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Portables : l’Académie de médecine tempère les conclusions de l’Anses

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L'Académie de médecine prend la parole après le rapport de l'Anses sur les dangers potentiels des ondes électromagnétiques sur le corps humain. Pour elle, pas la peine de créer la panique alors que les études scientifiques n'ont rien d'alarmiste.

Le rapport de l'Anses concluait à une absence de risque avéré du téléphone portable sur la santé humaine, en précisant malgré tout que les études restaient encore insuffisantes pour trancher définitivement. Un doute que l'Académie de médecine ne veut pas voir s'instaurer dans les esprits. © Samantha Celara, Flickr, cc by nd 2.0

« Les utilisateurs de portables ont besoin de messages clairs. » L'Académie nationale de médecine s'étonne des recommandations de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) visant à limiter l'utilisation du téléphone portable. Pour l'institution, ces préconisations formulées par l'agence risquent « d'inquiéter inutilement les utilisateurs de téléphones portables, sans justification scientifique ».

L'Académie tient à mettre les choses au clair et à délivrer des messages précis en matière d'ondes électromagnétiques et de santé. « Qu'il s'agisse des effets non cancérogènes sur le système nerveux central ou en dehors, ou des effets cancérogènes en général, les quelque 2.600 études publiées dans le monde sur ce sujet n'ont pas pu mettre en évidence de manière rigoureuse et reproductible un risque de cancer ou d'une autre pathologie organique dû à la téléphonie mobile ou au Wi-Fi », souligne-t-elle dans un communiqué de presse.

Comme le précise André Aurengo, chef du service de médecine nucléaire à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris, « le rapport de l'Anses est très fouillé et rassurant dans un premier temps. Puis ses auteurs émettent des recommandations de réduction des expositions sans justification scientifique ». Ou plus précisément, des préconisations fondées sur des études comportant de nombreux biais méthodologiques.

Les bugs d’Interphone

André Aurengo fait notamment référence à l'étude Interphone, coordonnée par l'OMS, conduite dans 13 pays et publiée en 2010. Par son ampleur, ce travail promettait d'apporter un éclairage scientifique fiable sur le sujet. Mais finalement, les conclusions n'ont pas répondu aux attentes de nombreux scientifiques, dont fait partie le médecin.

Les gliomes, ou cancers des cellules gliales, soutenant les neurones, pourraient apparaître chez les utilisateurs les plus intensifs des téléphones mobiles, d'après quelques études scientifiques. © Sbrandner, Wikipédia, cc by sa 3.0

Selon lui, les auteurs se sont notamment heurtés « à la difficulté d'estimer l'exposition des personnes. C'est une vraie difficulté. L'interrogatoire des utilisateurs sur leur consommation téléphonique n'est fiable ni sur la durée, ni pour le nombre d'appels. » Par ailleurs, ces mêmes biais ou erreurs méthodologiques auraient abouti à certaines conclusions très surprenantes. « Si l'on en croit ce travail, le portable aurait un effet protecteur sur le risque de gliome... Je doute vraiment que tel soit le cas. »

Le véritable danger du portable : son utilisation au volant

André Aurengo s'étonne également que la présidente du groupe d'experts de l'Anses soit aussi l'auteure principale d'Interphone France. « On voit donc dans ce rapport une sorte d'indulgence envers certaines études épidémiologiques, ce qui conduit à se poser des questions. »

Autre point arbitraire : le seuil de 1.640 h cumulées associé par l'Anses à une possible augmentation du risque de tumeur cérébrale« sort tout droit de l'étude Interphone. Les auteurs s'étaient rendu compte qu'une poignée de personnes d'un sous-groupe, qui avaient déclaré 1.640 h en exposition cumulée - sur toute la durée du suivi, soit plus de 10 ans - présentaient un sur-risque de gliome. Suspect sur le plan scientifique, ce chiffre a été monté en épingle au point d'être considéré aujourd'hui comme un seuil de dangerosité»

En conclusion, André Aurengo rappelle « par mesure de bon sens, d'éviter autant que possible l'usage du téléphone portable par les enfants. Des études sont en cours sur le sujet. Autant en attendre les conclusions» Par ailleurs, aujourd'hui, le seul risque avéré du portable reste la baisse d'attention en début et fin de communication, avec ou sans kit mains libres, incompatible avec la conduite d'un véhicule. « Et ce risque n'est évoqué que sur quelques lignes sur les 418 pages du rapport de l'Anses », s'étonne enfin le médecin.

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