Des chercheurs ont réussi à couper toute envie d’alcool chez des rats en désactivant des neurones spécifiques grâce à un laser. Une technique, semble-t-il, terriblement efficace et sans effets secondaires mais loin d’être immédiatement transposable à l’Homme.

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[EN VIDÉO] À quelle vitesse élimine-t-on l'alcool ? Depuis le tube digestif, l'alcool passe très vite dans le sang, d'où il atteint rapidement le cerveau, avec les effets que l'on sait. Le corps, ensuite, va métaboliser l'éthanol pour s'en nourrir. Mais ce phénomène-là est bien plus lent...

L'alcoolalcool tue plus de 41.000 personnes par an en France, selon Santé publique France, soit la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac. Sur ces décès, 90 % sont liés à une consommation supérieure à 53 grammes par jour, le seuil considéré comme « à risque élevé » par l'Organisation mondiale de la santé (OMSOMS) pour une alcoolisation chronique (60 g). Malheureusement, contrairement au tabac où l'on trouve beaucoup de substituts pour de désintoxiquer (patchs, gommes à mâcher, cigarette électronique...), il existe peu de moyens de sevrage pour l'alcool.

Seuls, quelques médicaments (baclofènebaclofène, acamprosate, naltrexone, nalméfène...), ciblant le circuit cérébral de la récompense, disposent d'une Autorisation de mise sur le marché (AMMAMM), mais leur efficacité est variable selon les patients et ils entraînent de forts effets secondaires.

L'arsenal thérapeutique pourrait pourtant s'enrichir d'une nouvelle arme : le laserlaser. Des scientifiques du Scripps Research Institute (États-Unis) assurent avoir réussi à renverser la dépendance à l'alcool sur des rats en inhibant certains de leurs neuronesneurones avec des rayons lumineux.

Un neurone CRF grossi 63 fois. Ces neurones provoquent l’envie d’alcool chez les rats sevrés. © <em>Scripps Research Institute</em>
Un neurone CRF grossi 63 fois. Ces neurones provoquent l’envie d’alcool chez les rats sevrés. © Scripps Research Institute

« L’envie de boire a totalement disparu »

Les chercheurs, dont les travaux ont été publiés le 18 mars dans la revue Nature Communications, avaient déjà identifié en 2016 une zone du cerveau nommée noyau central de l'amygdale, à l'origine de la dépendance à l'alcool chez le rat. Pour cette nouvelle étude, ils ont ciblé un sous-ensemble de cette zone, des neurones appelés CRF (corticotropin-releasing factor). Afin de pouvoir activer et désactiver ces neurones facilement, ils ont implanté des fibres optiquesfibres optiques dans le cerveaucerveau de rats rendus dépendants à l'alcool.

Les neurones CRF ont ensuite été inactivés par un laser. « L'effet a été spectaculaire, témoigne Giordano de Guglielmo, neuroscientifique au Scripps Research Institute et principal auteur de l'étude. Les rats sont immédiatement retournés à leur niveau de consommation pré-dépendance : l'envie de boire avait totalement disparu ». Les symptômessymptômes de sevragesevrage, comme les tremblements ou l'irritabilité ont également été réduits. L'effet est entièrement réversibleréversible : une fois les neurones réactivés, les rats retournent à leur comportement de dépendance.

Une cible pour de futurs médicaments

Si cette découverte constitue « une énorme avancée dans la recherche sur l'alcoolisme », Giordano de Guglielmo reconnaît qu'on est encore loin d'une applicationapplication pour l'humain. Plutôt que le laser, il envisage un traitement médicamenteux visant spécifiquement ces neurones, ou encore des implantsimplants cérébraux. Des techniques qui ne seront pas disponibles avant 15 à 30 ans, de l'aveu même du scientifique.

En attendant, d'autres méthodes contre l'alcoolo-dépendance sont déjà en test. Au CHU de Tours, l'équipe du docteur Hussein El-Ayoubi utilise ainsi la stimulationstimulation transcranienne à courant continucourant continu pour agir sur le cortex préfrontalcortex préfrontal, la zone du plaisir et des émotions. Une centaine de patients devraient bénéficier de cette thérapiethérapie expérimentale, dont les résultats sont attendus fin 2019.