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Autostop génétique entre une vipère et la gerbille

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Un petit morceau de génome a voyagé d'un serpent à un rongeur en se faisant transporter par un virus. Le principe de cette transmission horizontale était connu mais des chercheurs ont pu suivre l'autostoppeur à la trace.

Ce joli serpent, très venimeux, a su transmettre à un mammifère une partie - non codante - de son génome. © Stephan Gimmel

C'est une drôle de piste qu'ont suivie deux chercheurs, l'un Japonais, l'autre Américain. Elle les a conduits à un jeu de saute-mouton entre un reptile et un mammifère. Ces généticiens s'intéressaient à un groupe de virus, Orthopoxvirus ou OPV, les êtres les plus pathogènes de la Terre, qui comptent parmi eux l'agent de la variole.

Les cousinages au sein de cette famille se découvrent petit à petit. Ainsi, le virus taterapox (TATV), découvert en 1968 chez une gerbille africaine, Tatera valida, (un charmant petit rongeur), s'est révélé appartenir à ce groupe. Oliver Piskurek et Norihiro Okada, de l'Institut de Technologie de Tokyo, ont observé une curieuse similitude entre le génome de ce TATV et celui de virus infectant des lézards et des serpents.

Gènes sauteurs

Les ressemblances portaient sur des petits éléments du génome, appelés SINE (Short Interspersed Nuclear Element). Ces structures répétitives non codantes font partie de ces fragments de génome appelés éléments transposables, capables de sauter d'un emplacement à un autre sur le chromosome ou de se dupliquer en différents endroits. On parle souvent, pour décrire ces mouvements, de couper-coller et de copier-coller.

Le SINE le plus proche de celui du virus de la gerbille a été trouvé chez Echis ocellatus, un serpent extrêmement venimeux de la famille des vipéridés. Les chercheurs ont pu démontrer que c'est bien ce code issu du génome du serpent qui s'est glissé dans le poxvirus.

Selon eux, le génome du TATV, présent chez la gerbille, est bel et bien issu du poxvirus reptilien. Les territoires du petit rongeur et de ce serpent se recouvrent effectivement). Ils suggèrent dans la foulée que notre agent de la variole dérive d'un virus qui, à une époque lointaine, empoisonnait la vie de nos ancêtres à sang froid.

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