Les femmes présentant les plus fortes concentrations en phtalates ont deux fois plus de risque de déclarer un diabète de type 2 en comparaison de celles avec les taux les plus bas. Dans le collimateur notamment : les produits de beauté non exempts de cette substance polluante. L’enquête ne fait que commencer…
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On connaissait déjà quelques-uns des méfaits des phtalates. Certains de ces produits chimiques formant une grande famille sont classés, par exemple, dans la catégorie des perturbateurs endocriniensperturbateurs endocriniens et causent infertilité et stérilité dans la population masculine en ayant une activité proche des œstrogènesœstrogènes, l'hormonehormone sexuelle féminine.

De manière surprenante, ces polluants se retrouvent en plus fortes concentrations chez les femmes. Pourquoi une telle différence ? Bien que cette moléculemolécule ubiquiste se retrouve dans une large palette de produits de consommation courante (voitures neuves, jouets, emballages alimentaires, etc.), elle entre dans la composition de nombreux produits de beauté, comme des vernisvernis à onglesongles, des savons, des parfums, des crèmes hydratantes, tous plus largement utilisés par la gent féminine.

Pour vérifier l'existence d'un lien entre les taux de phtalatesphtalates et un diabètediabète de type 2, des chercheurs du Brigham and Women’s Hospital de Boston (Massachusetts) ont entrepris de tester 2.350 femmes entre 20 et 80 ans regroupées dans une cohortecohorte, la National Health and Nutrition Examination Survey (Nhanes), représentative des Américaines. Leurs résultats, inquiétants, sont publiés dans Environmental Health Perspective.

Les phtalates se construisent selon ce modèle : deux chaînes carbonées (R<sup>1</sup> et R<sup>2</sup>) sont liées à une molécule d'acide phtalique. Toutes les molécules de la famille n'induisent pas le même effet. © Jü, Wikipédia, DP

Les phtalates se construisent selon ce modèle : deux chaînes carbonées (R1 et R2) sont liées à une molécule d'acide phtalique. Toutes les molécules de la famille n'induisent pas le même effet. © Jü, Wikipédia, DP

Des produits de beauté mauvais pour le diabète

En dosant ces molécules dans les urines de ces dames, les conclusions qui en sortent paraissent sans appel. D'un point de vue global, les femmes présentant les concentrations les plus élevées en phtalates (dont celles ayant recours le plus souvent à des produits de beauté) ont des risques plus importants de développer le diabète insulinorésistant que celles dont les taux sont les plus faibles. En détaillant les résultats des analyses, on constate que :

  • la probabilité de déclarer la maladie est quasiment deux fois plus élevée chez les individus avec des taux de monophtalate de benzyle et de phtalate mono-isobutyle que ceux dont les concentrations retrouvées sont les plus faibles ;
  • les taux de phtalates 3-carboxypropyl dépassant la quantité médiane sont associés à un risque de déclarer le diabète accru de 60 % ;
  • les femmes présentant des concentrations en phtalate mono-n-butyle et di-2-éthylhexyle modérés ont malgré tout 70 % de risques en plus de contracter la maladie métabolique par rapport à celles se maintenant aux taux les plus bas.

Les phtalates, ennemis d’hier et de demain ?

Pour autant, il ne faut pas paniquer outre mesure. L'étude pourrait être biaisée car certains dispositifs servant à traiter le diabète ont recours à des composés constitués de phtalates, comme le reconnaît Tamara James-Todd, l'une des auteurs de l'étude. 

Pour préciser ce défaut, les scientifiques en appellent justement à plus d'études sur la question. De précédents travaux ont montré que nous étions tous exposés quotidiennement à ce polluant ubiquiste. La contaminationcontamination devenant inévitable, il faut maintenant chercher à la limiter au maximum. Comment ? Peut-être en réalisant d'autres recherches imputant aux phtalates de nouvelles propriétés toxiques et ainsi pousser l'industrie à revoir la composition de ses emballages...