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Myélome : une dose massive de virus de la rougeole sauve une patiente

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Stacy Erholtz doit la vie au virus de la rougeole. Condamnée à la mort à cause d'un myélome métastasé qui ne répondait pas aux traitements, cette quinquagénaire états-unienne a vu ses tumeurs reculer nettement après une virothérapie à des doses permettant normalement d'immuniser dix millions de personnes...

Le virus de la rougeole, qui tuait des millions de personnes dans le monde chaque année avant l’apparition du vaccin, pourrait bien devenir l’une des meilleures armes contre un autre mal terrible qu’il est difficile de contrôler : le cancer. © Cynthia Goldsmith, William Bellini, CDC, DP

Elle s'appelle Stacy Erholtz. Elle a de la chance qu'on parle encore d'elle au présent. Âgée de 50 ans, cette États-Unienne de Pequot Lakes (Minnesota) revient de très loin. Victime d'un myélome, un cancer des cellules de la moelle osseuse entraînant des tumeurs au niveau des os, elle n'avait répondu ni à la chimiothérapie ni aux deux transplantations de cellules souches. L'une de ses grosseurs la défigurait même, en ayant détruit un os du front et en appuyant sur son cerveau. Le combat semblait bien mal engagé.

Face à ce cas désespéré, les médecins de la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota), sous l'égide de Stephen Russell, ont proposé une nouvelle solution thérapeutique qui avait fonctionné chez la souris, mais qui n'avait jamais été testée chez l'Homme : une virothérapie à base du virus de la rougeole modifié de manière à cibler les cellules plasmatiques myélomateuses. Bien leur en a pris !

Stacy Erholtz a reçu une injection de 100 milliards d'unités de virus modifié, une dose énorme, suffisante pour vacciner dix millions de personnes. Les effets secondaires n'ont pas tardé à se faire ressentir. Cinq minutes après l'administration, la patiente souffrait d'un terrible mal de tête. Deux heures plus tard, sa température corporelle atteignait 40,5 °C.

Le virus de la rougeole au service de la médecine

Des moments de souffrance... mais qui en valent la peine. Car 36 heures après inoculation, sa tumeur frontale commençait à reculer. Quelques semaines plus tard, elle n'était plus visible. Les autres grosseurs de son organisme avaient également disparu. Il est encore bien trop tôt pour parler de guérison de son cancer, mais les médecins n'hésitent pas à évoquer la rémission, après seulement une injection.

Les cellules plasmatiques myélomateuses vont en général se diffuser à travers le squelette et engendrer des tumeurs. L’espérance de vie moyenne est de cinq ans, une fois la maladie diagnostiquée. © Wellcome Photo Library, Wellcome Images, cc by nc nd 4.0

Ce succès fait renaître l'intérêt de la virothérapie contre les cancers, technique déjà testée depuis les années 1950 mais rarement avec un tel succès. Le modèle utilisé pourrait néanmoins ne pas convenir à tout le monde, ou exiger des traitements préalables supplémentaires pour assurer l'efficacité de la thérapie. Car comme dans le cas de la vaccination, le système immunitaire cible le virus circulant, ou les cellules infectées. Certes, c'est une arme pour se débarrasser des cellules cancéreuses survivantes, mais il serait dommage que nos défenses s'attaquent au préalable à l'arme utilisée pour détruire l'ennemi. Stacy Erholtz ne disposait que de peu d'anticorps dirigés contre le virus de la rougeole, c'est pourquoi elle a bénéficié du traitement. Ce n'est désormais plus le cas, et si elle nécessitait une seconde opération, les médecins envisageraient sûrement de recourir à un traitement immunosuppresseur.

La virothérapie, nouveau traitement miracle ?

Si cette annonce, développée dans le journal Mayo Clinic Proceedings, suscite l'espoir, que faut-il attendre de ce traitement ? Il est encore trop tôt pour le dire. Car en parallèle, un autre patient a bénéficié de la même thérapie... qui s'est révélée dans ce cas inefficace, cette personne étant aujourd'hui décédée. C'est pourquoi il est nécessaire de conduire de nouveaux essais cliniques sur un public plus large pour estimer l'efficacité réelle de la thérapie.

Dans l'éventualité où celle-ci se révélerait être une solution supplémentaire et surtout efficace contre le myélome, elle pourrait être transposable à d'autres cancers, comme ceux touchant le pancréas par exemple, connu pour son agressivité et son taux de mortalité très élevé.

Pour l'heure, Stacy Erholtz s'apprête le mois prochain à passer un bilan annuel pour évaluer son état de santé et savoir s'il y a des récidives. Mais elle ne cache pas son optimisme. Comme elle l'a exprimé par voie de presse, après une dizaine d'années à vivre dans les ténèbres, elle ne veut plus que les nuages viennent assombrir son ciel et espère seulement redonner des couleurs à sa vie.

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