Le comité présidé par le professeur Axel Kahn n’a pas trouvé de raison valable pour interdire l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques. © Rouzes, Istock.com

Santé

Cannabis thérapeutique : il n'y a aucune raison de s'y opposer pour le Comité éthique et cancer

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Présidé par le professeur Axel Kahn, le Comité éthique et cancer vient de rendre son avis sur l'usage du cannabis à des fins thérapeutiques par des adultes gravement malades. Bien que l'effet bénéfique de cette drogue dite « douce » ne soit pas prouvé dans ce cas de figure, le Comité ne voit pas de raison valable pour continuer de l'interdire.

Une instance consultative n'a pas trouvé de raison de s'opposer à l'usage du cannabis par des adultes atteints d'une maladie grave qui disent en tirer un bénéfice, même si ce dernier n'est pas démontré de façon rigoureuse. Atteinte d'un cancer, une patiente affirme que la consommation de ce produit la soulage de douleurs intenses et chroniques et de ses nausées ; elle avait saisi le Comité en l'interrogeant sur le caractère éthique ou non de l'interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Elle compare l'interdiction actuelle à « un refus de soins », indiquait, mardi, le Comité présidé par le professeur Axel Kahn, généticien et président honoraire de l'université Paris-Descartes.

Malgré les « données encore insuffisantes » sur les effets thérapeutiques du cannabis, le Comité s'est attaché à déterminer s'il existe des raisons éthiques de s'opposer à la consommation de cannabis par des malades qui s'en disent soulagés. « Aucun des arguments possiblement en défaveur d'une telle consommation ne lui est apparu de nature à continuer de l'interdire », estime-t-il. « En particulier, il n'a pu identifier d'effet néfaste avéré assez sérieux pour s'opposer à une semblable pratique par des personnes adultes atteintes d'une maladie grave, potentiellement mortelle et qui déclarent en tirer bénéfice ». Cependant, il recommande de ne pas le fumer et de privilégier d'autres formes de consommation.

Encadrer l’accès au cannabis thérapeutique

Selon le Comité, dont l'avis est disponible en ligne (ethique-cancer.fr), il conviendrait que l'accès au cannabis ou à ses substances actives « puisse être encadré par les autorités de santé, afin d'apporter aux personnes malades les garanties nécessaires quant à la qualité, aux concentrations et aux modalités d'utilisation optimale du cannabis ou de ses substances actives ».

Cet « encadrement permettrait de surcroît aux personnes malades de se dispenser de faire appel à des circuits parallèles » pour s'en procurer et « leur éviterait également de risquer des poursuites pénales du fait de leur consommation ». La Ligue contre le cancer est à l'origine de la création du Comité éthique et cancer, instauré en 2008 par Roselyne Bachelot-Narquin, alors ministre de la Santé. Un comité d'experts de l'Agence du médicament (ANSM) remettra ses premières conclusions d'ici à la fin de l'année sur l'intérêt de mettre en place un accès à du cannabis thérapeutique en France.

Pour en savoir plus

Le cannabis thérapeutique : la France encore réticente

Article de AFP, paru le 13/03/2013

Le cannabis possède des propriétés thérapeutiques pour certaines maladies comme la sclérose en plaques, l'épilepsie ou encore le cancer. Pourtant, en France, le débat sur le cannabis « récréatif » brouille les pistes et limite son utilisation : un seul médicament est disponible, le Marinol (le nom commercial du dronabinol), qui est peu prescrit par les médecins. La France rattrapera-t-elle son retard par rapport à ses partenaires européens ?

L'intérêt pour le cannabis, ou chanvre indien, utilisé comme plante médicinale depuis l'Égypte ancienne, a été relancé dans les années 1990 par la découverte d'un analogue fabriqué par l'organisme. En effet, le cannabinoïde endogène est présent dans le cerveau des Hommes comme des animaux.

Depuis, des dizaines d'études ont permis de confirmer le bénéfice du cannabis thérapeutique dans plusieurs cas : spasmes musculaires dans la sclérose en plaque et dans l'épilepsie, douleurs chroniques dans certaines pathologies neurologiques, stimulation de l'appétit ou encore prévention des nausées et vomissements chez les personnes atteintes d'un cancer. En outre, le cannabis pourrait s'avérer utile dans le traitement de l'anorexie, et même avoir un effet positif sur l'inflammation ou sur la pression artérielle. Des recherches se poursuivent pour confirmer son intérêt thérapeutique.

Le cannabis thérapeutique, un sujet encore tabou en France

Pourtant, bien que les vertus médicinales du cannabis soient de plus en plus reconnues par la communauté scientifique, son utilisation en France reste un sujet largement tabou. « Le problème est celui de la représentation que le grand public se fait des dangers du cannabis », explique le professeur Michel Reynaud, chef du service d'addictologie de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif, tout en regrettant qu'on ne tienne pas suffisamment compte en France des dernières données scientifiques.

Législation du cannabis thérapeutique en Europe (2006). Le cannabis médical est principalement destiné à soulager les effets secondaires de certaines maladies comme la sclérose en plaques. © Henry Salomé, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

En effet, alors que l'usage médical du cannabis est d'ores et déjà une réalité dans plusieurs pays européens dont l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, ainsi qu'en Australie, au Canada et dans plusieurs États américains, la France reste extrêmement réticente. Un seul dérivé cannabinoïde, le Marinol (nom commercial du dronabinol), peut actuellement être prescrit pour le traitement des douleurs chroniques. Cela peut se faire dans le cadre d'une autorisation temporaire d'utilisation, une procédure spéciale réservée à des pathologies pour lesquelles il n'existe pas de traitement approprié.

Pas d’autre dérivé cannabinoïde sur le marché français en vue

De plus, la vaste polémique sur la légalisation du cannabis « récréatif » brouille encore plus le débat, et les médecins hésitent à prescrire le dronabinol. « Les prises de position ne sont pas rationnelles », relève le professeur Reynaud, qui reconnaît que beaucoup de médecins réagissent comme le grand public sur cette question. Le ministère de la Santé a pourtant fait un petit pas le mois dernier en demandant à l'agence du médicament (ANSM) d'étudier le dossier du Sativex (Bayer), un spray à base de dérivés du cannabis. Celui-ci est déjà disponible dans la plupart des pays européens pour soulager des patients atteints de sclérose en plaques. Mais pour qu'un dossier de demande d'autorisation de mise sur le marché puisse être déposé auprès de l'ANSM, il faudrait d'abord modifier un décret interdisant l'utilisation des dérivés de cannabis à visée thérapeutique.

L'utilisation du cannabis dans les traitements en France a mauvaise réputation pour le moment, et reste donc encore difficile. Le retard de la France dans ce domaine met en relief la nécessité et l'importance de la diffusion de l'information scientifique au grand public. 

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