L’épidémie de grippe saisonnière a été stoppée prématurément par les mesures mises en place contre la Covid-19. © Creativa Images, Adobe Stock
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Covid-19 et grippe : à quoi faut-il s'attendre cet hiver ?

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[EN VIDÉO] Comment la Covid va influer sur l'épidémie de grippe  Chaque année, la grippe saisonnière entraîne 8.000 à 10.000 décès. La saison dernière, marquée par le début de l’épidémie de SARS-CoV-2, a pourtant connu une baisse totalement inhabituelle et il est probable que cette année sera également bien différente de celles que nous connaissons habituellement. 

Chaque année, la grippe saisonnière touche deux à six millions de personnes en France et entraîne 8.000 à 10.000 décès. Au vu des données de la saison dernière, marquée par le début de l'épidémie de SARS-CoV-2, il est probable que cette année sera bien différente de celles que nous connaissons habituellement.

L'épidémie de grippe, qui fait l'objet d'un suivi détaillé en France et dans le monde depuis de nombreuses années, prend une ampleur plus ou moins importante selon les années. Dans le contexte de rebond de Covid-19, à quoi faut-il s'attendre pour l'hiver 2020-2021 ? La présence simultanée des deux épidémies est-elle particulièrement inquiétante ou au contraire les deux maladies sont-elles incompatibles ?

La saison grippale de l’an dernier marquée par une forte baisse

Selon le bilan épidémiologique de la saison 2019/2020, publié le 13 octobre par Santé publique France, la saison a été inhabituellement faible. Elle a d'abord été très courte : neuf semaines, soit deux semaines de moins que la durée moyenne des épidémies de grippe depuis la saison 2010-2011 (même si le suivi a été prématurément interrompu mi-mars en raison de la situation sanitaire exceptionnelle). De plus, le nombre de consultations pour syndrome grippal a été d'environ 1,25 million, « ce qui correspond à une épidémie de faible intensité », note Santé publique France (par comparaison, il était de 1,8 million en 2018-2019). « Le taux d'incidence au pic (314 pour 100.000 habitants) se situe très en dessous des valeurs observées les années précédentes (599/100.000 habitants en 2018-2019 et 459/100.000 habitants en 2017-2018) », avance également le rapport. La mortalité a été quasiment divisée par deux : la grippe aurait causé 3.680 décès tous âges confondus l'an dernier, un chiffre bien inférieur à la moyenne depuis 2011- 2012 (environ 9.000 décès).

Évolution du taux d'incidence des consultations en médecine de ville pour syndrome grippal (réseau Sentinelles) en 2020 comparé aux années précédentes. © Santé publique France

La situation n'est pas réservée à la France. Dans certains pays de l'hémisphère sud, qui servent habituellement de référence pour prédire le visage de l'épidémie en Europe, la circulation du virus de la grippe s'est avérée très basse. Dans son bulletin de surveillance de la grippe daté du 18 octobre 2020, le ministère de la santé australien indique que, depuis le début de l'année, 21.196 prélèvements ont été testés positifs pour la grippe, avec 36 décès associés. L'an dernier, on dénombrait en Australie 298.120 cas de grippe et 812 décès. De même, le taux de positivité en Europe dans la période d'intersaison en 2020 était de 0,2 % contre 1,1 % en moyenne les cinq années précédentes, d'après un rapport publié par Eurosurveillance.

Hospitalisations aux urgences dues à la grippe par âge et par type de souche virale. Données saison 2019/2020 pour neuf pays européens. © European Centre for Disease Prevention and Control, 2020

Interférence virale : la Covid-19 empêche-t-elle une infection par la grippe ?

« Il est très probable que les mesures de contrôle de la pandémie de Covid-19 prises par l'ensemble des pays (gestes barrières, distanciation physique, port du masque, fermeture des écoles, confinement de la population, etc.) soient à l'origine de cette situation inédite, sans que l'on puisse exclure des phénomènes d'interférence virale qui empêcheraient ou limiteraient fortement une circulation concomitante du SARS-CoV-2 et des virus respiratoires saisonniers comme la grippe », souligne Santé publique France. « Quand deux virus épidémiques circulent en même temps, sur un même territoire et ciblent la même population, ils s'opposent, et c'est le virus qui a le potentiel de croissance le plus important qui prend le dessus. On parle ainsi d'interférence virale », explique à 20 minutes le Pr Bruno Lina, virologue et chercheur au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI). Une étude britannique publiée le 22 septembre 2020 sur le site MedXriv indique que le risque d'être positif au SARS-CoV-2 est ainsi 68 % plus faible chez les patients atteints de grippe.

Co-infection grippe et Covid : un risque de décès 2,3 fois supérieur

De rares cas de co-infection ont cependant été recensés. Les patients co-infectés par le virus influenza et le coronavirus SARS-CoV-2 présentent ainsi un risque de décès 2,3 fois supérieur qu'en cas de Covid-19 seul, rapporte l'étude de MedXriv. En tout état de cause, la vaccination contre la grippe reste fortement recommandée, notamment pour les plus de 65 ans et les personnes fragiles. Il ne s'agirait pas que les hôpitaux, qui ont déjà fortement à faire avec la Covid-19, soient en plus surchargés par des patients atteints de formes graves de la grippe, qui requièrent des soins comparables. L'an dernier, 677 personnes atteintes de grippe avaient dû passer en réanimation, contre 1.590 cas en 2018-2019 et 2.770 cas en 2017-2018.

Pour en savoir plus

Comment le coronavirus a stoppé net l'épidémie de grippe

Article de Céline Deluzarche publié le 26/05/2020

Les mesures de distanciation sociale et de fermeture des lieux publics ont permis de raccourcir l'épidémie de grippe saisonnière qui s'est achevée précipitamment en avril. D'autres maladies comme la varicelle ou la rougeole ont également vu leur mortalité s'effondrer. Les conséquences globales sur la mortalité seront cependant difficiles à évaluer.

La grippe saisonnière fait chaque année entre 290.000 et 650.000 morts dans le monde selon la durée de l'épidémie et l'efficacité du vaccin. Or, cette année, les mesures de confinement et de distanciation sociale ont brutalement stoppé la saison, ce qui pourrait avoir sauvé des centaines de milliers de vie, estime l'Organisation mondiale pour la Santé qui traque les cas de grippe via le réseau FluNet.

« Globalement, l'activité grippale est moins importante que prévu pour cette période de l'année. Dans la zone tempérée de l'hémisphère Nord, une forte baisse de l'activité grippale a été observée ces dernières semaines », note l'organisation. On observe une chute brutale du nombre de cas à partir de la dernière semaine de mars, ce qui coïncide avec l'entrée en vigueur des mesures de confinement. La saison grippale a ainsi été raccourcie de 6 semaines par rapport aux autres années.

Les données locales confirment la tendance. À Hong Kong, par exemple, la période d'épidémie de grippe a été 63,2 % plus courte que la moyenne des 5 dernières années et le nombre de morts a été réduit de 62,3 %, indique une étude parue dans le BMJ le 4 mai et ce, alors que la saison a débuté à une date similaire à celle de l'hiver précédent (première semaine de janvier).

L’épidémie de grippe 2020 a été raccourcie de 6 semaines par rapport aux années précédentes. © Nature

À peine 36 cas de rubéole dans le monde cette année !

D'autres maladies infectieuses ont été drastiquement réduites cette année, explique Pak-leung Ho, co-auteur de l'étude et chercheur sur les maladies infectieuses à l'université de Hong Kong au site Nature. Le nombre de cas de varicelle à Hong-Kong a ainsi chuté de moitié, voire de trois quarts par rapport aux années précédentes. En avril, les cas de rougeole et de rubéole ont été les plus faibles enregistrés depuis au moins 2016 : à peine 36 cas de rubéole avaient été comptabilités dans le monde en avril, selon des données provisoires. Ces maladies, qui touchent particulièrement les enfants, ont probablement été stoppées par la fermeture des écoles, juge Pak-leung Ho.

L’épidémie de grippe 2020 était bien partie pour être l’une des plus sévères depuis des décennies

La grippe 2020 s'annonçait pourtant particulièrement vigoureuse. En janvier, avant l'arrivée du Covid-19, l'épidémie avait débuté sur les chapeaux de roues, « bien partie pour être l'une des plus sévères depuis des décennies », indique Nature. Mais, avec l'arrêt brutal du mois d'avril, ce sont finalement des centaines de milliers de vies qui pourraient avoir été épargnées. Port des masques, fermeture des lieux publics, mise à l'isolement... Les mesures mises en place pour lutter contre le Covid-19 semblent ironiquement avoir eu plus d'effet sur la grippe que sur ce nouveau coronavirus lui-même, estiment l'étude de BMJ. Comme le Sars-Cov, le virus de la grippe se propage via des gouttelettes respiratoires.

Alors que la saison grippale avait débuté très fort en 2020, le nombre d’hospitalisations pour grippe en France a commencé à chuter au mois de mars. © Santé publique France

D'autres facteurs pourraient cependant avoir affecté les statistiques, précise l'OMS. Il est, par exemple, probable que les malades aient moins consulté et se soient moins rendus dans les hôpitaux par crainte du coronavirus. Selon les données de Santé publique France, le taux de consultation pour syndrome grippal est deux fois moins élevé cette année que pour l'année 2019. Le printemps 2020 a aussi été particulièrement chaud en Europe, ce qui affaiblit le virus. Il est enfin possible que des personnes âgées qui seraient normalement mortes de la grippe aient été emportées avant par le coronavirus.

2020 sera-t-il plus mortel que 2019 ?

C'est en tous cas une bonne nouvelle, alors que la saison de grippe avait déjà été exceptionnellement courte en France en 2019, avec seulement 8 semaines d'épidémie. La surmortalité globale est cependant bien supérieure en 2020. Entre le 1er mars et le 15 mai 2020, on observe une surmortalité de 92,5 % en Seine-Saint-Denis par rapport à la même période de 2019. Le chiffre est de 90,1 % dans le Haut-Rhin et de 86,5 % dans les Hauts-de-Seine. Mais là encore, ne tirons pas des conclusions trop rapidement : « On pourrait constater un déficit de mortalité correspondant aux vies écourtées par l'épidémie, comme cela a pu être le cas après la canicule de 2003 », note l’Insee. De même, le pic de décès de janvier 2017 dû à la grippe avait été suivi par des points bas de mortalité en mars et avril.

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