Le nouveau sous-marin de l'Ifremer, UlyX, pour explorer les fonds marins. © Divedog, Adobe Stock
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Exploration des fonds océaniques : l'Ifremer dévoile son nouveau sous-marin, UlyX

Question/RéponseClassé sous :océanographie , Ifremer , drone sous-marin autonome
 

Si l'exploration des grands fonds fait rêver, encore faut-il avoir les moyens technologiques et matériels de les atteindre. À la pointe de la technologie dans ce domaine, l'Ifremer a récemment dévoilé son nouveau sous-marin nommé Ulyx, entièrement dédié à l'exploration des abysses et aux sciences océaniques.

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Ulyx est le dernier né de la flotte océanographique française. Le petit nouveau a fait son apparition dans la famille restreinte des engins submersibles de la flotte océanographique française. Ulyx n'a pourtant rien à envier à ses grands frères comme le Nautile ou le Victor 6000. Fruit de plusieurs années de recherche et de développement menées au sein du projet Coral (Constructive Offshore Robotics Alliance), ce nouveau sous-marin de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploration de la mer) représente un véritable bijou de technologie.

Capable de plonger jusqu'à 6.000 mètres de profondeur, Ulyx est un véhicule sous-marin autonome, fraîchement sorti des ateliers de l'Ifremer de la Seyne-sur-Mer, à proximité de Toulon. Lors de plongées pouvant durer 48h, Ulyx peut accomplir seul, sans lien physique avec le navire de surface, de multiples tâches et collecter ainsi une grande quantité d'informations : cartographie du fond océanique, prise d'images haute-résolution, caractérisation et étude des reliefs sous-marins grâce aux sondeurs et sonars acoustiques embarqués, mesures des composants de l'eau de mer et en particulier de la teneur en oxygène et en méthane, mesure du champ magnétique terrestre...

Cheminées d'évacuation de fluide à haute température au sommet d'un monticule hydrothermal aux champs Jan Mayen Vent (650 m de profondeur). Ces structures résultent de l'interaction de l'eau de mer circulant à travers la croûte océanique et de la chaleur interne de la Terre, et soutiennent des écosystèmes uniques qui sont probablement des analogues pour la vie possible dans d'autres parties de notre système solaire. © Thibaut Barreyre, imaggeo.egu.eu
Cette nouvelle capacité de cartographie océanique place la France dans le top 4 des nations capables de collecter autant de données à une si grande profondeur

Ce petit sous-marin jaune, de 2,7 tonnes tout de même et de 4,5 mètres de long, est également capable de prélever des échantillons d'eau pour des mesures chimiques et physiques plus poussées. La force d'Ulyx est son approche multi-échelle et sa capacité à aller de lui-même investiguer plus précisément une zone qu'il jugerait potentiellement intéressante, sans nécessiter une intervention humaine.

Polyvalent, autonome et doté d'une intelligence artificielle, Ulyx est donc très attendu par les chercheurs en sciences océaniques. En permettant notamment de cartographier une surface importante (près de 50 kilomètres carrés) en une seule immersion, l'utilisation d'Ulyx facilitera ainsi le repérage des zones particulièrement intéressantes pour les scientifiques : cheminées hydrothermales, suintements froids de méthane...

Sous-marin AUV UlyX dans le hall du Centre de la Seyne-sur-Mer. © Bodenes Ambre (2020), Ifremer

Une odyssée d’ampleur prévue pour UlyX

Cette nouvelle capacité de cartographie océanique place la France dans le top 4 des nations capables de collecter autant de données à une si grande profondeur. L'enjeu est de taille pour les scientifiques car, auparavant, seuls les pétroliers et les militaires avaient cette capacité. L'arrivée d'Ulyx est donc une petite révolution concernant l'accès et la quantité de données disponibles pour la communauté scientifique.

Ulyx s'inscrit donc dans la grande odyssée de l'exploration des fonds océaniques, dont 75 % restent encore inexplorés à ce jour. Avec les deux tiers situés à plus de 3.500 mètres de profondeur, 90 % des fonds marins deviennent ainsi accessibles aux scientifiques grâce à Ulyx. Le sous-marin va donc faciliter et accélérer la recherche océanographique.

Ce nouvel outil scientifique devrait être utilisé dans de nombreux projets de recherche en biologie marine, en géologie, en océanographie et en écologie des grands fonds. Les enjeux scientifiques de l'exploration de ces zones abyssales sont en effet multiples et d'importance. En permettant d'identifier et de caractériser plus facilement les zones à fortes circulations hydrothermales, les chercheurs espèrent augmenter leurs connaissances et leur compréhension des écosystèmes autonomes basés sur la chimiosynthèse se développant dans cet environnement extrême.

Vidéo de présentation d'Ulyx. © Jérémy BARRAULT, Valentin DUCLOUX, Ifremer

Cette thématique est en lien étroit avec la question de l'apparition de la vie sur Terre. La cartographie précise des plaines abyssales et des dorsales océaniques permettra une meilleure évaluation des ressources minérales des océans, mais également une meilleure compréhension de la composition et de la structure de la croûte océanique. Les zones de subduction seront également certainement au programme du drone sous-marin avec l'objectif de mieux comprendre leur fonctionnement et l'activité sismique qui y est générée. Enfin, l'une des missions principales d'Ulyx sera d'apporter de nouvelles données concernant les questions du réchauffement climatique et de la pollution des océans. Il pourrait aider à évaluer et quantifier les émissions de méthane en profondeur qui sont suspectées d'influencer la dynamique climatique, ou à étudier la sédimentation d'origine anthropique, composée de milliards de microparticules de plastique.

Les compagnons d’UlyX dans l’exploration des abysses

Mais Ulyx ne sera pas seul dans cette grande aventure pour l'étude et la compréhension du milieu océanique. En plus de la flotte hauturière, il agira de concert avec les autres sous-marins de l'Ifremer, déjà en activité :

  • le Nautile, sous-marin habité permettant d'emmener trois personnes jusqu'à 6.000 mètres de profondeur ;
  • le Victor 6000, un ROV profond téléopéré par câble pouvant lui aussi descendre jusqu'à 6.000 mètres pour effectuer des campagnes d'imagerie optique, des mesures physico-chimiques, et pour réaliser des prélèvements ;
  • les sous-marins autonomes Asterx et Idefx, dédiés à l'étude des marges continentales jusqu'à 2.850 mètres de profondeur ;
  • et pour finir le ROV Ariane qui permet des plongées sur des zones très accidentée jusqu'à 2.500 mètres, pour des missions d'intervention, de prélèvement ou de cartographie.

Actuellement en phase de qualification pour des immersions jusqu'à 6.000 mètres, Ulyx entrera au service de la communauté scientifique au cours de l'année 2022.

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