Une alimentation riche en sel diminue la réponse immunitaire contre les bactéries. © Tycson1, Adobe Stock

Santé

Manger trop salé affaiblit nos défenses immunitaires

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On sait depuis longtemps qu'une alimentation trop salée est un facteur d'hypertension. Une nouvelle étude montre que l'excès sel nous rend aussi plus vulnérable aux infections. Manger deux menus de fast-foods dans la journée suffit ainsi à amoindrir significativement la réponse anti-bactérienne des cellules immunitaires.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) préconise une consommation de 5 grammes par jour. Or, en France, la consommation moyenne de sel ajouté est de 9 g/jour en moyenne chez les hommes et de 7 g/j chez les femmes, d'après l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). De très nombreuses études ont montré les méfaits de cet excès de sel : il favorise la rétention d'eau, l'hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires. Il accroît aussi le risque d'ostéoporose et de déclin cognitif chez les personnes sédentaires. Une nouvelle étude de l'université de Bonn, parue dans Science Translational Medicine, met en évidence un nouvel effet néfaste du sel : ce dernier affaiblirait le système immunitaire en le rendant plus sensibles aux infections bactériennes.

Le sel renforce la réponse immunitaire… sur la peau

De précédentes études allaient pourtant dans le sens inverse. En stimulant la production de macrophages et de lymphocytes T, le sel aiderait à lutter contre les maladies de peau parasitaires comme la leishmaniose ou l'eczéma atopique. Le sel est, par ailleurs, cytotoxique pour les bactéries. Mais, pour Katarzyna Jobin, principale auteure de la nouvelle étude, ces observations, peut-être valables pour la peau, ne peuvent pas être généralisées au niveau de l'organisme entier. « La concentration en sel est maintenue en grande partie constante dans le sang et dans les différents organes, explique la chercheuse. Dans le cas contraire, des processus biologiques importants seraient altérés ». La seule exception est justement la peau, qui fonctionne comme un « réservoir de sel » pour l'organisme.

Le rein réagit à l’excès de sel en sécrétant des glucocorticoïdes, qui amoindrissent l’inflammation et la réponse immunitaire. © abhijith3747, Adobe Stock

Pour le reste, le sel en excès est filtré par le rein et excrété dans l'urine. Et c'est là que se situe le problème : la médullaire rénale, qui sert de « capteur » pour maintenir l'équilibre sanguin en sel et en eau, entraîne une accumulation de glucocorticoïdes lorsqu'on mange trop salé. Ces derniers inhibent à leur tour l'action des granulocytes neutrophiles, des cellules immunitaires qui s'attaquent aux bactéries. Bien que leur nombre reste constant, ces derniers semblent beaucoup moins efficaces -- c'est d'ailleurs pourquoi la corticostérone est utilisée comme anti-inflammatoire.

Deux gros hamburgers par jour suffisent à affaiblir les cellules immunitaires

Pour démontrer ce mécanisme, les chercheurs ont soumis des souris infectées par la Listeria à un régime riche en sel, et ont constaté que ces dernières présentaient une concentration de bactéries pathogènes 100 à 1.000 fois supérieure à celle des souris normales. Même conclusion pour les infections urinaires à E.Coli, qui guérissent également beaucoup plus lentement chez les souris nourries avec un régime très salé, note l'étude. Les chercheurs ont poursuivi leur investigation chez l'humain. Dix volontaires ont été nourris avec un régime hypersodé (6 g de sel supplémentaire par jour, l'équivalent de deux gros hamburgers) pendant une semaine. Résultat : une augmentation de corticostérone pouvant aller jusqu'à 500 %.

« Nos travaux soulignent la limite des expériences menées sur des cultures cellulaires, souligne Katarzyna Jobin. Ce n'est qu'en étudiant un organisme dans son entier que nous avons pu découvrir les circuits de contrôle complexes qui lient la consommation de sel à cette immunodéficience ». À méditer lorsque vous lirez les prochains titres tapageurs de résultats scientifiques.

  • Le sel était jusqu’ici connu pour augmenter la réponse immunitaire, notamment dans les infections cutanées.
  • Au niveau global, le sel semble pourtant avoir l’effet inverse, en affaiblissant l’action des granulocytes neutrophiles spécialisés dans la phagocytose des bactéries.
  • Un effet dû au rein qui réagit à l’excès de sel en sécrétant des glucocorticoïdes.
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