Modifier le microbiote pour réduire l’alcoolisme. © 9dreamstudio, Adobe Stock
Santé

La transplantation fécale pour réduire l'alcoolisme ?

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La première étude menée chez l'humain montre qu'on peut réduire les comportements addictifs de l'alcoolisme en modifiant la composition du microbiote. Preuve que cette maladie trouve son origine pas seulement dans le cerveau mais aussi dans l'intestin.

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[EN VIDÉO] Interview : le microbiote intestinal, allié indispensable du système immunitaire  Le microbiote intestinal regroupe l’ensemble des microbes présents dans notre intestin. Il permet un bon fonctionnement ainsi qu’une certaine protection du côlon. Gerard Eberl, responsable de l’unité Micro-environnement & Immunité à l’Institut Pasteur, nous en dit plus au cours de cette interview. 

La transplantation de microbiote fécal (TMF) consiste à administrer une préparation de matière fécale issue d'un sujet « sain » et contenant les « bonnes » bactéries à un patient atteint d'une pathologie liée à une mauvaise composition du microbiote. De nombreuses recherches thérapeutiques sont menées actuellement sur le sujet, y compris dans des domaines assez surprenants. Une équipe de l'université du Virginia Commonwealth (États-Unis) vient de mettre en évidence une nouvelle application possible : l'alcoolisme.

La consommation d’alcool réduite chez 9 patients sur 10

Dans le premier essai randomisé mené sur l'humain, les chercheurs ont recruté 20 hommes âgés entre 60 et 70 ans, atteints d'alcoolisme chronique. Ils les ont divisés en deux groupes, l'un recevant un lavement placebo et l'autre un échantillon de matière fécale issu d'un patient sain et contenant des souches de Lachnospiraceae et Ruminococcaceae. Durant les 15 jours suivants, « neuf des dix patients ayant reçu la greffe fécale ont vu une réduction de leurs envies de boire et des métabolites liés à l'alcool dans leur urine [signe d'une moindre consommation] », constate Jasmohan S Bajaj, principal auteur de l'étude parue dans la revue Hepatology. Par comparaison, cette réduction de consommation n'a été observée que chez trois des dix patients du groupe placebo.

Une altération du microbiote rend les individus plus susceptibles de développer des formes sévères d’alcoolisme. © timonina, Adobe Stock

Bien entendu, il ne s'agit là que d'une étude préliminaire portant sur un faible nombre de patients. Il faudra donc attendre d'autres résultats similaires pour en tirer des conclusions. Néanmoins, de précédentes études menées chez la souris avaient déjà montré l'intérêt de la transplantation fécale dans le traitement de l'alcoolisme. « Les personnes souffrant de troubles liés à la consommation d'alcool sont souvent discriminées et ostracisées, regrette Jasmohan Bajaj. Mais c'est une maladie comme une autre. Il y a une prédisposition génétique, et les addictions peuvent être favorisées par des microbes intestinaux. »

Microbiote et alcool : des liens étroits

On ignore encore le mécanisme exact du microbiote sur les comportements addictifs. « La dysbiose [déterioration du microbiote] induite par l'alcool conduit à des altérations de la barrière digestive, avec en particulier une augmentation de sa perméabilité. Or, il apparaît que cette dernière est corrélée à la sévérité des symptômes anxieux et dépressifs et à l'intensité du craving [besoin de boire] lors du sevrage », expliquait Emmanuel Haffen, au service de psychiatrie de l'adulte au CHU de Besançon lors du Café des Chercheurs organisé par la Fondation pour la recherche en alcoologie (FRA) en 2017. Outre le craving, l'altération du microbiote des alcooliques les rend aussi plus vulnérables à des inflammations et des formes sévères d'alcoolisme (lésions hépatiques graves, cancer, fibrose...)

Reste la question de l'œuf et de la poule : la dysbiose est-elle une conséquence de la consommation excessive d'alcool ou préexiste-t-elle chez les individus les rendant ainsi plus susceptibles au comportement addictif ? Cette question devra être tranchée pour établir si une transplantation fécale peut être administrée en traitement préventif chez des sujets présentant une telle anomalie du microbiote.

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