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Le Sida était déjà là il y a un siècle

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En découvrant au Congo plusieurs prélèvements vieux d'une cinquantaine d'années, une équipe de chercheurs y a débusqué les restes de virus VIH, responsable du Sida. Les différences génétiques entre eux et avec les virus actuels indiquent que leur ancêtre commun existait probablement vers 1908.

Léopoldville en 1896 © Musée de l’Afrique centrale, Tervuren

Quand le virus du Sida est-il apparu ? A cette question, les scientifiques répondaient en général entre 1915 et 1941, même si un certain nombre n'étaient pas convaincus par cette datation. Cette fourchette provenait principalement des données recueillies sur un échantillon de sang retrouvé à Kinshasa (République démocratique du Congo) et datant de 1959, à l'époque où la cité s'appelait Léopoldville. Les chercheurs y avaient retrouvé le virus VIH-1, celui initialement découvert en 1981 comme responsable du Sida.

C'est la génétique qui permet de donner ce genre d'information chronologique. En effet, si le taux de mutation du virus est connu, l'analyse des différences entre deux exemplaires - on parle d'analyse phylogénétique - permet d'estimer à quand remonte l'apparition de leur ancêtre commun. Or, celui des VIH est connu. Il est d'ailleurs très élevé et en quelques années, les différences entre deux souches peuvent devenir importantes.

Collectionneur de vieux virus

Les estimations en seraient restées là si, encore une fois à Kinshasa, des médecins n'avaient exhumé 27 échantillons datant de 1960 et soigneusement conservés dans des blocs de paraffine. La découverte n'est pas tout à fait un hasard. Voilà en effet huit ans que Michael Worobey, biologiste de l'université de Tucson (Arizona), piste le VIH pour remonter à ses origines afin d'établir son évolution génétique et collectionne les échantillons africains pour y traquer le virus. L'un des 27 venus de Kinshasa, justement, contenant le reste d'un ganglion lymphatique, cachait un virus VIH-1, repéré par l'équipe de Worobey.

Les biologistes l'ont détecté en fragmentant les restes de matériel génétique, en les liant à des protéines pour les isoler et les identifier. Une seconde équipe, de l'université de Chicago, a effectué une autre analyse et ont eux aussi conclu à la présence du virus.

Dans un article récemment paru dans Nature, les auteurs de l'étude affirment que les différences génétiques entre le virus datant de 1959 et celui de 1960 atteignent 12%. Selon eux, ce chiffre est très élevé et montre qu'à Léopoldville existaient alors deux souches de virus qui avaient dû évoluer indépendamment durant de nombreuses décennies. En se basant sur le taux de mutation connu du VIH, les chercheurs donnent même une date de naissance précise : autour de 1908, au moment où Léopoldville devenait un important centre commercial.

La maladie existait donc déjà mais elle est longtemps restée rare, ne se transformant en épidémie mondiale que bien plus tard.

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