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Traitement du cancer : des espoirs de plus en plus sérieux

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Le 43ème congrès de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) réunit actuellement plus de 25.000 médecins et chercheurs de la planète entière, qui évoquent comme chaque année les progrès et les espoirs permis dans le domaine de l'oncologie, mais aussi leurs préoccupations. Et le bilan, malgré quelques fausses notes, est franchement optimiste.

ASCO

Mais voyons d'abord les constatations négatives…

D'après David Loew, responsable de la division Oncologie du groupe pharmaceutique Roche, si les progrès enregistrés en matière de soins sont impressionnants, ils n'apparaissent toujours pas à la portée du plus grand nombre et font quelquefois douter de la viabilité économique des financements de la santé. Il souligne que la thérapeutique du cancer représente 17% des sommes consacrées à l'ensemble des maladies prises dans leur globalité, elles n'absorbent que 7% des ressources consacrées aux soins. Considérant que ces traitements peuvent coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros par an et par malade, on conçoit aisément qu'un accès universel aux soins est encore loin d'être garanti.

Une Britannique, représentant un groupement de patients, pointe du doigt les critères de prise en charge des soins de santé en général, mais surtout en ce qui concerne les thérapeutiques les plus coûteuses comme l'oncologie, en soulignant que chacun n'a pas accès aux médicaments les plus innovants, qui ne sont pas pris en charge, et dont seuls peuvent bénéficier les plus nantis.

Les responsables de l'ASCO dénoncent aussi la réduction du financement par le budget fédéral américain de la recherche contre le cancer qui ne cesse de baisser depuis quatre ans, alors que les technologies se font de plus en plus coûteuses... et les résultats de plus en plus prometteurs. Quant à la France, elle fait un peu figure d'exception grâce au Plan Cancer et de la mobilisation de l'Institut national du Cancer (InCA), dont les réunions de concertation pluridisciplinaires se sont généralisées. "L'accès aux soins, aux essais thérapeutiques et donc à l'innovation est ainsi égal pour tous. C'est un progrès considérable", déclare avec enthousiasme le Pr Olivier Rixe, cancérologue au CHU Pitié-Salpétrière de Paris. Mais il tempère aussitôt en déplorant que le nombre de médecins et de chercheurs décroît de façon importante, et que beaucoup s'expatrient vers des pays où les conditions de recherche sont bien plus attrayantes qu'en France, notamment aux Etats-Unis, traduisant dans les faits un important déséquilibre dans le statut de la recherche, et cela malgré les coupes budgétaires décriées par les Américains.

Passons maintenant aux espoirs.

Le cancer représente la deuxième cause de mortalité dans le monde civilisé, après les accidents cardiaques. C'est dire l'importance accordée aux annonces les plus récentes en matière de thérapeutique et de soins contre cette maladie, et on peut déjà affirmer que cette année sera marquée d'un jalon important dans cette lutte. Les progrès les plus importants ont été enregistrés dans le traitement du cancer du foie, de l'ovaire, du système gastro-intestinal, du poumon, de la tête et du cou ainsi que du sein.

Les patients atteints de cancer rénal avancé ne pouvaient bénéficier jusqu'ici que de peu de traitements efficaces. Cela est en train de changer grâce à l'Avastin, actuellement commercialisé aux Etats-Unis, et qui agit en "étouffant" la tumeur en réduisant considérablement l'apport de sang lui fournissant l'oxygène qui lui est indispensable pour croître et envahir l'organisme. Les premiers essais cliniques ont démontré une durée de survie presque doublée (10,2 mois contre 5,4 mois) pour les malades ayant reçu ce médicament en complément de leur traitement classique après diagnostic, par rapport aux autres.

Très grand espoir aussi pour le cancer de l'ovaire, où des essais cliniques en cours dans le groupe pharmaceutique français Sanofi-Aventi semblent démontrer l'efficacité du traitement Aflibercept, qui se montre efficace à freiner la progression de la tumeur. De plus, Sanofi indique que de réels espoirs sont aussi permis par l'utilisation de ce médicament en complément de la chimiothérapie traditionnelle dans la thérapeutique des cancers avancés du colon, du poumon, de la prostate, du pancréas et de l'estomac. Les essais cliniques, qui se poursuivent, devraient évoluer vers une autorisation de mise sur le marché de l'Aflibercept en 2011.

Cancer du foie

Mais c'est dans le domaine de cette pathologie que les progrès s'avèrent les plus spectaculaires. Ce cancer, un des plus difficiles à traiter, est diagnostiqué dans le monde chez un demi million de personnes chaque année, avec un taux de mortalité important. Or une étude effectuée sur 602 malades atteints à un stade avancé donne des résultats impressionnants, susceptibles de modifier complètement la thérapeutique de cette maladie.

Alors qu'il n'existait que très peu de moyens pour prolonger la vie de malades en stade avancé et que ceux-ci s'avéraient de faible efficacité, une étude lancée en mars 2005 a démontré qu'un groupe de patients ayant reçu deux comprimés par jour de Sorafenib, une molécule originellement destinée à combattre le cancer du rein, a vu sa moyenne de survie passer de moins de 8 mois à près de 11 mois, certains d'entre eux étant toujours en vie actuellement.

Le principe d'action du Sorafenib est multiple : il affaiblit les cellules malignes tout en interrompant l'alimentation sanguine. De plus, il semble efficace à la fois sur les cellules internes à l'organe ainsi que sur les métastases se prolongeant à l'extérieur.

Le Dr. Josep Llovet, principal auteur de l'étude, déclare que jamais un tel effet n'avait été observé sur le cancer du foie et que ce traitement constitue "une percée majeure dans la prise en charge de la maladie", soulignant que si le gain de temps peut ne pas paraître important dans l'absolu, il est au contraire très impressionnant lorsqu'il s'agit du cancer du foie. Le Dr. Nancy Davidson, de l'école de santé publique Bloomberg de l'université Johns Hopkins, annonce qu'il s'agit du "premier traitement systémique efficace pour le cancer du foie, qui est un si gros problème dans le monde."

Fait exceptionnel, l'étude a été prématurément arrêtée en février dernier devant les résultats encourageants, afin que les malades ayant reçu jusque-là un placebo puissent aussi bénéficier du traitement. Le Sorafenib, qui est actuellement commercialisé sous la marque Nexavar par les laboratoires Bayer et Onyx, est déjà utilisé aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays pour traiter le cancer du rein à un stade avancé.

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