Une nouvelle étude clinique de phase 2, financée par le laboratoire Eli Lilly, suggère qu'un traitement – le Donanemab – serait utile pour réduire modestement la progression du déclin cognitif chez des patients au stade précoce de la maladie.

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Note : la rédaction n'a eu accès qu'au résumé de l'article scientifique vulgarisé ci-dessous. Les informations divulguées sont donc à prendre avec précaution.

La maladie d'Alzheimermaladie d'Alzheimer est toujours incurable. Les essais cliniquesessais cliniques se succèdent et se soldent par des échecs. Est-ce parce qu'on ne dispose pas d'une théorie complète de la physiopathologie de la maladie ? Est-ce parce que certaines hypothèses sont délaissées ? Ces questions sont complexes. Pour cet essai clinique, les chercheurs restent dans une optique classique et consensuelle de la maladie d'Alzheimer, en essayant de s'en prendre à l'accumulation de protéinesprotéines bêta-amyloïde et Tau - les deux marqueurs clés qui soutiennent le diagnosticdiagnostic de la maladie - grâce à un anticorps monoclonalmonoclonal, le Donanemab.

Un essai de phase 2

L'essai randomisé en double aveugle publié dans le New England Medical Journal of Medicine est un essai de phase 2. Autrement dit, son objectif principal est de déterminer la sécurité et la posologie du traitement. On le constate d'ailleurs avec un échantillon modeste de 257 patients, qui est plus faible que le nombre envisagé initialement par les scientifiques, qui espéraient en recruter 375. Un élément qui altère la robustesse de l'analyse statistique. 

Un effet modeste sur le critère primaire...

Les patients ont été répartis aléatoirement en deux groupes qui recevraient respectivement 700 milligrammes de Donanemab pour les trois premières doses et 1.400 milligrammes par la suite ou une injection placeboplacebo par intraveineuse toutes les quatre semaines pendant 72 semaines. Avant et après l'intervention, les scientifiques ont évalué leurs patients à l'aide de l'échelle d’évaluation intégrée de la maladie d’Alzheimer (iADRS). Ce test est un outil composite regroupant les scores de la sous-échelle cognitive de l'échelle d'évaluation (ADAS-Cog) et de l'échelle d'activité quotidienne adaptée à la maladie d'Alzheimer (ADCS-iADL). Le score final permet d'évaluer l'état de la cognitioncognition, de la démencedémence et des capacités fonctionnelles.

Plus le score de ce test est bas, plus l'altération cognitive et fonctionnelle est importante. En comparaison avec le groupe placebo, le groupe traitement a vu son score baissé un peu moins rapidement que le groupe placebo après 76 semaines. Pour autant, la marge d'erreur des résultats est trop importante, compte tenu de la taille modeste de l'échantillon, pour qu'on puisse tirer une conclusion robuste.

La maladie d'Alzheimer est toujours incurable. Les essais cliniques se succèdent et se soldent par des échecs. © freshidea, Fotolia
La maladie d'Alzheimer est toujours incurable. Les essais cliniques se succèdent et se soldent par des échecs. © freshidea, Fotolia

...et aucun effet sur la plupart des critères secondaires 

Les expérimentateurs avaient aussi déterminé plusieurs critères secondaires sur lesquels évaluer l'efficacité du médicament. Parmi eux, encore beaucoup d'évaluations via des tests psychométriques et des critères anatomiques : le changement au niveau du dépôt de plaque d'amyloïde, de protéine Tauprotéine Tau et du volumevolume cérébral. Aucune différence n'apparaît sur la plupart des critères secondaires, hormis au niveau de la réduction des plaques amyloïdesplaques amyloïdes et Tau. Parallèlement, des œdèmesœdèmes cérébraux et des effusionseffusions concomitantes à cette réduction étaient plus importants dans le groupe Donanemab, sans que ces observations se traduisent par des symptômessymptômes cliniques lors de l'étude.

Vers des études plus longues ? 

Devant leurs résultats mitigés, les auteurs concluent à la nécessité d'entreprendre des essais plus longs pour étudier l'efficacité et la sécurité du Donanemab dans la maladie d'Alzheimer. Mais faut-il vraiment s'enliser vers les essais de phase 3 avec ces résultats ? N'y a-t-il pas d'autres pistes de traitements à explorer concernant le traitement de la maladie d'Alzheimer ? La recherche clinique sur la maladie d'Alzheimer n'est-elle pas bloquée dans une escalade d'engagement ? 

Jean-Charles Lambert, neuroscientifique spécialiste de la maladie d'Alzheimer et directeur de recherche à l'Institut national de la Science et de la Recherche médicale a commenté ces résultats pour nous : « D'un côté, le premier critère d'évaluation est atteint sur un petit nombre d'individus. C'est plutôt encourageant par rapport à ce qu'on peut voir d'habitude dans les essais cliniques pour traiter la maladie d'Alzheimer. Cependant, les résultats sont très modestes et il est également très compliqué de savoir comment ils se traduiront d'un point de vue clinique. Néanmoins, il ne fait aucun doute que le traitement a eu un effet sur les biomarqueurs ciblés. C'est le deuxième essai thérapeutique qui tend à montrer un petit effet en ciblant les peptidespeptides amyloïdes par immunisation activeimmunisation active. Par conséquent, ces résultats semblent supporter en partie notre conception actuelle de la pathologiepathologie. D'un autre côté, ils indiquent aussi que ladite conception à la base de ces approches thérapeutiques est probablement trop simpliste. »