Santé

Alcool : à faibles doses, il multiplie par 2 la durée de vie d’un ver

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Alors que des chercheurs voulaient tester l'effet du cholestérol sur la longévité du ver Caenorhabditis elegans, ils se sont rendu compte que c'était le solvant, l'éthanol, qui doublait leur durée d'existence. Une découverte inattendue... et totalement incomprise.

Chez le ver Caenorhabditis elegans, une très faible consommation d'alcool lui permet de vivre deux fois plus longtemps. Mais attention à ne pas extrapoler à l'Homme trop vite ! Pour l'heure, si certaines études ont identifié des effets positifs d'une petite consommation quotidienne de vin rouge, l'alcool est l'une des principales causes de cancer et des accidents de la route. © Gary J. Wood, Flickr, cc by sa 2.0

On dit que certaines des plus belles découvertes sont le fruit du hasard. Le fameux « Eureka » d'Archimède dans sa baignoire, la pomme qui inspira Newton ou la pénicilline de Flemming ont par exemple révolutionné les sciences. Une autre trouvaille imprévue concerne cette fois la durée de vie de petits vers de l'embranchement des Nématodes : Caenorhabditis elegans.

Ce ver est très utilisé dans les recherches scientifiques car la moitié de ses gènes ont des équivalents chez l'Homme. Or, une étude vient de montrer que si on fournissait au ver de très faibles quantités d'éthanol, l'alcool que l'on retrouve dans les boissons, sa longévité était multipliée par 2. Les résultats sont publiés sur Plos One.

Des chercheurs américains de l'Université de Californie - Los Angeles (Ucla) souhaitaient au départ mesurer l'effet du cholestérol sur l'espérance de vie de leurs cobayes. Pour le délivrer, ils l'ont dilué au 1/1.000e dans l'éthanol, fréquemment utilisé comme solvant. Ils ont alors constaté que les vers vivaient plus longtemps... mais que cela n'était pas imputable au cholestérol.


Le ver Caenorhabditis elegans est devenu depuis les années 1970 le cobaye de nombreuses études et a contribué à certaines découvertes importantes. Essentiellement hermaphrodite, le ver se reproduit dès l'âge de 3 jours et ne vit pas plus de 3 semaines. © Johanna Santos Bassetti

Vous prendrez bien un tout petit ver !

Ces vers vivent à l'état naturel dans le sol et se nourrissent de bactéries. Les premiers moments de leurs existences sont vécus au stade larvaire, et la mort survient au bout d'une quinzaine de jours, voire trois semaines pour les plus vieux. Dans le cadre de leur expérimentation, les nématodes soumis à de très faibles doses d'alcool ont vécu une quarantaine de jours après avoir goûté à l'éthanol alors qu'ils n'étaient que des larves.

« Le cholestérol n'a eu aucun effet, commente Steven Clarke, dernier auteur de l'étude. Nous avons découvert que non seulement l'éthanol était efficace au 1/1.000e, mais qu'il l'était également pour une dilution au 1/20.000e. Nous pensions que ces doses infimes n'auraient aucun impact, mais l'expérience montre qu'elles sont bénéfiques. »

Pour donner un ordre d'idée, cela correspondrait à des boissons contenant respectivement 0,1 et 0,005 % d'alcool. En moyenne, une bière monte à 5 et le vin rouge dépasse régulièrement les 10. Rien à voir avec les liquides actuellement consommés.

Ce graphique représente le pourcentage de vers vivants (Percent alive) en fonction du nombre de jours après l'éclosion (Days after hatching). Pour des faibles doses d'alcool (en rouge), la durée de vie des vers est prolongée. Lorsqu'on abaisse trop les doses, l'effet bénéfique disparaît et la mortalité se superpose presque avec la courbe contrôle, qu'on aperçoit à peine (en noir). © Castro et al., Plos One

Vivre plus longtemps grâce à de faibles doses d'alcool ?

De précédentes études avaient montré la toxicité de l'éthanol à des doses trop élevées pour C. elegans puisque cela entraînait des dégâts neurologiques et la mort. Chez l'Homme, on connaît aussi l'effet néfaste de l'ingestion d'alcool, même si certaines études défendent l'idée qu'une faible consommation de vin rouge permet de vivre plus longtemps.

Dans le cadre de ce travail, le mécanisme à l'origine de cette survie étonnamment longue n'a pas été précisément identifié. C'est l'objectif que se donne ce laboratoire de biochimie. Avec toujours la perspective d'identifier le ou les gènes impliqués et espérer que l'on puisse extrapoler leurs résultats à l'échelle humaine. Mais ceci ne relève pour l'heure que du fantasme...

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