L’éléphant a beaucoup plus de cellules que l’Homme, vit plus de 60 ans et souffre rarement de cancer. Pourquoi ? © peterfodor, Fotolia

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Pourquoi les éléphants n’ont-ils pas de cancer ?

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Des chercheurs ont exploré les régions non codantes du génome de certains mammifères pour mieux comprendre des maladies humaines. Chez l'éléphant, animal connu pour souffrir rarement de cancer, ils ont identifié des régions qui favorisent la réparation de l'ADN et la prévention des mutations.

Les éléphants ont rarement des cancers. Pourtant, l'éléphant d'Afrique, avec ses 7.000 kilogrammes, est le plus gros animal terrestre.  Il possède 100 fois plus de cellules que l'Homme et vit 60 à 70 ans. Or, à chaque fois qu'une cellule se divise, elle augmente son risque de muter et donc d'acquérir des mutations cancérogènes. Malgré tout, il n'y a pas de lien entre la taille d'un animal et son risque de cancer. Alors pourquoi l'éléphant résiste-t-il au cancer ? Une hypothèse est qu'il évite plus de mutations.

Dans des travaux précédents, les chercheurs ont trouvé dans le génome de l'éléphant plusieurs copies du gène p53, un gène suppresseur de tumeur ; mais ils ne comprenaient toujours pas pourquoi l'éléphant résistait de la sorte au cancer. Parfois, au cours de l'évolution, de nouveaux phénotypes apparaissent à cause de changements dans des régions non codantes de l’ADN.

Parfois considérées comme de l'ADN « poubelle », les régions non codantes sont plutôt pour Christopher Gregg, un des auteurs de ces travaux, « une jungle qui n'a pas été explorée ». Une équipe interdisciplinaire de l'université d’Utah s'est donc intéressée aux génomes de plusieurs animaux dans l'idée de trouver des régions associées à des problèmes de santé humaine. Leurs résultats paraissent dans la revue Cell Reports.

Une jungle qui n'a pas été explorée

L'équipe s'est intéressée aux régions non codantes des génomes de différents mammifères : l'éléphant d’Afrique Loxodonta africana, les chauve-souris Myotis lucifugus (petite chauve-souris brune) et Eptesicus fuscus (sérotine brune), l'orque Orcinus orca, le grand dauphin Tursiops truncatus, le rat-taupe nu et l'écureuil Spermophilus tridecemlineatus (spermophile rayé ou spermophile à treize bandes). Ces animaux ont été choisis pour certaines de leurs caractéristiques originales chez les mammifères : adaptation au milieu marin (présence de nageoire), aérien (présence d'ailes) ou souterrain, hibernation, grande taille... Les scientifiques cherchaient des régions du génome qui évoluaient rapidement et susceptibles de donner de nouvelles caractéristiques propres à l'espèce.

La génétique expliquerait la résistance de l’éléphant au cancer

Les chercheurs ont ainsi identifié des milliers de régions d'évolution accélérée dans le génome de chaque animal. Certaines de ces régions pouvaient être responsables de traits caractéristiques de ces espèces, comme les ailes de la chauve-souris ou la taille de l'éléphant.

Dans notre génome, l’ADN « poubelle » n’est pas si inutile que cela. © vchalup, Fotolia

Chez l'éléphant, ces régions d'évolution accélérées étaient particulièrement nombreuses près de gènes qui répondent aux dommages de l'ADN. Trois gènes, FANCL, VRK2 et BCL11A, étaient associés à de nombreuses régions d'évolution accélérées. Ces gènes sont impliqués dans la réparation de l'ADN et protègent contre les mutations. Par exemple, FANCL code pour une sous-unité d'une protéine importante pour la réparation de l'ADN. Chez l'homme, des mutations dans les gènes FANC sont responsables de l'anémie de Fanconi, une maladie génétique avec des malformations congénitales et une prédisposition au cancer. Les régions identifiées chez l'éléphant ont donc des homologues chez l'homme.

Grâce à ces résultats, les chercheurs ont proposé une cartographie des éléments des génomes de mammifères qui pourraient favoriser la résistance au cancer. Cette découverte permet de mettre en évidence des régions du génome potentiellement impliquées dans les cancers humains : « Les résultats sur l'éléphant ont révélé des séquences non codantes dans le génome humain qui, nous le prédisons, pourraient contrôler l'activité des gènes et réduire la formation de mutations et de cancers ».

  • Les régions non codantes de l’ADN représentent 98 % du génome et peuvent influencer l’expression de gènes.
  • L’éléphant, malgré sa grande taille et sa longévité, a rarement des cancers.
  • Dans l’ADN non codant de l’éléphant, des éléments proches de gènes qui réparent l’ADN pourraient expliquer en partie la résistance de l’animal au cancer.
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