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Téléthon : trois questions à Jean-Pierre Rousset, chercheur en génétique

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L'argent du Téléthon va, en partie, aux chercheurs. Futura-Sciences a interrogé l'un des récipiendaires de cette manne, Jean-Pierre Rousset, responsable d'une équipe de recherche en génétique. Oui, cet argent leur est utile et, face aux financements classiques en régression, ce genre de contrats est même indispensable.

Dernier jour pour le Téléthon 2008...

Au sud de Paris, sur le campus d'Orsay, à l'Institut de Génétique et Microbiologie (IGM), l'équipe de Génétique Moléculaire de la Traduction s'intéresse, comme son nom l'indique, à la traduction. Plus précisément, il s'agit de ces mécanismes fabriquant une protéine à partir de l'information contenue dans un brin d'ARN, qui, lui-même, est une copie d'un des gènes de l'ADN. Plus les recherches avancent sur ce sujet et plus le tableau se complique... Du gène à la protéine, le chemin est long et soumis à de multiples systèmes de régulation, qui intéressent la biologie moléculaire mais aussi la médecine.

Depuis plusieurs années, l'AFM (Association française contre les myopathies, organisatrice du Téléthon) figure parmi les bailleurs de fonds de l'équipe de Génétique Moléculaire de la Traduction. Jean-Pierre Rousset, son responsable, nous explique quelques fondamentaux d'une recherche délicate, celle de l'argent.

Jean-Pierre Rousset (à droite) et son équipe. © Laboratoire de Génétique Moléculaire de la Traduction

Futura-Sciences : Comment obtient-on de l'argent de l'AFM ?

Jean-Pierre Rousset : Il faut bien sûr monter un dossier pour présenter un projet de recherche, assorti d'une demande de moyens. Les sujets doivent être ceux qui concernent l'AFM, donc, essentiellement, sur la compréhension du fonctionnement des muscles. Mais on peut aller bien au-delà, jusqu'à l'étude de mécanismes fondamentaux. Nous avons devant nous des gens compétents et très sérieux, qui comprennent bien les enjeux tout en respectant profondément les patients. Je dirais que pour notre laboratoire, le taux de réussite est bon... Les budgets sont alloués pour un ou deux ans. Dans ce dernier cas, une évaluation est effectuée à la fin de la première année.

FS : Que représentent ces fonds par rapport au budget du laboratoire ?

Jean-Pierre Rousset : C'est une part importante, et de plus en plus. Le financement assuré directement par le CNRS et notre université (hors frais de personnel, de mise à disposition des bâtiments, etc.) ne représente plus aujourd'hui qu'environ 10%, contre 50% dans les années 1980. Le reste est obtenu sur contrats, c'est-à-dire sur des projets. Ces fonds viennent de l'ANR [Agence Nationale de la recherche, NDLR] et d'associations caritatives, comme l'AFM ou l'Arc. Mais l'ANR peut aussi refuser des projets... Il est clair que nous n'avons pas le choix. Il faut passer du temps à chercher des fonds. Dans les labos appartenant à des institutions, il y a une réelle difficulté pour acheter du matériel et même pour en assurer la maintenance.

FS : Devient-il difficile de poursuivre des recherches fondamentales ?

Jean-Pierre Rousset : C'est, me semble-t-il, l'enjeu des prochaines années. La possibilité est toujours là. L'ANR peut passer des contrats pour des recherches vraiment fondamentales, appelés « projets blancs ». Parmi les biologistes fondamentaux, il y a une vraie inquiétude que cette possibilité disparaisse, ce qui nous laisserait totalement dépendants des contrats sur projets appliqués, sans possibilité de financer la recherche fondamentale.

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