Plusieurs vaccins contre le SARS-CoV-2 sont en développement dont celui de l'université d'Oxford. © BillionPhotos.com, Adobe Stock

Santé

Coronavirus : le vaccin d’Oxford initie une réponse immunitaire selon les premiers résultats

ActualitéClassé sous :Coronavirus , Vaccin , étude clinique

La course au vaccin contre le coronavirus bat toujours son plein. Parmi les candidats en lice, le vaccin d'Oxford en collaboration avec AstraZenaca vient de publier les résultats de la première phase des essais cliniques pour son vaccin ChAdOx1. Ils sont positifs mais la course sera longue et ligne d'arrivée est encore loin.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Covid-19 : le vaccin Moderna passe en phase III  Le premier vaccin contre le coronavirus testé chez les humains semble faire ses preuves. Actuellement en essai clinique, il sera mis à l'épreuve chez 30.000 personnes dès la fin du mois de juillet. 

Malgré l'arrivée des beaux jours, malgré le confinement, le coronavirus se propage toujours d'humain à humain. Alors que le port du masque est devenu obligatoire dans les lieux publics clos en France pour limiter le regain de l'épidémie, des pays comme l'Inde ou le Brésil sont toujours pris dans le tumulte de la première vague de population infectée. Du côté de la recherche scientifique, les laboratoires et les expériences tournent à plein régime. Mais, comme Rome ne s'est pas faite en un jour, concevoir un vaccin ou un traitement efficace et sûr demande du temps.

Le 20 juillet 2020, les résultats des essais cliniques de phase 1/2 du vaccin conçu à l'Institut Jenner de l'Université d'Oxford en Angleterre, en partenariat avec AstraZeneca, ont été publiés dans la revue The Lancet. Ces derniers offrent un premier aperçu positif quant à l'immunité induite et sa toxicité.

Un adénovirus de singe et la protéine S du coronavirus

Le vaccin d'Oxford, le ChAdOx1 (pour Chimpanzee Adenovirus Oxford 1), est composé d'un adénorivus de chimpanzé incapable de se répliquer qui a été modifié génétiquement. Les scientifiques ont introduit dans son génome la partie codante pour la protéine S du SARS-CoV-2 grâce à un plasmide. Son immunogénicité a été confirmée il y a seulement quelques mois, fin mai 2020, sur des macaques rhésus.

Au regard des résultats encourageants, les chercheurs ont initié une étude clinique pour ChAdOx1, dont les premiers résultats sont désormais disponibles et qui a été menée dans cinq hôpitaux différents à travers toute l'Angleterre. Il s'agit d'une étude randomisée, c'est-à-dire que les volontaires ont été placés dans les différents groupes au hasard, et en simple-aveugle, les médecins connaissaient le traitement administré mais pas les volontaires. Les résultats du groupe test, qui a reçu une injection de ChAdOx1, sont comparés à un groupe contrôle qui s'est vu administrer un autre vaccin, le MenACWY (destiné à lutter contre les méningocoques), selon le même protocole.

Les réactions locales induites par l'injection de ChAdOx1 avec et sans paracétamol. L'axe des ordonnées indiquent le pourcentage de participant concerné et l'axe de abscisses le jour comme suit : P (1 heure avant l'injection), et de 0 à 7 jours post-vaccination. © Folegatti et al. The Lancet 2020

Des réactions lors de la vaccination, mais pas de toxicité

Au total, 1.077 volontaires ont participé à cet essai clinique (543 dans le groupe test et 534 dans le groupe contrôle), âgés de 18 à 65 ans et avec un bon état de santé général. Les individus du groupe test ont reçu une dose de 5.1010 particules virales par voie intramusculaire dans le muscle deltoïde. Le groupe contrôle une injection standard de 0,5 mL de MenACWY, aussi dans le deltoïde.

À partir de cette injection initiale, les scientifiques ont réalisé des tests immunologiques selon un calendrier précis. Ils ont également réalisé un suivi des effets secondaires induits par la vaccination.

Regardons tout d'abord les effets secondaires de la première injection pour les deux groupes. Premier constat, la plupart des volontaires affirment souffrir de symptômes légers à modérés. Parmi les effets secondaires localisés au site de l'injection, la douleur est la plus commune. Suivie d'une sensibilité ou d'un inconfort lorsqu'on touche la zone. Ces désagréments interviennent entre le premier et deuxième jour suivant la vaccination puis disparaissent progressivement en une semaine.

Les volontaires ont également rapporté des effets secondaires systémiques comme de la fatigue, des maux de tête, des douleurs musculaires et des malaises. Ces symptômes sont les plus forts au premier jour suivant la vaccination avant de s'atténuer dans les jours suivants.

Bien qu'il n'y ait aucun effet secondaire sévère ou nécessitant une hospitalisation, deux hôpitaux impliqués dans l'essai clinique ont demandé à utiliser du paracétamol pour les atténuer. Comparé au groupe contrôle, les symptômes ont été ressenti par plus de participants et de façon plus intense.

La primo-injection provoque donc une réaction locale et systémique de l'organisme, parfois intense et contraignante, mais qu'en est-il de la réponse immunitaire ?

La réaction du plasma des volontaires du groupe témoin (à gauche) et du groupe test (à droite) à la protéine S lors d'un test Elisa standard à plusieurs jours post-vaccination. © Folegatti et al. The Lancet 2020

Des anticorps produits et des lymphocytes activés

Les chercheurs ont réalisé des tests immunologiques (de type Elisa) à la recherche des anticorps de type IgG dirigés contre la protéine S du SARS-CoV-2, le jour de la vaccination, puis à J7, 14, 28, et 56.

Le pic d'anticorps spécifiques du SARS-CoV-2 intervient au 28e jour après la première dose et reste à peu près stable jusqu'au 56e jour. L'immunité cellulaire initiée par le vaccin a aussi été étudiée par le dosage de l'interféron gamma (technique ELIspot) qui témoigne de l'activation spécifique -- et donc de leur prolifération -- des lymphocytes T. Le pic d'activation des lymphocytes T intervient avant celui de la production des IgG, entre le 7e et le 14e jour.

Cet essai clinique indique donc qu'une injection unique de ChAdOx1 induit une immunité cellulaire et humorale contre le SARS-CoV-2 ainsi que des réactions locales et systémiques désagréables mais qui ne sont pas dangereuses. Il ne s'agit là que des résultats de la phase 1/2. Ces résultats ne sont donc encore pas généralisables à tout le monde. Les auteurs indiquent que les volontaires considérés étaient majoritairement blancs, jeunes et en bonne santé. On peut donc s'attendre à des résultats différents pour des personnes âgées, présentant des facteurs de comorbidité ou appartenant à d'autres groupes ethniques. Les essais de phase 3 sont d'ores et déjà lancés au Brésil, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !