Santé

Un beau Nobel de médecine pour la lutte contre les fléaux parasitaires

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La lutte contre les terribles filarioses, des maladies parasitaires dues à des vers, comme l'éléphantiasis, et la mise au point d'un traitement efficace contre le paludisme, l'artémisinine, issue de la tradition chinoise, viennent d'être fort justement récompensés par le prix Nobel de médecine 2015 décerné à William Campbell, Satoshi Omura et Youyou Tu. Des centaines de millions de personnes bénéficient aujourd'hui de ces traitements.

William Campbell, Youyou Tu et Satoshi Omura (de gauche à droite) sont les trois lauréats du prix Nobel de médecine 2015. Ils ont découvert des traitements contre des maladies qui touchent des millions de personnes dans le monde. © Comité Nobel

Cette année, le comité Nobel a décidé de récompenser trois scientifiques qui ont œuvré pour la lutte contre les maladies parasitaires, de véritables fléaux dans les pays en voie de développement. Ces chercheurs ont pour point commun d'avoir mis au point leurs nouveaux traitements à partir de substances trouvées dans la nature : dans des bactéries ou des plantes.

Tout d'abord, Satoshi Omura et William Campbell reçoivent un prix Nobel pour leur découverte de l'avermectine, issue de la bactérie Streptomyces avermitilis. Les dérivés de l'avermectine, comme l'ivermectine, sont des traitements efficaces contre les filarioses : la filariose responsable de la cécité des rivières (onchocercose) et la filariose lymphatique (éléphantiasis).

Satoshi Omura a identifié et développé les avermectines et l'ivermectine lors d'un programme de recherche avec l'entreprise Merck. L'ivermectine est un des médicaments les plus importants produits au monde, notamment pour les pays en voie de développement. Trois cents millions de personnes l'utiliseraient chaque année. Satoshi Omura est professeur émérite de l'université de Kitasato, au Japon. En France, il est Chevalier de la Légion d'Honneur depuis 2008 et élu associé à l'Académie des sciences en 2002.

William Campbell est un chercheur irlandais qui a travaillé pendant des décennies pour l'Institut Merck. Il est actuellement chercheur à l'université Drew de Madison, dans le New Jersey.

L’artémisinine est le principe actif de l’armoise annuelle, Artemisia annua. © Ton Rulkens, File Upload Bot (Magnus Manske), Wikipedia, CC by-sa 2.0

La découverte de l’artémisinine récompensée par le comité Nobel

Autre belle avancée pour la santé humaine honorée par le prix Nobel de médecine : la découverte de l'artémisinine par Youyou Tu, une chercheuse chinoise. L'artémisinine est aujourd'hui un médicament largement utilisé dans le monde pour lutter contre le paludisme, et il aurait évité des millions de décès. Le travail de Youyou Tu a commencé en pleine révolution culturelle en Chine, dans les années 1960, alors que le gouvernement lançait un programme de recherche pour trouver un remède au paludisme. Des résistances au principal traitement alors utilisé (la chloroquine) étaient observées. Le projet s'appelait « Project 523 » car il avait été lancé le 23 mai 1967.

Youyou Tu a travaillé sur des textes anciens et des remèdes traditionnels et produit des centaines d'extraits de plantes qui ont ensuite été testés par son équipe. L'un des extraits de Qinghao (Artemisia annua) a fortement inhibé le parasite chez des souris. Mais les résultats n'étaient pas reproductibles et il a fallu améliorer le processus d'extraction. En 1972, l'équipe a obtenu la substance pure appelée Qinghaosu (le principe de Qinghao), couramment appelée artémisinine en Occident. La structure de cette molécule était particulière et ne ressemblait à aucun antipaludéen de l'époque. Des dérivés chimiques ont été produits dès 1973. Cependant, en raison du climat politique de l'époque, peu d'articles ont été publiés sur cette recherche. La première publication en anglais dans la littérature scientifique sur les succès de l'artémisinine date de 1979.

Le paludisme est une maladie transmise par un moustique qui touche particulièrement les enfants, notamment en Afrique subsaharienne. En 2008, 247 millions de personnes ont été infectées par le paludisme et près d'un million sont décédées. En raison de l'apparition de résistances à l'artémisinine, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande désormais de combiner un traitement à base d'artémisinine avec une autre molécule.

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