L’Iran a été l’un des premiers pays touchés pas l’épidémie. © Amelie, Adobe Stock
Santé

La quasi-totalité de la population iranienne aurait été infectée par la Covid-19, selon une étude

ActualitéClassé sous :Coronavirus , Epidémie , réinfection

[EN VIDÉO] L'immunité collective est-elle la solution contre la Covid ?  Un groupe de scientifiques publie une tribune dans The Lancet, soulignant la dangerosité de la stratégie d’immunité collective, qui consiste à laisser s’infecter naturellement une part de la population moins vulnérable. 

Selon une étude de l'université d'Oxford, la quasi-totalité de la population iranienne aurait été contaminée par le SARS-CoV-2, certaines personnes ayant même été infectées deux ou trois fois. Une preuve supplémentaire que l'immunité de groupe est une vaste illusion.

En France, plus de 7 millions de personnes ont été contaminées par le SARS-CoV-2, soit un peu plus d'un Français sur 10. En Iran, l'un des premiers pays à avoir été touché par l'épidémie en dehors de la Chine, le nombre de cas officiel est de 5,81 millions de personnes infectées, soit 6,9 % de la population. Mais en raison du très faible nombre de tests menés, ce chiffre est assez peu fiable. Et d'après une nouvelle étude (encore non relue), publiée sur le serveur medRxiv, la réalité serait plutôt proche... des 100 %, avec des taux atteignant 259 % dans certaines provinces, ce qui signifie que de nombreuses personnes ont été infectées plusieurs fois.

Calculer l’incidence grâce à la surmortalité

L'étude, menée par Mahan Ghafari, un chercheur de l'université d'Oxford, se base sur la reconstruction du nombre de cas en fonction de la surmortalité estimée dans chaque province. Bien que la surmortalité puisse ne pas correspondre exactement au nombre réel de décès liés à la Covid-19 pour diverses raisons (accès limité aux soins de santé, autres maladies...), plusieurs travaux ont montré qu'une partie importante des décès excédentaires est directement imputable à l'épidémie de Covid, fait valoir Mahan Ghafari. Les chercheurs ont divisé le nombre de décès excédentaires par le taux de létalité (TL) pour chaque groupe d'âge, et ont pu en déduire le taux d'attaque, qui est l'incidence cumulée du nombre de cas depuis le début de la pandémie pour chaque province et chaque groupe d'âge.

Taux d’attaque global du SARS-CoV-2 par province. © Mahan Ghafari et al, medRxiv, 2021

Un taux d’attaque supérieur à 259 % dans certaines provinces

« Nos résultats sont frappants car ils montrent des taux d'attaque très élevés à travers le pays avec des taux supérieurs à 100 % dans 11 provinces », détaille Mahan Ghafari. « Dans la plupart des régions, les infections ont eu lieu au cours des deuxième et troisième vagues, tandis que la flambée actuelle avec la variante Delta a enregistré le taux de mortalité le plus élevé ». Dans certaines provinces comme le Sistan and Baluchistan, le taux d'attaque atteint même 259 %, ce qui signifie que les personnes ont été infectées deux ou trois fois par le virus ou un de ses variants. Dans ces provinces, on observe d'ailleurs une baisse de la mortalité, ce qui pourrait s'expliquer par une certaine immunité de groupe temporaire, estiment les chercheurs.

Un seuil d’immunité collective qui a volé en éclats

« Avant l'émergence de variants, le seuil d'immunité collective avait été estimé à environ 64 % », rappellent les chercheurs. Ce chiffre a volé en éclat avec le variant Delta, 40 % plus transmissible. « Nos résultats montrent que l'immunité collective par infection naturelle n'a pas été atteinte dans la population iranienne, même après 20 mois d'épidémie. Cela est probablement dû à une réduction substantielle de la protection contre la récidive au fil du temps, la diminution de l'immunité, ou d'un risque accru de réinfection avec des variants préoccupants », conclut Mahan Ghafari.

Ces résultats rappellent ceux relevés dans la ville de Manaus au Brésil, où l'on avait observé en février 2021 une seconde vague virulente malgré un taux de contamination estimé à 76 % de la population. Là encore, les chercheurs avaient conclu que cette deuxième vague était due à une baisse de l'immunité avec le temps. Une autre étude, menée en Inde et publiée le 14 octobre dernier, montre que le taux de réinfection dans le pays atteint 27 %.

Ces résultats plaident en tout cas pour la vaccination, qui même si elle ne supprime pas le risque d'infection, le diminue fortement (en Iran, seulement 30 % de la population est pleinement vaccinée). Cela montre aussi qu'une dose de rappel est sans doute nécessaire après six ou neuf mois, surtout chez les personnes âgées.

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