La Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CnamTS) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publient les résultats d’une étude sur le baclofène menée avec l’Inserm pour la période 2009-2015. Résultat : l’utilisation à haute dose du baclofène est associée à un risque accru d’hospitalisation et de décès par rapport aux traitements médicamenteux autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool.

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    Une étude a été conduite à partir des bases de donnéesbases de données du Sniiram (Système national d'information inter-régimes de l'assurance maladie) et du PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d'information) reliées à celle du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC). Elle visait à documenter les usages du baclofène, évaluer le maintien du traitement dans la duréedurée et évaluer sa sécurité, notamment lorsque ce médicament est donné à fortes doses. Le baclofène a été comparé avec les traitements de la dépendance à l'alcoolalcool ayant une autorisation de mise sur le marchéautorisation de mise sur le marché (AMM) : acamprosate, naltrexone, nalméfène, disulfirame.

    Cette étude met en évidence une utilisation importante du baclofène en dehors du cadre de son autorisation de mise sur le marché. Ceci principalement dans le traitement de la maladie alcoolique qui fait l'objet d'une recommandation temporaire d'utilisation (RTU). Elle montre également que l'utilisation du baclofène à haute dose est associée à un risque accru d'hospitalisation et de décès par rapport aux traitements médicamenteux autorisés pour traiter la dépendance à l'alcool.

    L'étude CnamTS-ANSM, en collaboration avec l'Inserm, a permis de distinguer les utilisateurs de baclofène atteints d'une affection neurologique en lien avec l'indication ayant obtenu l'AMM de ceux qui ont reçu le baclofène pour un autre motif, possiblement une dépendance à l'alcool. Le motif de prescription du baclofène a été déterminé par algorithme à partir des informations médicales présentes dans les bases de données. Ainsi, entre 2009 et 2015, sur l'ensemble des personnes ayant débuté un traitement par baclofène, plus des deux tiers, soit 213.000 patients, l'ont utilisé dans une autre indication que celle de l'AMM, principalement dans le traitement de la dépendance à l'alcool.

    En ce qui concerne les patients sous baclofène en dehors de l'indication neurologique, ceux recevant des doses quotidiennes élevées (supérieures à 75 mg) sont minoritaires, mais leur part s'est vu augmenter entre 2009 et 2015, passant de 3 % en 2013 à 9 % en 2015. Un peu plus de 1 % des patients ont reçu des doses de baclofène supérieures à 180 mg par jour. Ils sont peu nombreux à poursuivre leur traitement dans la durée. Au cours des six premiers mois d'utilisation, seuls 10 % des patients l'ont pris sans l'interrompre. In fine, comme pour les médicaments indiqués dans la dépendance à l'alcool, plus de quatre patients sur cinq débutant un traitement avec le baclofène l'arrêtent définitivement au cours des six premiers mois d'utilisation.

    Le baclofène serait aussi prescrit pour des cas de démence et de douleurs rhumatologiques. © Andrey Popov, Fotolia

    Le baclofène serait aussi prescrit pour des cas de démence et de douleurs rhumatologiques. © Andrey Popov, Fotolia

    Plus d’hospitalisations et de décès à hautes doses

    L'étude a aussi mis en évidence des usages hors AMM et hors RTU, vraisemblablement dans le traitement de la démence et des douleurs rhumatologiques. Ces usages peuvent apparaître notamment au travers des 11.500 personnes âgées de plus de 80 ans traitées par baclofène sur la période de sept ans et des 3.000 patients pour lesquels le baclofène a été initié par un rhumatologue. Ces usages n'ont pas été validés par l'ANSM.  

    La sécurité du baclofène a été comparée à celle des médicaments autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool. Les résultats montrent que l'utilisation du baclofène est associée à un risque accru (augmentant avec la dose) d'hospitalisation et de décès par rapport aux traitements médicamenteux autorisés pour traiter la dépendance à l'alcool :

    • Aux doses faibles et modérées (inférieures à 75 mg/jour), le risque d'hospitalisation est faiblement augmenté par rapport aux traitements de l'alcoolo-dépendance (de 9 % aux doses inférieures à 30 mg/jour et de 12 % aux doses entre 30 et 75 mg/jour) et le risque de décès n'est pas augmenté.
    • Pour des doses entre 75 mg/jour et 180 mg/jour, le risque d'hospitalisation est modérément augmenté de 15 % par rapport aux traitements de la dépendance à l'alcool mais le risque de décès est multiplié par 1,5.
    • Au-delà de 180 mg/jour, malgré une analyse portant sur des effectifs limités, la hausse du risque d'hospitalisation et surtout de décès des patients traités par baclofène par rapport aux traitements de la dépendance à l'alcool apparaît particulièrement nette : la fréquence des hospitalisations est augmentée de 46 % et le risque de décès est multiplié par 2,27.

    En particulier, le risque d'intoxication, d'épilepsie et de mort inexpliquée (selon le certificatcertificat de décès) s'accroît avec la dose de baclofène reçue.

    Le profil de sécurité du baclofène utilisé en dehors de l'indication neurologique est préoccupant, notamment lorsque celui-ci est reçu à fortes doses. Ces données amènent l'ANSM à engager dès à présent une révision de la RTU du baclofène dans l'alcoolo-dépendance, notamment en ce qui concerne les doses administrées. Par ailleurs, les résultats de cette étude seront pris en compte dans le cadre du dossier de demande d'autorisation de mise sur le marché du baclofène dans le traitement de l'alcoolo-dépendance qui est actuellement en cours d'évaluation à l'ANSM.


    Le baclofène contre l'alcoolo-dépendance ne convainc pas l'Afssaps

    Article de Destination Santé paru le 15 juin 2011

    Le baclofène, souvent prescrit dans le traitement de l'alcoolo-dépendance, ne bénéficie toujours pas d'AMM en ce sens. L'Afssaps demande la mise en place d'une étude cliniqueétude clinique pour établir la véritable efficacité de ce médicament, indiqué à l'origine pour des pathologies non liées à l'alcoolisme.

    Selon l'Agence française de sécurité des produits de santé (Afssaps), « le bénéfice du baclofène dans l'alcoolo-dépendance n'est pas démontré à ce jour ». Elle considère qu'il n'est pas possible de statuer sur l'efficacité de ce médicament dans la prise en charge de l'alcoolisme.

    Le baclofène est un relaxant musculaire d'action centrale, autorisé depuis 1975 dans le traitement des contracturescontractures musculaires d'origine cérébrale. L'augmentation des prescriptions hors-AMM dans la prise en charge de l'alcoolo-dépendance a conduit l'Afssaps à réunir un groupe d'experts en février 2009, puis à nouveau en février 2011. Ce dernier a passé en revue l'ensemble des données disponibles.

    « Des travaux suggèrent un intérêt du baclofène, avec une posologie variable et le plus souvent largement supérieure aux doses habituellement utilisées. Cependant, la méthodologie de ces études ne permet pas de conclure à l'efficacité du baclofène dans le traitement de l'alcoolo-dépendance », précise l'Afssaps.

    Une étude clinique est nécessaire

    Par ailleurs, les informations disponibles ne permettent pas de rassurer sur son profil de sécurité d'emploi. « Les données de pharmacovigilance sont essentiellement françaises et limitées en raison d'une forte sous-notification des effets indésirables survenant dans cette utilisation hors-AMM. »

    Ces arguments expliquent pourquoi l'Afssaps soutient la mise en place d'une étude clinique de qualité scientifique « incontestable pour pouvoir évaluer le rapport bénéfices/risques du baclofène dans le traitement de l'alcoolo-dépendance ». En attendant, un suivi national renforcé de pharmacovigilance a été instauré par l'Afssaps. Laquelle met en garde contre l'utilisation hors-AMM de ce médicament.