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Un paraplégique retrouve – un peu – l’usage de ses jambes !

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Grâce à l'implantation d'électrodes au niveau de la moelle épinière, un paraplégique peut à nouveau se tenir debout et commander des mouvements volontaires de ses membres inférieurs. Ce jeune homme, qui espère déjà se passer de son fauteuil roulant, est le premier à subir un tel traitement. Est-ce le début d'une technique révolutionnaire ?

Le fauteuil roulant ne sera peut-être qu'un souvenir pour ce premier jeune homme, volontaire pour tester l'efficacité des électrodes. © DR

Un jeune homme de 25 ans, paraplégique depuis cinq ans, peut aujourd'hui à nouveau se tenir debout et effectuer des mouvements volontaires de ses jambes, selon un article paru dans la revue scientifique The Lancet. S'il n'est pas encore question de le voir marcher, l'amélioration de ses fonctions motrices par l'implantation d'électrodes dans la moelle épinière est déjà un grand succès et correspond au fruit de trente années de recherche. Cette première mondiale a été permise par des scientifiques américains, italiens et russes.

Protégée par la colonne vertébrale, la moelle épinière, appartenant au système nerveux central, est constituée d'un ensemble d'axones neuronaux permettant la liaison entre le cerveau et le reste du corps. C'est donc à travers elle que l'on peut commander volontairement des mouvements des membres ou que l'on est conscient d'une pression ou d'une température appliquée sur la peau. Actuellement, malgré les nombreuses études réalisées pour réparer d'éventuelles lésions de la moelle épinière, il reste encore impossible de rétablir efficacement le circuit interrompu.

Seize électrodes placées en-deçà de la lésion

Suite à un accident de la route en 2006, une luxation incomplète entre la septième vertèbre cervicale et la première vertèbre dorsale (transition C7/T1) avait abîmé la moelle épinière du jeune homme, mettant un terme à la réalisation de mouvements volontaires sous le thorax. Cependant, la rupture de la moelle épinière n'était pas totale, puisqu'il pouvait encore percevoir un contact au niveau des jambes ou du tronc. Malgré de nombreuses séances de rééducation (170 pendant 26 mois), aucune amélioration significative de sa motricité n'avait pu être observée.

Des dommages au niveau de la colonne vertébrale peuvent entraîner des lésions de la moelle épinière. Le jeune volontaire est victime d'une lésion entre la dernière vertèbre cervicale et la première thoracique. Ses électrodes ont été implantées au niveau des vertèbres lombaires et pelviennes. © DR

C'est dans ce contexte qu'une méthode, qui avait déjà été un succès sur des animaux modèles rendus paraplégiques, lui a été proposée. Avec son accord, seize électrodes ont été placées par chirurgie sur l'enveloppe de la moelle épinière (la dure-mère), au niveau des vertèbres lombaires et sacrées, soit plus bas que la lésion, à des endroits connus pour être impliqués dans le mouvement des genoux ou encore des chevilles. Des stimulations électriques à des fréquences variées, dans le but d'activer les fibres nerveuses responsables de l'activation des muscles, ont alors été réalisées au cours de plusieurs sessions de parfois plus de quatre heures.

Après seulement quelques séances, le jeune homme était déjà capable de se tenir debout, avec tout de même l'aide de son entourage. Il parvient même désormais, au terme des 80 sessions de stimulation prévues, à soutenir son poids pendant plusieurs minutes. Encore plus étonnant, une vidéo montre également un retour impressionnant de ses capacités motrices, puisqu'en position allongée, il effectue à la demande des scientifiques (et apparemment facilement) des mouvements d'orteil, de cheville ou de la jambe entière, mais uniquement si les stimulations sont activées.

Un cas particulier ?

Un des rôles de la moelle épinière est d'effectuer des mouvements réflexes, sans aucune intervention du cortex cérébral. Elle reçoit ainsi des informations en provenance du bas du corps et peut y répondre directement en activant les bons muscles au bon moment. C'est notamment le cas des réflexes d'évitement de la chaleur, mais aussi ce qui permet vraisemblablement à ce premier volontaire de se tenir debout. En revanche, les mouvements volontaires (donc commandés par le cortex) ne peuvent s'expliquer que par le fait que certaines fibres nerveuses ont été épargnées par la lésion, sans quoi l'information nerveuse ne pourrait pas atteindre sa cible, quelles que soient les stimulations électriques. Celles-ci jouent alors probablement un rôle de renforcement et non de réelle réparation.

Le succès de la méthode chez tous les paraplégiques est donc encore très incertain. Quatre autres personnes sont autorisées par la Food and Drug Administration à suivre ce même traitement, mais le premier homme à avoir tenté l'expérience bénéficiait de très bonnes conditions : jeune, athlétique et classé en catégorie B sur le système de classification américain des blessures de la moelle épinière (la A étant la paralysie la plus sévère)... Les autres candidats risquent de ne pas réagir aussi efficacement que lui. « Ce traitement a changé ma vie », explique-t-il. Cette technique aura au moins fait un heureux !

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