Santé

Maladie cardiovasculaire : quand les bactéries intestinales s’en mêlent

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Les bactéries intestinales auraient un rôle dans le développement de maladies cardiovasculaires, notamment dans la formation de plaques d'athéromes. Elles seraient en effet responsables de la conversion d'un constituant de notre alimentation (la choline) en une molécule dangereuse pour notre organisme.

Les bactéries intestinales participent à notre santé cardiovasculaire. © DR

Les gentilles bactéries intestinales, qui nous aident à digérer certains aliments, étaient déjà connues pour être probablement impliquées dans les allergies alimentaires, ou même pour prendre le contrôle de notre cerveau... Bien qu'essentielles à notre bien-être digestif, elles n'ont donc pas que des qualités, surtout lorsque l'on apprend qu'elles pourraient aussi être responsables de l'apparition de maladies cardiovasculaires !

C'est en tout cas les résultats étonnants d'un groupe de chercheurs américains du Cleveland Clinic et de l'Université de Californie à Los Angeles. Ils ont en effet montré, dans un article paru dans Nature, un lien entre la consommation de lécithine, la présence de bactéries intestinales et la formation d'athérosclérose, première maladie cardiovasculaire au monde.

La lécithine et la choline dans l’alimentation

La lécithine est un lipide complexe, composé de glycérol, d'acides gras, de phosphate et de choline. Ainsi scientifiquement appelée phosphatidyl-choline, la lécithine est retrouvée abondamment dans la nourriture, en particulier dans les œufs, le foie, la viande, le fromage, le poisson... C'est d'ailleurs un composant important des membranes cellulaires et est à ce titre nécessaire au bon fonctionnement de l'organisme, notamment du système nerveux. En plus de la trouver dans l'alimentation, elle peut donc parfois être ingérée sous forme de complément alimentaire, de même que la choline.

Cela semblait être une bonne idée, jusqu'à ce que les chercheurs se rendent compte que, chez 2.000 patients, des niveaux sanguins élevés de trois molécules de dégradation de la lécithine (la choline, le TMAO ou l'oxyde de triméthylamine et la bétaïne) étaient fortement corrélés aux risques de développer une maladie cardiovasculaire.

Coloration d'une section d'aorte de souris à l'aide d'anticorps dirigés contre les macrophages. À gauche, une souris à l'alimentation normale, à droite, une souris nourrie avec beaucoup de choline. © Nature

Le TMAO, une molécule dangereuse

Données à manger à des souris génétiquement modifiées pour développer facilement de l'athérosclérose, ces trois molécules induisent en effet l'augmentation du nombre des récepteurs éboueurs sur les macrophages (des molécules permettant l'ingestion de mauvais cholestérol dans les cellules, qui deviennent alors spumeuses, favorisant les plaques d’athérome), alors que la choline et le TMAO augmentent directement le phénomène d'athérosclérose.

Mais quel est le rôle des bactéries intestinales dans ce mécanisme ? « Quand deux personnes mangent de la même façon mais que l'une développe une maladie cardiovasculaire et l'autre non, nous pensons actuellement que la maladie se développe à cause de leurs différences génétiques ; mais nos études montrent que ce n'est qu'une partie de l'équation», explique Stanley Hazen du Cleveland Clinic.

Les bactéries favorisent la production de TMAO

Les scientifiques ont en effet constaté l'implication de la flore intestinale lorsqu'ils ont réalisé la même expérience que précédemment, toujours sur ces souris OGM, mais en plus traitées aux antibiotiques, et donc dépourvues de bactéries intestinales. Dans ce cas, l'athérosclérose liée à la consommation de choline disparaît. Cet effet bénéfique, dû à l'absence des bactéries, montre que ces microorganismes sont responsables de la conversion de la choline en molécules dangereuses. Ainsi, les chercheurs ont pu montrer que les bactéries synthétisent la triméthylamine (TMA) à partir de choline, TMA qui sera ensuite converti en TMAO par des enzymes du foie.

« Les différences dans le métabolisme de la flore intestinale d'une personne à l'autre apparaissent avoir un gros effet sur le développement des maladies cardiaques », fait remarquer Stanley Hazen. Si l'on ne sait pas encore quel type de bactéries intestinales effectue cette dangereuse étape moléculaire, il serait bon de déterminer dans quelle mesure elles sont réellement dangereuses pour notre santé cardiovasculaire et à quel niveau de consommation la choline devient un risque.

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