Le virus de l'hépatite B. © US Centers for Disease Control

Santé

Hépatite B : le plus vieux virus jamais séquencé

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Deux équipes de chercheurs ont séquencé le génome d'un ancien virus de l'hépatite B à partir de dents et d'os humains. Ce virus, qui aurait circulé il y a environ 7.000 ans, est sensiblement différent de celui que nous connaissons actuellement chez l'Homme.

Deux études récentes ont réussi à identifier et séquencer le génome d'anciens virus de l'hépatite B. La première, mise en ligne le 10 mai 2018 sur le site bioRxiv (où les chercheurs partagent des versions encore non publiées de leurs travaux), émane d'une équipe menée par Ben Krause-Kyora et Johannes Krause. Ces deux chercheurs allemands ont analysé trois dents de squelettes datés de 1.000 à 5.000 avant JC. La seconde, dont le principal auteur est le zoologiste Eske Willerslev (université de Copenhague), a été publiée dans Nature le 9 mai dernier. Elle s'est penchée sur des échantillons âgés de 800 à 4.500 ans.

Pour reconstituer les génomes des virus, Eske Willerslev et ses collègues ont un peu « fouillé les poubelles », plaisante le chercheur. Ils ont en effet analysé les séquences qui avaient été éliminées parce qu'elles n'appartenaient pas au génome humain. C'est à partir de ces morceaux que l'on peut reconstruire les génomes des virus, « un peu comme un puzzle », résume Eske Willerslev, cité par The Atlantic. En fait, ce n'est pas un génome mais de multiples formes différentes du virus de l'hépatite B (16 pour la première étude, 12 dans la seconde) que les chercheurs ont découvertes.

Encore plus étonnant, aucune de ces formes ne correspond à une souche actuellement connue chez l'Homme. Cinq d'entre elles semblent en revanche similaires à des souches observées en Afrique chez le chimpanzé et le gorille. D'après les calculs de Krause-Kyora, le virus de l'hépatite B aurait circulé en Europe de l'ouest et centrale depuis au moins 7.000 ans avant JC. Jusqu'ici, le plus ancien virus jamais étudié provenait d'un enfant momifié du XVe siècle dans la région de Naples.

Des virus de l'hépatite B. © Sanofi Pasteur

Prédire l’évolution des virus actuels

Cette découverte est très importante car elle nous renseigne sur l'évolution possible des virus actuels. Jusqu'à maintenant, on a uniquement séquencé les souches récentes. « C'est comme si on essayait de comprendre l'évolution en étudiant seulement des animaux vivants », illustre Terry Jones, interrogé par l'Evening Standard, chercheur à l'université de Cambridge et co-auteur de l'étude parue dans Nature. Or, certaines des mutations découvertes sont susceptibles de revenir, observe Eske Willerslev, le principal auteur. En étudiant ces anciennes formes, par exemple en les injectant chez des souris, on pourrait observer leurs effets et leur virulence. L'étude d'anciens virus nous aide également dans la compréhension des migrations des Hommes préhistoriques.

L'hépatite B est actuellement l'un des virus les plus répandus chez l'être humain. On dénombre plus de 250 millions de porteurs chroniques, selon l'OMS, et la maladie serait responsable de près de 900.000 décès chaque année. L'hépatite B infecte le foie mais le virus circule dans le sang et se retrouve donc dans les os et les dents. De plus, si les chercheurs se sont spécifiquement intéressés à ce virus, c'est parce que son matériel génétique est composé d'ADN et non d'ARN (comme ceux d'Ebola, de la rougeole ou de la grippe par exemple), ce qui rend donc possible son séquençage avec des méthodes classiques.

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