Santé

Ébola : un traitement efficace après l’apparition des symptômes

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Alors qu'on ne dispose d'aucun médicament efficace contre la fièvre Ébola, un mélange d'anticorps vient de sauver la vie à trois macaques infectés par le filovirus, alors que les premiers symptômes étaient déjà apparus. Une première qui offre un réel espoir de traitement.

Sur cette image, on comprend pourquoi le virus Ébola appartient à la famille des filovirus. S'il est quasiment synonyme de mort, l'espoir d'un traitement partiellement efficace permettrait de sauver des vies humaines. © Cynthia Goldsmith, CDC, DP

On ne plaisante pas avec le virus Ébola. Tirant son nom du fleuve éponyme traversant la ville de Yambuku (actuelle République démocratique du Congo), d'où est partie la première épidémie en 1976, ce filovirus est l'un des pires pathogènes jamais rencontrés par l'Homme. Lors de certaines épidémies, toujours localisées en Afrique centrale, il a tué jusqu'à 90 % des personnes contaminées. Plus de 35 ans après sa découverte, il n'existe toujours aucun traitement contre la fièvre hémorragique et les diarrhées violentes qu'il entraîne.

Transmis par contact avec les fluides biologiques (sang, salive, etc.), voire par aérosols, il se multiplie très vite dans le corps et sature tous les organes et le système immunitaire, ce qui empêche l'organisme de réagir et de l'éliminer. Après cinq jours ou plus d'incubation, les premiers symptômes apparaissent. Parce qu'il dégrade tous les organes, des hémorragies aussi bien internes qu'externes se manifestent. Le patient est dans un état de grande faiblesse, et finit le plus souvent par s'éteindre.

En octobre 2012, une équipe de chercheurs de l'US Army Medical Research Institute of Infectious Diseases (USAMRIID), dirigée par James Pettitt, publiait une étude dans Pnas, dans laquelle les scientifiques mettaient en évidence qu'un cocktail d'anticorps monoclonaux peut sauver tous les macaques infectés s'il est administré dans l'heure suivant l'infection. En réalité, les anticorps se fixent au virus et finissent par l'éliminer. De plus, ils reconnaissent également les cellules infectées, amenant le système immunitaire à se débarrasser des brebis galeuses. Mais lorsque le délai passe à 48 heures, le taux de survie descend à 67 % (quatre singes sur six). L'efficacité chute donc au cours du temps.

Trois macaques sauvés d’une infection à l’Ebolavirus

Un résultat pour autant intéressant, bien que réalisé sur un faible échantillon de primates, mais qui ne colle pas forcément avec la réalité clinique. Car la maladie n'est diagnostiquée qu'après l'apparition des premiers symptômes. Ce traitement, composé de trois anticorps déjà connus individuellement pour leur efficacité contre le virus, peut-il soigner les malades avérés  ?

Les anticorps monoclonaux sont des polypeptides en forme de Y dont les extrémités sont spécifiques à un antigène. Ainsi, les trois anticorps de ce médicament reconnaissent des régions particulières de l’Ebolavirus et contribuent à son élimination. © Anna Tanczos, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Affirmatif, nous précise leur dernière étude, parue dans Science Translational Medicine. Cependant, l'efficacité n'est que partielle. Dans cette expérience, 7 macaques ont été contaminés par le virus Ébola Zaïre, la pire souche, celle tuant 90 % des patients. Entre 104 et 120 heures après inoculation, les premiers symptômes sont apparus et le médicament, affublé du nom de code MB-003, a été injecté par intraveineuse.

Quatre des singes sont morts, les trois autres ont survécu. Un taux de survie de 43 %, soit une baisse d'efficacité en regard de l'expérience réalisée après 48 heures de contamination, mais toujours mieux que les 10 % actuellement observés lors des épidémies. Deux des survivants n'ont présenté que des symptômes modérés, le troisième ayant subi toute la virulence du pathogène.

Un potentiel traitement crédible contre la fièvre Ébola

Point important : il semblerait qu'aucun animal n'ait manifesté un quelconque effet secondaire. Une donnée intéressante et importante dans le cas d'une application chez l'Homme, car c'est bel et bien le but. Malgré tout, des tests d'innocuité restent encore à réaliser chez le primate avant de passer à des volontaires humains, une fois l'accord des autorités sanitaires obtenu.

L'autre intérêt de ce traitement serait son coût de fabrication. Les trois anticorps (13C6, 13F6 et 6D8) sont synthétisés en série par des cellules de tabac. Les auteurs disent pouvoir fournir en deux semaines suffisamment de médicaments pour en apporter sur les lieux d'une épidémie, à un prix très abordable. Mais avant cela, il reste des années de tests préalables...

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