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Obésité : et si on se mettait au régime bactérien ?

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C'est avéré, les bactéries intestinales contrôlent la prise de poids. En effet, des chercheurs ont réussi à contrer l'obésité chez une souris en modulant la composition de sa flore intestinale. Un régime alimentaire trop gras empêche toutefois ce phénomène de se produire.

Une souris obèse (à gauche) à côté d'une souris de poids normal (à droite). Selon une nouvelle étude, les rongeurs à qui l’on a transmis une flore intestinale d'humains obèses ont tendance à prendre du poids. Cependant, si on les met en présence de souris possédant une flore intestinale issue d’humains minces, elles ne grossissent pas... à condition de ne pas leur fournir une alimentation trop grasse. © Bigplankton, Wikimedia Commons, DP

Les microbes du tube digestif sont les alliés indispensables de la santé. Ils participent à la digestion des aliments et nous aident à lutter contre les envahisseurs. Les preuves de leur rôle primordial dans la prise de poids et le développement de l'obésité sont de plus en plus nombreuses. Ils seraient par exemple responsables des kilos accumulés lors de l'arrêt de la cigarette. En outre, des études récentes ont montré que les personnes obèses avaient une flore intestinale beaucoup moins diversifiée que les autres. Ainsi, plus un individu possède d'espèces microbiennes et moins il aurait de risques d'être gros.

Face à ce constat, les scientifiques travaillent d'arrache-pied pour mieux comprendre le métabolisme du microbiote intestinal, et développer des solutions à l'épidémie d’obésité qui tue trois millions de personnes par an dans le monde (selon une vaste étude sur la mortalité, publiée dans The Lancet en 2012). Des chercheurs de l'université de Washington à Saint-Louis ont obtenu des résultats prometteurs chez la souris. Leurs travaux sont publiés dans la revue Science.

Depuis quelques années, l'obésité est devenue un problème sanitaire mondial. Des études récentes ont montré l’influence de la flore intestinale sur cette pathologie. © Tibor Végh, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Combattre l’obésité grâce à la flore intestinale

Pour cette étude, les scientifiques ont récolté des flores intestinales d'humains. Plus précisément, ils ont récupéré des échantillons fécaux de quatre paires de jumeaux composées d'un individu obèse et d'un mince. Ces prélèvements ont ensuite été implantés individuellement chez des souris axéniques, c'est-à-dire dépourvues de microbes. Ces dernières ont suivi le même régime alimentaire tout au long de l'expérience. Les résultats ne les ont pas déçus. En effet, les souris disposant des microbes des personnes minces ont gardé la ligne, alors que celles qui ont récupéré les microbes des sujets obèses ont commencé à prendre du poids. En d'autres termes, les chercheurs ont réussi à influencer la physionomie des animaux grâce à la flore intestinale.

Les scientifiques sont allés un peu plus loin. Ils ont voulu savoir ce qui se passerait si les deux types de souris vivaient dans le même espace. Les rongeurs, comme beaucoup d'autres animaux, sont coprophages, ce qui signifie qu'ils peuvent se nourrir de matière fécale. « En plaçant les souris à flore "maigre" avec celles à flore "obèse", nous savions qu'elles allaient rapidement s'échanger leurs microbes », explique Jeffrey Gordon. Il avait vu juste, la flore « mince » s'est rapidement implantée chez les souris à flore « obèse » qui n'ont alors pas continué à grossir !

Une nourriture trop grasse bloque le transfert intestinal

En revanche, les souris maigres ont conservé leur poids de départ. « Tout se passe comme si les microbes ne pouvaient voyager que dans une direction, des animaux grêles vers les plus gras », ajoute le chercheur. Selon lui, la flore intestinale plus pauvre des personnes obèses laisserait des niches pour l'implantation de nouveaux microbes provenant de la flore plus diversifiée des minces. Le contraire serait impossible.

Si les bactéries « minces » s'implantent facilement dans une population, pourquoi ne sommes-nous pas tous sveltes ? En effet, même si les Hommes ne sont pas coprophages, les flores intestinales finissent par se mélanger avec le temps et les interactions humaines. Pour répondre à cette question, les auteurs se sont tournés vers le coupable le plus évident : l'alimentation. Ils ont remplacé la nourriture des souris par des aliments humains plus ou moins riches, et se sont rendu compte que cela avait une influence fondamentale sur le transfert de la flore intestinale. Ainsi, lorsqu'ils ont donné aux rongeurs des repas très riches, le phénomène ne s'est pas produit.

« Il existe une relation très étroite entre ce que nous mangeons et la composition de notre microbiote intestinal », souligne-t-il. Il est donc important de maintenir des habitudes alimentaires saines pour conserver une flore digestive bienfaitrice.

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