Le principe actif d’un champignon tibétain allié à une biotechnologie de pointe permet de mettre au point une nouvelle thérapie anticancéreuse. Une étude réalisée par des scientifiques de l’université d’Oxford démontre que les effets anticancéreux de la cordycépine peuvent être augmentés grâce à une technologie évitant sa dégradation in vivo.

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Étrange, ce champignon chenille qui pousse sur les hauts plateaux tibétains au-dessus de 3.500 mètres d'altitude. Cordyceps sinensis est un ascomycète endoparasite du corps des larveslarves de lépidoptèreslépidoptères qu'il tue, afin de se développer dans leur corps. Très prisé depuis plusieurs siècles en médecine traditionnelle chinoise pour ses vertus aphrodisiaques et tonifiantes, et pour les traitements de troubles respiratoires et rénaux, il est aujourd'hui utilisé comme complément alimentaire grâce à ses effets bénéfiques pour la santé.

La cordycépine : un analogue nucléotidique anticancéreux

C'est que ce champignonchampignon contient un composé, la cordycépine qui a été reconnue dans de diverses publications comme un immunomodulateurimmunomodulateur et un antioxydant. Cet analogue de nucléosidenucléoside naturel a, d'autre part, été identifié pour ses actions anticancéreuses en induisant l'apoptose des cellules cancéreuses in vitro dans un modèle de cancer murin. De plus, ce composé a une action anti-métastasique (inhibitioninhibition du caractère invasifinvasif des cellules cancéreuses).

Aujourd'hui, les analogues nucléosidiques font partie des chimiothérapies anticancéreuses largement prescrites. En fournissant des éléments défectueux pour la constitution des ADNADN et ARNARN aux cellules cancéreuses, ils bloquent leur multiplication et entraînent la mort cellulaire.

Malheureusement, il existe des mécanismes de résistancerésistance des cancers à ces composés et la cordycépine, malgré ses puissants effets in vitro, voit son activité in vivo diminuée du fait de sa dégradation rapide par des enzymesenzymes présentes dans la circulation sanguine et d'une faible absorptionabsorption à l'intérieur des cellules.

Les nucléotides sont constitués d'une base azotée, d'un sucre et de phosphates. © Wikimédia, Domaine public
Les nucléotides sont constitués d'une base azotée, d'un sucre et de phosphates. © Wikimédia, Domaine public

Un procédé déjà utilisé dans les traitements antiviraux rend la cordycépine plus efficace

En association avec une société biopharmaceutique, un procédé consistant à intégrer chimiquement un bouchon protecteur à la cordycépine a été utilisé par les chercheurs de l'université d'Oxford. Une fois à l'intérieur de la cellule, ce motif est détruit et libère le composé actif. Appelés ProTide, cette technologie est déjà appliquée pour surmonter les limites des analogues nucléotidiques, notamment dans le cadre de traitements antiviraux.

Dans cette étude clinique de phase I, les chercheurs ont démontré que le NUC-7738 (forme ProTide de la cordycépine) est 7 à 40 fois plus puissant que le composé naturel sur des lignées de cellules cancéreuses. Les résultats montrent qu'il résiste à la dégradation par les enzymes circulantes et qu'il libère le métabolitemétabolite actif anticancéreuxanticancéreux dans les cellules. Bien toléré, il révèle des signes encourageants d'activité anticancéreuse chez des patients ayant des tumeurs solidessolides à des stades avancés. L'association d'un composé anticancéreux comme la cordycépine et d'une nouvelle technologie qui contourne les mécanismes de résistance liés à la dégradation, au transport et à l'activation du principe actifprincipe actif, offre ces nouvelles perspectives. Une étude de phase II ayant pour objectif de déterminer la dose recommandée est en cours de réalisation.