Santé

Des lentilles de contact pour délivrer des médicaments

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Après des décennies d'échecs, des chercheurs de l'université Harvard et du MIT ont conçu une lentille de contact capable de délivrer pendant un mois au moins des doses thérapeutiques du principal médicament contre le glaucome. Un procédé qui pourrait être utilisé pour d'autres conditions.

Bientôt, les lentilles de contact ne serviront pas seulement à corriger un défaut de vision : elles permettront peut-être de soigner des maladies oculaires en délivrant in situ les médicaments adaptés. © Maikel_nai, Flickr, cc by 2.0

Le glaucome représente l'une des principales causes de cécité irréversible à travers le monde. Bien qu'existant sous de multiples formes, il apparaît souvent après que les canaux servant à drainer l'humeur aqueuse de l'œil soient bouchés. L'excès de liquide augmente alors la pression à l'intérieur du globe oculaire, ce qui se répercute sur le nerf optique. Les neurones finissent par succomber. Une fois détruits, il est impossible de les régénérer. Sans traitement, le glaucome conduit donc à la cécité.

Bien qu'il soit impossible de le soigner, on peut au moins prévenir le glaucome par chirurgie, par laser ou à l'aide d'un médicament. Parmi les plus courants, le latanoprost, qui s'administre sous forme de gouttelettes déposées sur l'œil. Mais bien souvent, les patients éprouvent des difficultés à adhérer au traitement et oublient leur collyre.

Pour y remédier, des scientifiques de la faculté de médecine de l'université Harvard, sous l'égide de Joseph Ciolino, associé à des chercheurs du MIT, ont développé une lentille de contact qui libère le latanoprost de manière continue. S'ils ne sont pas les premiers à avoir l'idée, ils viennent de mettre au point un procédé qui leur permet de libérer le médicament à des doses thérapeutiques durant au moins un mois. Une première publiée dans Biomaterials.

On ne peut pas guérir du glaucome, mais on peut le prévenir chez les patients à risque. Et peut-être trouver de meilleures façons de préserver la vue et les yeux, à l'aide d'une lentille adaptée. © Franck Hanot, Flickr, cc by nc sa 2.0

Des lentilles au potentiel thérapeutique

La lentille dispose d'un fin film de polymère encapsulé sur la périphérie de sa face interne, de manière à ne pas gêner la vision. À l'intérieur, on trouve le latanoprost. En perçant le film, le principe actif atteint l'humeur aqueuse et favorise son élimination, baissant ainsi la pression intraoculaire. Testée sur des cellules en culture et in vivo chez l'animal, la lentille ne présente pas de problèmes particuliers. Un mois après le début du traitement, les taux de latanoprost dans l'humeur aqueuse étaient équivalents à ceux retrouvés chez un patient qui utilise un collyre.

Le modèle de lentille de contact n'est pas unique. Ainsi, elle peut être neutre chez les personnes ne souffrant d'aucun problème de vue, ou bien correctrice chez les myopes ou les presbytes. Surtout, elle peut intrinsèquement contenir d'autres principes actifs, et ainsi devenir un moyen thérapeutique contre d'autres pathologies oculaires. De quoi voir la suite avec plus d'ambition encore.

Mais avant de crier victoire trop vite, le procédé demande encore à être développé et testé. Comme tout médicament, il doit être préalablement essayé chez l'Homme pour s'assurer de son innocuité et de son efficacité par rapport à un placébo. Tant de bonnes idées sont abandonnées en chemin qu'il vaut mieux laisser les chercheurs travailler dessus et attendre que le traitement soit validé pour espérer mieux accrocher les patients touchés par le glaucome.

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