Le CBD serait innocent concernant les troubles de conduite engendrés par le cannabis. © cendeced, Adobe Stock
Santé

Vapoter du CBD n'altérerait pas la conduite

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Dans une récente expérience, des chercheurs démontrent que vapoter du cannabis qui contient beaucoup plus de cannabidiol que de Δ9-Tetrahydrocannabinol n'altère pas plus les performances de conduite qu'inhaler du faux cannabis. 

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Avant toute chose, rappelons que la consommation de cannabis est strictement illégale en France et peut vous faire écoper d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 3.750 euros. Il se compose de substances chimiques, les cannabinoïdes, dont deux très connues et étudiées : le tétrahydrocannabinol ou THC, qui est la substance psychotrope du cannabis, utilisé de façon récréative et le cannabidiol ou CBD, utilisé dans le traitement de l'anxiété, de la psychose, de l'épilepsie et des désordres neurologiques. Une expérience a été réalisée pour discerner les effets distincts du CBD et du THC sur la conduite automobile par des chercheurs de la faculté de psychologie et de neurosciences de l'université de Maastricht, aux Pays-Bas, où la consommation de cannabis est légale. 

Pourquoi une telle expérience ?

Des études épidémiologiques ont trouvé des associations sérieuses entre la consommation de cannabis et l'augmentation des accidents de la route. En effet, cela a pour effet majeur d'augmenter l'indice de déviation standard de la position latérale (DSLP) qui mesure la déviation et la correction excessive de conduite par rapport à une route. Cet outil de mesure est validé et notamment utilisé dans les troubles de la conduite liés à l'alcool et aux autres drogues

En regardant la littérature, les scientifiques se sont rendus compte que les effets distincts des deux substances au niveau des capacités cognitives et psychomotrices n'étaient pas très clairs, même si le CBD paraissait tout de même inoffensif sur ces variables contrairement à son homologue, le THC. Dès lors, ils ont voulu en avoir le cœur net et ont construit une expérience pour répondre à leurs questions.

Des études épidémiologiques ont trouvé des associations sérieuses entre la consommation de cannabis et l'augmentation des accidents de la route. © Click2load, Adobe Stock

Le design expérimental

Les investigateurs à l'origine de cette étude se sont demandé quel était l'impact du CBD dans l'intensité et la durée de la détérioration de la conduite causée par la vaporisation de cannabis dont la quantité des deux principes actifs majeurs, le THC et le CBD, variait. Ils ont réalisé une expérience, randomisée croisée en double aveugle contre placebo, chez 26 utilisateurs en bonne santé consommant occasionnellement du cannabis. Les participants ont inhalé soit du cannabis majoritairement composé de THC, de CBD, d'équivalent THC/CBD ou d'un placebo de cannabis ne contenant ni l'un ni l'autre. Ce que les investigateurs souhaitaient observer en priorité, c'est l'effet sur ce fameux DSLP. 

Tous les participants ont inhalé à tour de rôle avant chaque test soit le cannabis à dominante THC, le cannabis à dominante CBD, le cannabis équivalent THC/CBD et le cannabis placebo. L'évaluation de conduite consistait à rouler pendant 100 kilomètres, à vitesse constante sur un circuit, durant 40 minutes et quatre heures après l'inhalation de cannabis ou de faux cannabis.

L'évaluation de conduite consistait à rouler pendant 100 kilomètres, à vitesse constante sur un circuit, durant 40 minutes et quatre heures après l'inhalation de cannabis ou de faux cannabis. © Pixel-Shot, Adobe Stock

Le CBD n'altère pas plus la conduite qu'un placebo 

Les résultats montrent que l'inhalation de cannabis à dominante THC et équivalent THC/CBD altèrent durablement le DSLP en comparaison avec le cannabis placebo. En revanche, l'inhalation du cannabis à dominante CBD n'a pas plus d'effet sur le DSLP que le cannabis placebo. Les chercheurs ont aussi mesuré d'autres paramètres dans leur analyse qui suggèrent que la sensation subjective de qualité de conduite est significativement altérée pour le cannabis à dominante THC et équivalent THC/CBD. Cependant, avec le cannabis équivalent THC/CBD, les effets duraient beaucoup moins longtemps. Cela est cohérent avec ce que l'on connait déjà de l'interaction entre ces molécules au sein de l'organisme, le CBD étant parfois utilisé pour accélérer la clairance sanguine en THC. 

Les résultats montrent que l'inhalation de cannabis à dominante THC et équivalent THC/CBD altèrent durablement le DSLP en comparaison avec le cannabis placebo contrairement au cannabis à dominante CBD. © Bukhta79, Adobe Stock

Les limites de l'étude 

Cette étude est innovante et respecte les plus hauts standards des essais cliniques dans son design. Néanmoins, elle compte quelques faiblesses comme la taille de l'échantillon, la composition de ce dernier et les doses utilisées qui ne sont pas conformes aux doses souvent consommées dans la réalité. Par conséquent, les résultats de l'expérience ne s'appliquent strictement qu'aux usagers de l'expérience.

Si l'on tente une extrapolation, cela ne peut se faire que pour des usagers occasionnels et en bonne santé et non aux usagers plus réguliers. De même, aucune extrapolation ne peut être faite concernant d'autres doses et d'autres variétés de plantes. Aussi, les participants de l'étude étaient jeunes. De ce fait, leur expérience de conduite est limitée et cela a pu jouer un rôle dans les résultats. Enfin, le design de l'étude a été pensé pour détecter un effet du THC sur les performances au volant. Il n'est pas impossible que l'essai ait manqué de puissance statistique pour détecter des effets minimes dus à l'utilisation de CBD. 

  • La consommation de cannabis est responsable d'une augmentation d'accidents de la route.
  • Le CBD ne semble pas être responsable d'une telle augmentation contrairement à son homologue, le THC.
  • L'étude a des limites et ses résultats ne peuvent pas être extrapolés pour d'autres types de populations, dosages ou variétés de plantes que ceux utilisés dans l'expérience. 
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