveau microscopique, l'analyse de l'émail a montré une diminution significative du rapport Ca/P et Ca/C dans les dents atteintes. Ceci se traduit par une baisse de la quantité de minéral rendant les dents plus fragiles et susceptibles aux caries.

Enfin, l'analyse des protéines présentes dans la matrice des dents de rats a montré l'augmentation de la quantité d'énaméline, une protéine clé de l'émail en formation, et l'accumulation d'albumine traduisant une hypominéralisation. L'analyse de l'expression des gènes clés de l'émail a permis de mettre en évidence deux gènes cibles du BPA : l'énaméline et la kallicréine 4.

Pour Sylvie Babajko, co-auteure de cet article, « dans la mesure où le BPA aurait le même mécanisme d'action chez le rat et chez l'Homme, il pourrait être un agent causal du MIH. La dent pourrait donc être utilisée comme marqueur précoce d'exposition aux perturbateurs endocriniens agissant comme le BPA et aiderait ainsi à dépister des pathologies lourdes apparaissant plusieurs années après ».

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