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Buzz : a-t-on réellement trouvé le point G ?

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Le gynécologue américain Adam Ostrzenski confirme l'existence anatomique du point G. Ce serait un petit sac situé profondément dans les tissus vaginaux. Mais son travail souffre de quelques légèretés scientifiques...

Qu'en est-il du point G ? Certains scientifiques pensent qu'il n'existe que dans l'imaginaire des femmes depuis qu'on leur en parle, d'autres essaient de le mettre en évidence. Mais parmi ces derniers, beaucoup pensent qu'il n'est pas formé que d'une structure, mais correspond plutôt à une région mixte composée de plusieurs tissus. © Alpha du Centaure, Flickr, cc by 20

La description anatomique est très précise : une structure en sac nettement délimitée, située sur la face dorsale de la membrane périnéale, longue de 8,1 mm, large de 3,6 mm et haute de 0,4 mm. Lorsqu'on la déplie, elle s'étend sur 33 mm. Le tout se situe à 16,5 mm de la partie supérieure de l'urètre, avec un angle de 35° par rapport à la partie latérale de ce même tuyau.

Voilà les clés pour trouver le point G selon le gynécologue américain Adam Ostrzenski, de l'Institut de gynécologie à Saint-Petersbourg, en Floride. En disséquant le cadavre d'une femme polonaise de 83 ans, il affirme dans le Journal of Sexual Medicine être allé plus loin dans l'exploration des tissus vaginaux que les autres études ne l'avaient fait précédemment, et confirme ainsi l'existence anatomique de cette zone qui fait débat depuis si longtemps. Ce serait une avancée intéressante permettant une distinction nette entre orgasme clitoridien et orgasme vaginal, et donc une meilleure prise en charge du plaisir sexuel féminin. Alors, le mystère du point G serait-il enfin résolu ?

L'existence du point G, un débat vieux de plusieurs siècles

Cela fait des siècles que des femmes ont remarqué que la stimulation d'une région particulière engendrait chez elles un plaisir intense. Des textes indiens, le pays du Kâmasûtra, en attestent depuis le XIe siècle. Mais il faudra attendre 1950 avant qu'un gynécologue allemand, Ernst Gräfenberg, ne définisse la zone, qui sera trente ans plus tard nommée « point G » en son hommage. Depuis, la controverse est lancée, et différents travaux aboutissent à des résultats contradictoires. À tel point qu'on ne sait plus quoi en penser...

Pour mémoire, des recherches menées par des scientifiques de l'université de L’Aquila (Italie) en 2008 avaient laissé sous-entendre qu'il existait une différence dans l'épaisseur des tissus situés entre le vagin et l'urètre chez les femmes qui reconnaissaient avoir un orgasme vaginal par rapport à celles qui n'en avaient pas. Amichai Klichevsky, de l'Hôpital Yale-New Haven (Connecticut) a quant à lui affirmé après avoir passé en revue une centaine d'études qu'on ne disposait d'aucune preuve de son existence. Et ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres.

Sur ce schéma, le point G n'est pas signalé, car on ignore précisément sa localisation (s'il existe). Il pourrait se trouver à proximité des ligaments vésicopubiens (4), c'est-à-dire entre le vagin (7) et l'urètre (non signalé ici, qui correspond au canal qui relie la vessie (2) à l'extérieur du corps), à quelques centimètres de l'entrée du vagin. © Elf Sternberg, Wikipédia, cc by sa 3.0

Étude de cas, orgasme d’une morte et autres bizarreries

Alors, ce travail mené seul par Adam Ostrzrenski apporte-t-il une pierre supplémentaire à l'édifice ? Les critiques à son endroit se font vives...

Cette étude se confronte à des limites évidentes. Certaines se sont imposées à lui. Adam Ostrzrenski a pu bénéficier d'un cadavre, mais on ne lui a pas permis d'utiliser le microscope. C'est donc à l'œil nu qu'il a dû considérer cette structure composée de tissus ressemblant fortement selon lui aux tissus érectiles, retrouvés dans certaines régions particulières comme le corps clitoridien. Un tel manque de moyen aurait dû l'inciter à un peu plus de modération.

D'autre part, son expérience repose sur la dissection d'un seul et unique cadavre. Si les études de cas existent en science, elles sont consacrées aux maladies rares ou à des situations exceptionnelles. Or, si le point G fait partie intégrante de l'anatomie, cela concerne toutes les femmes (ou presque). La généralisation, surtout avec des données aussi précises, à partir de cette dame polonaise semble très osée.

Enfin, et peut-être surtout, certains scientifiques s'étonnent que l'on découvre la région clé de l'orgasme vaginal chez une personne décédée. Comment alors s'assurer de sa fonction ? Certes, la localisation de cette structure coïncide avec la description qui en a été faite, mais pour conclure sur son rôle dans le plaisir sexuel, il paraîtrait pertinent de s'en assurer en la stimulant chez des femmes en bonne santé.

Ricki Lewis, chercheur à l'université d’Indiana, manifeste dans un article pour Scientific American sa surprise de voir un tel travail publié dans une revue aussi prestigieuse que le Journal of Sexual Medicine, dont chaque texte est évalué par des spécialistes. Et de retrouver l'information ensuite sur EurekAlert, un site Internet qui propose des communiqués de presse servant de source à de nombreux scientifiques et médias.

La communauté scientifique semble donc très sceptique face aux affirmations du gynécologue américain, qui ne prouve rien. Le mystère qui accompagne le point G ne sera vraisemblablement pas résolu grâce à ce travail. Mais est-ce vraiment si important ? À force de trop focaliser son attention dessus, n'en oublierait-on pas l'essentiel : le plaisir ?

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