Et si la douleur ressentie lors d’une consultation médicale était due à un manque de confiance en son médecin ? Une nouvelle étude suggère que les patients peuvent ressentir davantage de douleurs lorsqu'une procédure médicale désagréable est effectuée par un médecin qu'ils perçoivent comme moins digne de confiance. Les chercheurs ont visualisé les résultats dans les régions du cerveau liées à la douleur.

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Se méfier du médecin qui vous soigne ou du système de soins de santé en général pourrait impacter les réactions de votre cerveau à la douleur reçue. Selon une nouvelle étude de l'université de Miami, lorsque les médecins sont perçus comme moins dignes de confiance par leurs patients, la douleur et l'activité cérébrale liée à la douleur peuvent augmenter.

D'après de précédentes études sur le sujet, une relation médecin-patient positive produit un effet sur de nombreux résultats de santé des patients, notamment en augmentant la réponse au placeboplacebo et la satisfaction des patients, et en affectant des paramètres cliniques comme la douleur postopératoirepostopératoire. Il a été noté que cela réduit également la réponse physiologique du patient lors de l'annonce de son diagnostic de cancer.

Comprendre les mécanismes neurobiologiques à l’origine du phénomène

Toutefois, les mécanismes neurobiologiques à l'origine des réductions de la douleur liées à la confiance des patients envers leur médecin restaient flous. Pour les comprendre, les chercheurs américains ont utilisé la neuro-imagerie fonctionnelle (IRMfIRMf) afin de visualiser les réponses du cerveau des participants soumis à une procédure médicale douloureuse (des stimulationsstimulations thermiques sur les bras) et traités par des médecins virtuels apparaissant plus ou moins dignes de confiance.

Les médecins « virtuels » correspondaient à des images d'individus vêtus d'une blouse blanche et dont les visages ont été créés par un algorithme informatique pour paraître plus ou moins dignes de confiance.

Conception de la tâche d'IRMf d'interaction médicale virtuelle. © Anderson, Gianola <em>and al. Cerebral Cortex</em>
Conception de la tâche d'IRMf d'interaction médicale virtuelle. © Anderson, Gianola and al. Cerebral Cortex

Sans surprise, les participants ont signalé une douleur accrue lorsqu'ils recevaient des stimulations thermiques douloureuses de la part de médecins qu'ils percevaient comme moins dignes de confiance. À la suite à l'examen IRMf, les chercheurs ont également relevé une augmentation de l'activité cérébrale dans les régions du cerveau liées à la douleur, ainsi qu'une activité accrue d'un neuromarqueur prédictif de la douleur -- une signature de la douleur neurologique -- avec des médecins « moins fiables ».

Pour aller plus loin dans l'explication, les auteurs ont voulu comprendre quels facteurs pouvaient influencer ces résultats. Il se trouve que plus les participants se méfiaient des organisations médicales, plus leur activité cérébrale était importante dans les régions du cerveau impliquées dans la douleur, l'attention et l'émotion lorsqu'ils ressentent et évaluent la douleur.

La douleur : un aspect primordial du soin médical

En conclusion, les chercheurs ne préconisent pas aux médecins de changer d'expression faciale pour apaiser la douleur de leurs patients... Ils estiment plutôt que même de petits changements (non verbaux) dans la relation médecin-patient peuvent suffire à réduire la douleur des patients. « La douleur est commune à la plupart des troubles médicaux et constitue l'une des principales raisons pour lesquelles les patients cherchent un traitement médical, ajoutent les auteurs. La douleur est également très coûteuse pour la société en termes de charge financière et d'invalidité ».

Il est intéressant de souligner que l'étude présente des limites, notamment sur l'échantillon des participants. Seulement 42 personnes (entre 18 et 35 ans) en bonne santé ont participé à l'étude, ce qui limite la généralisation des résultats aux populations souffrant de douleur clinique. De plus, seuls des stimuli (virtuels) de visages blancs et masculins étaient disponibles pour cette étude, ne permettant pas d'élargir les conclusions.