Pour plus d’efficacité, des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni) et du Massachusetts Institute of Technology (MIT – États-Unis) recommandent que les mesures de distanciation physique soient adaptées aux situations. © apinan, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : une distance de 1 à 2 mètres « simplifie à l’extrême la situation et sous-estime les risques »

ActualitéClassé sous :Coronavirus , Virus , Covid-19

Pour limiter la propagation du coronavirus responsable de la pandémie de la Covid-19, voici des mois que l'on nous demande de nous tenir à plus d'un mètre de distance des autres. Quelles que soient les circonstances. Mais des chercheurs avancent aujourd'hui que les règles de distanciation seraient plus efficaces si elles étaient adaptées à l'environnement dans lequel nous évoluons et à la nature du contact que nous avons avec les autres en question.

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[EN VIDÉO] Coronavirus : demain, tous masqués ?  SARS-CoV-2. Il est apparu en Chine en décembre 2019. Depuis, il a fait des dizaines de milliers de morts dans le monde. Pour limiter la propagation de ce coronavirus et en l’absence de traitement ou de vaccin, différentes mesures ont été imaginées. Parmi lesquelles, le port d’un masque. 

Un mètre, un mètre cinquante, deux mètres. Cela varie selon les pays. Mais depuis le mois de mars dernier, les autorités nous recommandent de garder nos distances avec les autres pour limiter la transmission du coronavirus responsable de la pandémie de la Covid-19, le SARS-CoV-2. Aujourd'hui, des chercheurs de l'université d'Oxford (Royaume-Uni) et du MIT (Massachusetts Institute of Technology) prétendent que ces recommandations sont basées sur « une science dépassée ». Ils affirment même que penser qu'une distance de un à deux mètres peut nous protéger « simplifie à l'extrême la situation et sous-estime les risques ».

La règle des un à deux mètres de distance a été proposée en 1897. Basée alors sur la distance à laquelle des gouttelettes visibles contenaient des agents pathogènes. En 1948, une nouvelle étude sur la propagation des streptocoques hémolytiques a montré que la plupart des patients ne produisent que de grosses gouttelettes dont moins de 10 % se déplacent au-delà de 1,70 mètre. Des travaux qui manquaient de précision, mais qui ont visiblement marqué les esprits.

Les travaux les plus récents montrent quant à eux des gouttelettes projetées bien plus loin. Jusqu'à 6 à 8 mètres. Et d'autres épidémies -- comme celle du SARS-CoV-1, du MERS-CoV ou de la grippe aviaire -- ont permis de constater des propagations présumées des virus au-delà de 2 mètres.

Ce tableau récapitule les risques de transmission du SARS-CoV-2 parmi des personnes asymptomatiques et en fonction de divers critères. © Université d’Oxford et Massachusetts Institute of Technology

Des mesures de distanciation à adapter aux situations

L'explication est assez simple. Séparer les gouttelettes en deux grandes catégories ne permet pas de conclure de manière fiable. Par le passé, les chercheurs estimaient qu'il suffisait de distinguer les grosses gouttelettes des petites. Les premières tombent avant de s'évaporer. Les secondes s'évaporent avant de tomber. Et finalement, aucune des deux ne dépasse vraiment la distance de un à deux mètres.

Mais dans la réalité, les choses sont plus compliquées. Les gouttelettes émises lorsque l'on éternue, que l'on tousse ou même que l'on parle ou que l'on respire existent dans un continuum de tailles. Et des facteurs extérieurs influent sur la distance qu'elles parcourent. Chanter, par exemple, génère des nuages de gaz chauds et humides, à forte impulsion d'air expiré et avec des gouttelettes dont la portée peut atteindre les 7 à 8 mètres en quelques secondes. Dans un restaurant, les flux d'air conditionné peuvent aussi être à l'origine de contaminations sur des personnes n'ayant pas eu de contact direct et situées à des distances de plus de 4 mètres les unes des autres. Dans un environnement extérieur, en revanche, les gouttelettes sont plus rapidement diluées.

Les chercheurs recommandent ainsi que les règles de distanciation soient désormais adaptées à la situation et au niveau de risque. Pour les rendre à la fois plus efficaces et plus acceptables par la population. Dans un bar, par exemple, une distance de plus de deux mètres devrait être respectée, même si les personnes considérées sont toutes asymptomatiques. Et d'autant plus que ces calculs ne tiennent pas compte des vulnérabilités individuelles.

Pour en savoir plus

Coronavirus : une séparation d'un mètre ne suffit pas

Étonnant. Une simulation numérique montre que les mesures de distanciation sociale sont insuffisantes pour être vraiment efficaces. Réalisée par Ansys, cette étude interroge et devrait nous inciter à nous espacer les uns des autres davantage que le mètre préconisé. Thierry Marchal, directeur Santé chez Ansys, répond à nos questions.

Article de Rémy Decourt paru le 11/04/2020

Simulation de la propagation des gouttelettes responsables de la transmission du virus lors d’une interaction. Une simulation qui montre que les distances recommandées d'un mètre ne sont pas assez significatives pour être réellement efficaces. Cette simulation a été réalisée par Ansys. © Ansys

Parmi les mesures simples que tout un chacun peut prendre pour se protéger de l'épidémie de Covid-19 et ralentir sa progression, les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale sont ceux les plus couramment recommandés et utilisés.

Alors qu'il est recommandé d'observer une distance d'un mètre entre les individus, une simulation numérique montre que ces mesures de distanciation sociale sont insuffisantes pour être vraiment efficaces ! Réalisée par Ansys, spécialiste mondial de la simulation numérique, cette simulation interroge. À la suite de cette étude, il serait intéressant d'entendre l'avis des autorités politiques et sanitaires qui ont décidé ce geste barrière.

Cette simulation montre que les distances recommandées d'un mètre ne sont pas assez significatives pour être efficaces. © Ansys, YouTube

Les distances recommandées par les autorités sanitaires et politiques sont-elles assez significatives pour être réellement efficaces ? Si l'on se fie à cette étude, la réponse est clairement non. La distance d'un mètre recommandée n'est à l'évidence pas suffisante.

Des recommandations de distanciation sociale insuffisantes

Pour arriver à cette conclusion, Ansys a simulé la propagation des gouttelettes responsables de la transmission du virus lors d'une interaction entre plusieurs individus et durant la pratique d'un sport. La modélisation démontre que les gouttelettes peuvent être expulsées jusqu'à 28 mètres par seconde lors d'une toux ou d'un éternuement. L'éloignement entre deux personnes statiques devrait donc être d'au moins de deux mètres, soit le double de la distance actuellement recommandée.

Quant aux personnes pratiquant un sport et qui respirent par définition plus fort durant l'effort, des distances plus grandes entre chaque individu sont à respecter. Un coureur devrait respecter une distance de trois mètres minimum et les cyclistes de 10 mètres.

Simulation de la propagation des gouttelettes lors d'exercices physiques. © Ansys

Thierry Marchal, directeur Santé chez Ansys, répond à nos questions :

Pourquoi avoir réalisé cette étude ?

Thierry Marchal : La simulation numérique est une formidable technologie qui permet de prédire et visualiser des choses parfois difficiles à mesurer afin de mieux comprendre les phénomènes et les améliorer. C'est donc une technologie idéale pour éduquer par l'image et la compréhension. Dès le début de la pandémie, Ansys a souhaité exploiter cette technologie pour le bien de la population. Ces recherches ont pour but d'informer le grand public sur les comportements qui peuvent protéger du risque de contamination par le Covid-19 et d'aider les professionnels de santé à diminuer ces risques dans les hôpitaux et autres établissements de santé. De plus, les résultats de ces simulations permettent d'apporter des enseignements utiles quant à l'efficacité des mesures barrières préconisées voire d'ajuster des recommandations.

Comment simule-t-on la propagation de gouttelettes ?

Thierry Marchal : Les gouttelettes sont des sphères de liquide qui se propagent dans l'air. Ces comportements sont très largement étudiés dans les moteurs de voiture, les sprays chimiques, pharmaceutiques, etc. D'après des études scientifiques sur le sujet, nous savons quelles sont les tailles des gouttelettes sortant de la bouche ainsi que leur vitesse d'expulsion si une personne respire, tousse ou éternue. Nous exploitons donc des technologies existantes et largement validées et nous les adaptons à la santé. Il est donc possible de simuler la propagation de gouttelettes grâce à des logiciels de modélisation de la dynamique des fluides et ce, en agissant sur plusieurs paramètres : présence de vent ou non, taille et position relative des personnes qui se trouvent autour du sujet étudié.

Avez-vous calculé le risque d'être infecté par le Covid-19 selon que l'on est à une distance de 1, 1,5 mètre ou 2 mètres d'une autre personne ?

Thierry Marchal : Les recherches menées par Ansys montrent qu'une distance d'un mètre est insuffisante pour se protéger de la contamination par le Covid-19. En effet, à cette distance, les gouttelettes expulsées lors d'un éternuement ou d'une quinte de toux peuvent parcourir jusqu'à 28 m/s dans certaines conditions et n'ont pas le temps de retomber au sol sous l'effet de la gravité. Après 1,5 mètre ou 2 mètres, la majorité des gouttelettes, en matière de volume rejoignent le sol. Le risque de contamination est moindre, mais le risque nul n'existe pas toutefois.

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