Un salarié sur deux n’hésite pas à se rendre au travail tout en étant symptomatique. © oatawa, Adobe Stock
Santé

La moitié des gens qui contaminent leurs collègues au bureau se savent malades

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[EN VIDÉO] Coronavirus : les enfants ont-ils un meilleur système immunitaire face à la Covid-19 ?  Une nouvelle étude de cas suggère que les enfants seraient capables de développer des anticorps solides contre le coronavirus sans contracter une forme grave de la maladie. 

L'entreprise n'est pas le principal lieu de contamination, mais c'est celui où les comportements irresponsables sont les plus frappants.

« La situation en entreprise et dans le monde professionnel apparaît comme la plus insatisfaisante sur un plan sanitaire », tranche le Conseil scientifique dans un avis rendu le 11 mars. « Presque un professionnel sur deux (46 %) est symptomatique lorsqu'il contamine un collègue sur son lieu de travail », relève le comité, qui s'appuie sur l’étude ComCor de l'Institut Pasteur publiée le 2 mars. Certes, l'entreprise n'est que le troisième lieu de contamination derrière le domicile (42 %) et la famille élargie (21 %), indique l'étude réalisée entre 1er octobre 2020 et le 31 janvier 2021. Mais alors que 37 % des personnes sont symptomatiques au moment de l'infection de manière générale, le chiffre grimpe à 46 % dans le milieu professionnel, où les malades semblent avoir moins de scrupules à faire prendre des risques à leurs collègues.

Un isolement volontaire qui laisse à désirer

« Les patients attendent de plus en plus le retour du résultat du test pour s'isoler au détriment d'un isolement dès le début des symptômes », déplorent les auteurs du rapport. Or, on sait que les premiers jours de la maladie sont ceux où la personne est la plus contagieuse. Selon une étude chinoise de 2020, le pic de charge virale est atteint entre deux jours avant et un jour après l'apparition des symptômes. Même si le délai d'obtention des résultats des tests est aujourd'hui plus rapide (1,3 jour en moyenne en janvier 2021 contre 1,7 jour en octobre 2020), ce laps de temps est suffisant pour entraîner l'infection d'une ou plusieurs personnes. Le rapport constate d'ailleurs un gros relâchement dans l'isolement des malades : « Ils étaient 63 % à s'isoler dès le jour d'apparition des symptômes en octobre, ils ne sont plus que 42 % en janvier », critiquent les auteurs.

Dans 40,4 % des cas, la personne source et la personne infectée portaient toutes les deux un masque

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les salariés ne sont pas contaminés majoritairement dans les open spaces. Les contaminations ont lieu d'abord dans un bureau partagé de deux à cinq personnes (26,7 %), puis à la cafétéria (23,6 %). Et le masque ne constitue absolument pas une garantie : dans 40,4 % des cas, la personne source et la personne infectée portaient toutes les deux un masque, relève l'étude ComCor. Autre constatation étonnante : « la relation entre le diplôme et le risque d'infection suit une courbe en U ». Les non-bacheliers et les bac+5 sont ainsi les plus à risque d'être contaminés, sans doute en raison de la nature de leur emploi qui les expose à davantage de monde.

L’entreprise n’est que le 3e lieu de contamination, mais c’est celui où nos efforts d’isolement sont les plus modérés. © Alliance, Adobe Stock

Télétravail : faut-il l’encourager ?

Le Conseil scientifique en appelle donc à la « responsabilité » des employeurs pour durcir et faire mieux respecter les protocoles sanitaires. Le télétravail, qui est associé à une réduction de 30 % (télétravail total) a encore une fois été encouragé par le gouvernement lors de la conférence de presse du Premier ministre le 18 mars, qui a prôné un télétravail « quatre jours sur cinq » pour toutes les entreprises qui le peuvent. Un nouveau revirement par rapport aux déclarations d'Elisabeth Borne en novembre sur LCI. « Je voudrais être très claire, ça n'est pas au travail qu'on se contamine. Il y a moins de 1 % des contaminations qui se sont faites sur le lieu de travail », affirmait alors la ministre du Travail en se basant sur le nombre de clusters.

Pour en savoir plus

Votre maison est aussi le foyer privilégié du coronavirus

Article de Julie Kern publié le 15/12/2020

On craint d'attraper le coronavirus à l'extérieur de notre foyer mais celui-ci se propage aussi à la faveur des interactions au sein de notre famille.

La guerre contre le coronavirus ne laisse que peu de répit car elle s'immisce jusque dans l'intimité de notre foyer. En effet, malgré toutes les précautions prises pour ne pas se contaminer à l'extérieur de chez soi, il apparait que le virus se propage rapidement à la faveur d'un dîner entre les membres d'un même foyer.

Une méta-analyse parue dans Jama Network a repris plus de 54 études publiées depuis octobre dernier qui font état d'une transmission secondaire du coronavirus au sein d'une maisonnée. Les résultats indiquent que le foyer, où les gestes barrières ne sont plus forcément de mise, est un lieu privilégié de la transmission de la maladie.

L'étude réalisée par des chercheurs américains s'est intéressée à une donnée épidémiologique appelée secondary attack rate ou « taux d'infection secondaire ». Elle correspond à la propagation d'une maladie dans un cercle restreint de personnes qui partagent le même espace de vie, comme une maison, un immeuble ou un dortoir. Cette notion est liée à celle de cas index ou patient 0, une personne qui apporte la maladie dans un groupe auparavant épargné.

Selon le type de contact entre les membres d'un foyer, le taux d'infection secondaire du coronavirus varie. © mohamed_hassan, Pixabay, Pixabay License

Le coronavirus chez vous

Selon la méta-analyse, qui compte 54 études indépendantes pour un total de 77.758 participants considérés, le taux d'infection secondaire du coronavirus SARS-CoV-2 dans les foyers est de 16 %. C'est plus que pour ces cousins responsables du Sras et du Mers. 

Le taux d'infection secondaire varie selon les interactions considérées. Par exemple, le virus se transmet de façon privilégiée lors d'un contact entre adultes (taux d'infection secondaire de 28,3 %) et, plus particulièrement, lors d'un contact entre deux époux (taux de 37,8 %). D'un autre côté, il se transmet moins lors de contacts entre enfants (16,8 %). Un cas index symptomatique sera plus contagieux pour les membres de son foyer qu'un cas index asymptomatique. Enfin, le virus se propage mieux au sein d'une maison où le cas index n'a de contact qu'avec une personne que dans une famille plus nombreuse.

Cette méta-analyse comporte plusieurs limites, la plus importante est la grande variation entre les résultats des 54 études considérées. Chacune de ses recherches a été réalisée avec son propre protocole de test, des participants différents, des foyers qui avaient aussi leur spécificité comme l'air conditionné par exemple. Les taux présentés ici peuvent donc variés entre chaque foyer mais soulignent tout de même que nos intérieurs sont aussi un lieu important de contamination.

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