Santé

Un risque de leucémie accru près des centrales nucléaires ?

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Une étude menée en France a montré que des enfants de moins de 15 ans vivant à proximité des centrales nucléaires avaient 90 % de risques en plus de développer des leucémies. Pourtant, les chercheurs semblent penser que les rejets radioactifs n'en sont pas à l'origine.

Les centrales nucléaires font souvent parler d'elles, plus souvent en mal qu'en bien. En France, les trois quarts l'énergie proviennent du nucléaire. © The Bellona Foundation, Flickr, cc by sa 2.0

C'est un peu l'incompréhension qui règne chez les chercheurs de l'Inserm et de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Leur dernière étude sur l'incidence de la leucémie pour les enfants vivant tout près d'une des dix-neuf centrales nucléaires ciblées ne concorde pas avec celles réalisées auparavant. Ils ont relevé quatorze cas de cancer de la moelle osseuse chez des enfants de moins de 15 ans vivant dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires. Un nombre proportionnellement deux fois plus important que la moyenne nationale.

Lorsque ces mêmes scientifiques analysent les données recueillies entre 1990 et 2001, aucun indice ne montre un quelconque lien entre leucémies et installations nucléaires. Mais lors des tests menés entre 2002 et 2007, les statistiques sont formelles : les enfants de moins de 15 ans vivant à moins de 5 km des centrales nucléaires ont 90 % de risques supplémentaires de développer une leucémie par rapport à ceux habitant à 20 km ou plus. L'étude, parue dans International Journal of Cancer, s'est basée sur les résultats obtenus auprès de 30.000 personnes témoins et de 2.753 cas avérés de la maladie chez l'enfant sur l'ensemble du territoire.

Les centrales nucléaires disculpées

Les chercheurs restent cependant très prudents quant à l'interprétation des résultats : bien qu'ils soient significatifs, il n'a pas été possible d'identifier précisément la cause et disculpent même les rejets radioactifs. « Un lien avec les très faibles radiations émises par les centrales en fonctionnement normal ne peut être établi » commente  à la presse Jacqueline Clavel, l'une des participantes à l'étude. « Le fait qu'il n'y ait pas une diminution du risque au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la centrale ne plaide pas en faveur d'un facteur causal » poursuit la scientifique. Autrement dit : on n'observe pas de proportionnalité entre la distance à la centrale et le risque de déclencher une leucémie, l'hypothèse est donc rejetée.

Ces cellules précurseurs de lymphocytes B sont issues d'un patient atteint de leucémie. Elles prolifèrent de manière anormale et sont la cause de la maladie. © VachiDonsk, Wikipédia, cc by sa 3.0

Ces cellules précurseurs de lymphocytes B sont issues d'un patient atteint de leucémie. Elles prolifèrent de manière anormale et sont la cause de la maladie. © VachiDonsk, Wikipédia, cc by sa 3.0

Quel mal cause donc ces leucémies ?

De plus, il paraît effectivement difficile de généraliser à partir de quatorze cas. Les auteurs de l'étude préconisent donc de reproduire le même genre d'étude mais à échelle mondiale, pour obtenir des chiffres plus conséquents et tirer des conclusions plus globales.

Si la prudence est de mise, on ne peut cependant pas occulter le fait que les chercheurs aient trouvé un lien entre proximité des centrales nucléaires et leucémie, et que ce n'est pas un cas isolé dans l'histoire. Des travaux allemands menés entre 1980 et 2003 étaient arrivés à une conclusion analogue, constatant un risque multiplié par 2 pour des enfants en âge préscolaire de développer une leucémie lorsqu'ils habitaient à proximité des centrales. À contrario, de nombreuses autres études n'avaient pas observé d'effets, et il ne faut pas non plus les négliger.

Les chercheurs vont donc tenter de comprendre la cause de cette incidence anormalement élevée de leucémies. Parmi les hypothèses proposées, l'exposition à des polluants d'origine industrielle ou des mélanges de population, c'est-à-dire quand des personnes provenant d'ailleurs viennent s'installer, emmenant dans leurs bagages des virus ou des bactéries qui vont alors modifier l'équilibre immunitaire de la population. Des études ont pu montrer la solidité de ce genre d'hypothèse dans certains cas, mais on ne sait pas vraiment si elle est ici adaptée.

Dans ce genre de travail de recherche, les scientifiques s'intéressent aux leucémies aiguës lymphoblastiques, un cancer de la moelle osseuse, car dans le cas d'une irradiation, cet organe paye en général un lourd tribut qui peut se manifester par l'apparition d'une tumeur quelque temps plus tard.

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