Les stratégies de lutte contre le virus du Sida sont aujourd’hui toutes tournées vers le virus lui-même. Mais les choses pourraient changer. Une étude montre en effet qu’il est possible de tuer spécifiquement les cellules infectées. C'est l'espoir d'une guérison définitive des malades.
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Les traitements actuels de lutte contre le virus du Sida sont tous dirigés contre le virusvirus lui-même. La trithérapie varie en fonction des patients et du taux du virus et des lymphocyteslymphocytes mais, en général, elle est composée d'inhibiteurs nucléosiques de la transcriptase inversetranscriptase inverse et d'un inhibiteur de protéaseinhibiteur de protéase, deux enzymesenzymes virales. Ces traitements sont efficaces puisqu'ils ont permis de fortement diminuer la mortalité dans les pays où le traitement est largement distribué.

En revanche, s'ils permettent de continuer à mieux vivre avec le virus, ces traitements ne permettent pas d'en guérir puisque le VIHVIH s'introduit durablement au sein des cellules où il est intouchable. En effet, le génomegénome du VIH peut s'intégrer dans celui des cellules en effectuant tout d'abord une étape de rétro-transcription de l'ARNARN viral en ADNADN. Même si les patients sont en pleine forme et que le virus est indétectable dans le sang, ils restent toujours porteurs du virus, qui peut se réactiver à tout moment en reprenant sa forme ARN.

La guérisonguérison par disparition de toutes les copies du génome viral dans l'organisme est donc impossible avec les traitements actuels. Une équipe de recherche de l'Hebrew University of Jerusalem a décidé de changer de stratégie en s'attaquant non plus au virus lui-même mais aux cellules infectées. Leurs travaux sont publiés dans le journal AIDS Research and Therapy.

Le cycle du virus du Sida, de son entrée dans la cellule jusqu'à la production de nouveaux virions qui sont ensuite relargués dans l'organisme. L'étape qui nous intéresse ici est l'intégration du génome viral sous forme d'ADN (trait rose épais) dans le génome cellulaire (trait violet fin) grâce à l'intégrase du virus. © Wikimedia <em>Commons</em>

Le cycle du virus du Sida, de son entrée dans la cellule jusqu'à la production de nouveaux virions qui sont ensuite relargués dans l'organisme. L'étape qui nous intéresse ici est l'intégration du génome viral sous forme d'ADN (trait rose épais) dans le génome cellulaire (trait violet fin) grâce à l'intégrase du virus. © Wikimedia Commons

Le nombre de cellules infectées chute fortement

Le nombre de copies du génome du VIH intégrées dans le génome des cellules est faible comparé aux autres rétrovirusrétrovirus : en général, seules une ou deux copies sont intégrées, malgré la présence de nombreuses autres copies du génome dans la cellule. La raison pour laquelle ce chiffre est bas est que le virus exprime une protéineprotéine, Rev, dont un des rôles est d'inhiber l'intégraseintégrase virale. Cette protéine étant, comme son nom l'indique, indispensable à l'intégration du génome, le processus d'intégration s'en retrouve stoppé.

Ce mécanisme est un moyen pour le virus de contribuer à sa propre survie. En effet, de précédents travaux avaient montré que l'intégration d'un grand nombre de copies du génome viral dans l'ADN cellulaire est létale pour la cellule : elle subit une apoptose, un suicide cellulaire programmé, entraînant avec elle la mort du virus qu'elle contient. Lors de ces mêmes travaux, les chercheurs avaient trouvé un moyen de favoriser l'intégration des génomes viraux, en inhibant l'interaction entre Rev et l'intégrase grâce à l'utilisation de peptidespeptides dérivés de l'intégrase. Ces deux peptides nommés INS et INr possèdent en plus la propriété de passer aisément la membrane cellulairemembrane cellulaire, un atout pour leur utilisation en thérapiethérapie.

Les chercheurs ont alors testé l'efficacité de ces peptides sur une culture cellulaire de lymphocytes T infectés par le VIH-1. Les peptides ont été utilisés seuls, conjointement et avec un inhibiteur de protéase. Si la production de nouveaux virionsvirions a augmenté significativement pendant les premiers jours post-infection et que le nombre d'intégrations du génome viral par cellule a lui aussi augmenté, au fil du temps les deux chiffres ont régressé pour finalement devenir quasiment nuls. Cette observation coïncide avec l'augmentation de la mort cellulaire qui semble spécifique aux cellules infectées, probablement due au trop grand nombre d'intégrations des génomes viraux. Les cellules saines, quant à elles, semblent épargnées.

Quelques semaines après la présentation d'un gel vaginal antiviral efficace et la relance d'un espoir de vaccin, l'année 2010 semble décidemment propice à la recherche contre le SidaSida. Ces nouveaux résultats, bien que préliminaires, sont aussi très encourageants et les recherches méritent d'être poursuivies.