Peut-on vraiment refroidir le climat ? © Aaron Burden, Unsplash

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Du plus local au plus global : 6 moyens de refroidir le climat

Question/RéponseClassé sous :Réchauffement climatique , effets du réchauffement climatique , lutte contre le réchauffement climatique

Peut-on contrer les effets du réchauffement climatique qui paraît déjà inévitable ? Si certaines idées comme la végétalisation des villes semblent réalistes mais limitées géographiquement, d’autres plus radicales, comme l’injection de poussières sulfurées dans l’atmosphère, sont nettement plus controversées.

Le réchauffement climatique est déjà irréversible, ont alerté les experts du GIEC dans leur dernier rapport. Au rythme actuel, le seuil des 1,5 °C de hausse préconisé par l’accord de Paris sera franchi entre 2030 et 2052, d’après les scientifiques. Pour contrer les effets désastreux de ce réchauffement, les chercheurs se creusent les méninges et ont imaginé toute une série de solutions plus ou moins ambitieuses. À l’échelon local, les techniques sont moins compliquées à mettre en œuvre et moins coûteuses, mais ne sont qu’une adaptation au réchauffement. Lorsque l'on passe à un niveau supérieur, immédiatement, les questions éthiques et les problèmes de gouvernance mondiale sont posés : qui, d'un pays ou d'une entreprise, pourrait décider seul de modifier le climat qui affecterait tous ses voisins ? Quant à refroidir la Terre entière, les incertitudes sont tellement énormes qu’on voit mal qui s’y risquera.

À l'échelon local : végétaliser les villes

Dans les agglomérations, le bitume des rues et le béton des immeubles absorbent l’énergie solaire et créent des îlots de chaleur urbains (ICU). On note ainsi jusqu'à 12 °C de différence entre un centre-ville et sa périphérie, d’après l’Ademe. La solution ? Reverdir la ville. Les arbres procurent de l’ombre et contribuent à rafraîchir l’atmosphère grâce à la respiration des feuilles. Un arbre mature peut ainsi évaporer jusqu'à 450 litres d'eau, l'équivalent de cinq climatiseurs qui tourneraient pendant 20 heures. À Nantes, une modélisation effectuée en 2010 a établi que la présence de deux façades végétalisées permettait d’abaisser la température ressentie de 0 à 3 degrés l’après-midi. La végétalisation permet en outre de réduire la pollution.

Planter des arbres et végétaliser les bâtiments pour réduire les îlots de chaleur urbains. © Chuttersnap, Unsplash

Mais aussi, peindre les routes et les toits en blanc

À Los Angeles en Californie, où les températures dépassent les 40 °C en été, la ville a commencé à repeindre certaines rues avec un enduit blanc grisé. Grâce à leur pouvoir réfléchissant, une différence de 6 à 7 °C a été constatée entre les rues peintes en blanc et les autres, d’après le fabricant. À New York, la municipalité a déjà repeint plus de 460.000 mètres carrés de toitures avec une peinture réfléchissante. À 26 degrés, une toiture sombre peut monter jusqu'à 80 °C contre 45 °C pour une toiture claire, révèle Amandine Crambes, ingénieure urbaniste à l’Ademe. À Paris, plusieurs écoles vont remplacer le bitume par de la pelouse ou des enrobés poreux et évapo-transpirants dans les cours de récréation.

À Los Angeles, les routes repeintes en blanc pour limiter la canicule. © LA Street Services, Twitter

À l'échelon régional : ensemencer les nuages

Les nuages bas permettent de refroidir l’atmosphère en réfléchissant le rayonnement solaire. La technique de l’ensemencement consiste à injecter des aérosols dans ces nuages pour les rendre plus brillants afin d’accentuer leur pouvoir réfléchissant. L’ingénieur américain David Keith suggère ainsi de disperser de l’acide sulfurique par avion qui, combiné à la vapeur d’eau, formerait de minuscules particules, qui se disperseraient avec le vent pour renforcer l’effet l’albedo. D’après ses calculs, il faudrait injecter plus de 250.000 tonnes d’acide sulfurique par an en 2040 pour compenser le réchauffement. Une idée hautement controversée pour les dangers qu’elle présente, notamment pour la couche d’ozone.

Augmenter l’albedo des nuages pour limiter le réchauffement. © Andrew Ruiz, Unsplash

Mais aussi, fertiliser les océans

Le phytoplancton à la surface de l’océan capture le dioxyde de carbone dissous dans l’eau et le transforme en matière organique grâce à la photosynthèse. Lorsqu’il meurt, cette matière organique se dépose au fond de l’océan, piégeant le CO2. C’est ce qu’on appelle la « pompe à carbone biologique ». Dès lors, l’idée semble toute simple pour doper cette pompe : il suffit de nourrir le phytoplancton avec du fer pour augmenter la biomasse et donc la capture du CO2. Selon des modélisations, cette technique pourrait s’avérer efficace notamment dans les zones pauvres en phytoplancton comme l’océan austral. Mais c’est loin d’être une généralité : d’autres expériences ont révélé des résultats bien moindres qu’espéré. Pire : le fer doperait la production de neurotoxines chez certains organismes.

Un vortex de phytoplancton dans le golfe de Finlande. © NASA Earth Observatory

À l'échelon mondial : simuler un volcan géant

En 1991, l’éruption du Pinatubo aux Philippines a entraîné une baisse globale des températures de 0,5 °C à 0,6 °C sur l'hémisphère Nord et de 0,4 °C au niveau mondial, en raison notamment de la baisse de luminosité due aux poussières et aux aérosols relâchés par le volcan. Entre 1998 et 2013, les éruptions survenues sur la planète auraient entraîné une réduction de 0,05 °C à 0,12 °C des températures mondiales, d’après une étude du Lawrence Livermore National Laboratory. Certains envisagent donc de reproduire l’activité volcanique en injectant des particules assombrissantes, comme de la calcite, de l’alumine ou des composés soufrés. Malheureusement, une telle méthode employée sur le long terme aurait sans doute des effets catastrophiques pour les récoltes et pourrait entraîner une pénurie alimentaire mondiale.

L’éruption du volcan Tavurvur en Papouasie Nouvelle-Guinée en août 2014. © Lawrence Livermore National Laboratory

Mais aussi, installer un parasol géant dans l’espace

Déployer un paravent géant dans l’espace pour bloquer la lumière du soleil et limiter le réchauffement : cette idée radicale imaginée par l’ingénieur américain James Early, en 1989, a depuis été reprise sous différentes formes. Elle a même été étudiée de près par la Nasa, l’Union européenne ou la Royal Society. Le concept de James Early consistait à construire, à partir de la Lune, un mur en verre de 2.000 kilomètres pour l’envoyer au point de Lagrange entre la Terre et le soleil. D’autres ont suggéré de fabriquer des nuages à partir de la poussière lunaire ou de construire un anneau artificiel autour de la Terre constitué de 50.000 miroirs. Des idées d'un coût tellement exorbitant qu’il est peu probable qu’elles aboutissent un jour.

Des milliers de miroirs envoyés dans l’espace pour protéger la Terre du rayonnement solaire. © visdia - Fotolia.com
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