Santé

Des bactéries dans le placenta responsables des naissances prématurées ?

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Longtemps considéré comme un organe stérile, le placenta contient en réalité une flore bactérienne ressemblant fortement à celle observée dans la bouche. Point intéressant : elle diffère nettement entre les femmes qui donnent la vie prématurément et les mères qui accouchent à terme. De là à établir un lien entre la santé buccodentaire et les naissances prématurées il y a un pas, que les scientifiques osent seulement suggérer.

Le placenta, qu’on a longtemps cru stérile, contient en réalité des bactéries. Celles-ci, qui semblent s’infiltrer dans cet organe depuis la bouche, pourraient être utiles au bon développement du bébé… ou engendrer des complications et favoriser un accouchement prématuré dans les autres cas de figure. © V. Altounian, Science Translational Medicine

Les bactéries sont partout, même là où elles ne sont pas censées se retrouver. Dans l'urine par exemple, fluide organique que l'on pensait stérile mais qui se révèle malgré tout contaminé. Ou le placenta, qui était supposé ne pas contenir de micro-organismes non plus et dans lequel des recherches précédentes ont révélé quelques cellules colonisées par des bactéries. Des découvertes importantes étant donné les rôles fondamentaux que joue cette flore microbienne au niveau des organismes dans leur entier, comme l'ont montré les études de ces dernières années.

Les États-Unis ne se sont donc pas trompés en lançant le Projet microbiome humain (Human Microbiome Project), dans le but de déterminer les espèces bactériennes présentes dans les différents organes et en quelles proportions. Parmi les laboratoires impliqués, celui de Kjersti Aagaard, obstétricienne au Baylor College of Medicine de Houston (Texas). En 2012, elle et ses collaborateurs ont mis en évidence dans Plos One que la flore vaginale des femmes enceintes diffère de celle des autres femmes, sans être pour autant semblable à celle observée dans les selles des nouveau-nés durant leurs premières semaines de vie. La question de l'origine de ces bactéries se posait donc. Leurs regards se sont tournés vers le placenta, dans lequel l'embryon puis le fœtus passent les neuf mois de gestation.

Pour cela, il fallait aux biologistes de la matière fraîche. Ainsi, du tissu placentaire a été prélevé chez 320 mères juste après la mise au monde. L'ADN y a été extrait et séquencé dans le but de déterminer les espèces et la concentration en micro-organismes. Résultat : une faible diversité bactérienne retrouvée, en majorité des souches non pathogènes d'Escherichia coli, ainsi que cinq autres groupes, le plus souvent des espèces bénignes et symbiotiques.

Le placenta est un organe unique et propre aux femelles de mammifères euthériens durant leur gestation. Il connecte l’embryon puis le fœtus à l’utérus, et c’est à travers lui que s’échangent les nutriments et l’oxygène entre la mère et le petit à naître, tandis que ce dernier en profite pour excréter tous ses déchets métaboliques et les renvoyer dans la circulation de sa mère, qui assume la responsabilité de s’en débarrasser. © Henry Gray, Gray’s Anatomy, Wikipédia, DP

Des bactéries qui passent de la bouche au placenta

Le poids de la mère ou la façon d'accoucher (par les voies naturelles ou par césarienne) semblent peu influer la composition de cette flore placentaire. En revanche, deux paramètres modulent le contenu de la communauté bactérienne : un accouchement prématuré et une infection urinaire, même si celle-ci a été soignée plusieurs mois auparavant (les antibiotiques pouvant perturber l'écosystème bactérien qui s'était mis en place).

Ce travail, publié dans Science Translational Medicine, va encore plus loin, puisqu'il compare les quelques bactéries trouvées dans le placenta avec les flores intestinale, vaginale, buccale ou dermique, entre autres. De manière inattendue, le contenu ressemble fort à ce que l'on trouve dans nos bouches. De quoi suspecter que les microbes atteignent le tissu placentaire à travers le sang directement depuis les gencives. Des supputations qui renforcent des données établies précédemment suggérant un lien entre les maladies buccodentaires de la mère et le risque de naissance prématurée.

Cette découverte est importante car c'est la première à montrer que les bactéries colonisent l'ensemble du placenta, et qu'une grossesse normale s'accompagne aussi d'une flore microbienne particulière. Les scientifiques vont d'ailleurs poursuivre leurs investigations à d'autres organes, afin de constater l'ensemble des changements qui apparaissent dans le microbiote d'une femme enceinte. 

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