Santé

Un premier bébé né d’une Fiv avec séquençage complet du génome

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Connor Lévy est né le 18 mai dernier. Ce qui le rend unique ? Il est le premier bébé né d'une fécondation in vitro (Fiv) à avoir bénéficié d'un tri des embryons effectué grâce à un scan génétique complet, pour s'assurer qu'il n'avait pas de chromosomes en trop. Cette technique tend à augmenter les chances de succès des Fiv en déposant seulement les embryons viables. Mais l'éventualité de dérives n'est pas à exclure...

Pour augmenter la fiabilité de la fécondation in vitro, des chercheurs ont analysé le génome des embryons pour être sûrs d'en implanter un avec le bon nombre de chromosomes. Expérience réussie. © Maurizio de Angelis, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Il s'appelle Connor Lévy et semble se porter très bien. Le bébé, né le 18 mai dernier à Philadelphie (États-Unis), n'en a pas encore conscience mais il est peut-être le premier d'une longue liste à avoir vu le jour grâce à une nouvelle technique de fécondation in vitro (Fiv). L'embryon qui a été implanté dans l'utérus de sa mère a été choisi grâce à une analyse génétique complète, permettant de s'assurer de sa bonne santé et d'augmenter les chances que la grossesse atteigne son terme.

Car, bien que la Fiv fête le 25 juillet prochain ses 35 ans de succès, et malgré les nets progrès des techniques au fil des années, le taux d'échec reste encore élevé. Seul un tiers d'entre elles sont concluantes. Pourtant, dans les pays développés, les bébés éprouvette représentent entre 1 et 5 % des naissances globales, preuve de la fréquence des demandes des parents ayant des problèmes d'infertilité.

Souvent, les échecs sont dus à des anomalies génétiques des embryons : ceux-ci disposent en général de chromosomes en trop, les rendant non viables et provoquant une fausse-couche. Pour une femme d'une trentaine d'années, un quart de ses embryons sont concernés. À la quarantaine, on passe à trois-quarts, si l'on en croit Dagan Wells, le chercheur de l'université d’Oxford (Royaume-Uni) derrière ce projet. Pourtant, au microscope, il est difficile de repérer ces chromosomes excédentaires. Les scientifiques ont donc décidé de résoudre le problème en comptant eux-mêmes le nombre de chromosomes.

Découper l’ADN et le séquencer pour compter les chromosomes

Lors du congrès annuel de la Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie (ESHRE 2013), le Britannique est revenu sur la méthode utilisée. Par Fiv, les chercheurs ont obtenu sept embryons. Après cinq jours de développement, ils ont prélevé des cellules souches et extrait l'ADN afin de le séquencer. Grâce aux nouvelles technologies de séquençage, il est désormais possible de compter le nombre de chromosomes relativement rapidement.

L'ADN est coupé en petits morceaux, qu'un ordinateur va lire. Grâce à une bibliothèque de fragments d'ADN préétablie auparavant, il sera capable de positionner chacun de ces morceaux sur les chromosomes. Ainsi, il est facile de s'assurer qu'ils y sont tous et en deux exemplaires uniquement.

À cinq jours, un embryon est au stade blastocyste et ressemble à cela. C'est à ce stade que les cellules dont l'ADN est séquencé sont prélevées. © Ekern, Wikipédia, DP

Parmi les sept embryons, seuls trois d'entre eux présentaient le nombre idoine de chromosomes. L'un d'entre eux a été implanté, et on sait avec quel succès, puisque Connor est né. D'ailleurs, il devrait être bientôt rejoint par un autre bébé, dont l'accouchement est prévu dans les semaines qui viennent.

Une Fiv à moindre coût qui détecte les mutations génétiques

Grâce à cette technique, il est théoriquement possible de lire tout le génome. Ainsi, certains gènes peuvent être analysés afin de voir s'ils sont porteurs d'une mutation critique, comme celles occasionnant la mucoviscidose ou d'autres maladies génétiques, dont les parents peuvent être porteurs. Dans ce cas précis, ce n'était pas l'objectif des chercheurs. Mais les usages pourraient évoluer.

Cette technique de séquençage grâce aux méthodes de dernière génération réduirait également d'un tiers les coûts d'une telle procédure. On resterait malgré tout dans des dépenses de l'ordre de quelques milliers d'euros. Bien au-delà des 200 € proposés par des rivaux de l'Institut des technologies de la fertilité à Genk (Belgique) lors du même congrès grâce à un nouveau procédé d'incubation, qui ouvrirait alors la technique aux pays les plus pauvres.

Des problèmes éthiques et moraux soulevés

Comme toujours cependant, ces progrès s'accompagnent de questions éthiques. À partir du moment où l'on dispose des éléments pour sélectionner un embryon, les dérives eugéniques peuvent suivre très rapidement. Si l'idée première est d'utiliser la technologie pour augmenter les taux de réussite de la Fiv, voire de prévenir des maladies génétiques, certains craignent que le procédé ne soit détourné pour permettre aux parents de choisir les traits physiques et mentaux de leurs enfants. Des Néerlandais commencent depuis quelques mois à travailler sur le sujet.

Que faire pour éviter cela ? L'interdire ? Oui, c'est une solution qui semble inévitable. Mais si parmi les 197 États reconnus par l'Onu, 196 prohibent le détournement de la technique dans le but de créer des bébés « sur mesure », le 197e pourrait y voir l'opportunité d'une manne financière conséquente. Des laboratoires clandestins seraient susceptibles de s'ouvrir, attirés là encore par l'argent. Le contrôle s'annonce donc difficile.

D'autres, en revanche, semblent moins inquiets. En effet, le nombre d'embryons par couple est limité, et avant de trouver celui qui disposera de tous les gènes désirés à la fois, avec le nombre adéquat de chromosomes et sans mutation néfaste, il faudra de multiples tentatives. Telle que proposée aujourd'hui, cette technique ne peut être détournée à des fins malhonnêtes. Mais qu'en sera-t-il demain ?

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