Expert Planète

Dominique Joly

Biologiste

Classé sous :botanique
Je salue ici toute l’équipe de Futura-Sciences pour son initiative et son investissement dans le partage des connaissances qui permet à chacun d’acquérir une meilleure compréhension de la façon dont notre monde fonctionne. Bien que la diffusion des savoirs, notamment auprès du plus grand nombre, fasse partie des missions des scientifiques, longtemps celle-ci a été dénigrée au profit d’activités tournées exclusivement vers le secteur professionnel. Aujourd’hui, les attentes de la société changent considérablement cet état d’esprit et les actions comme celles de Futura-Sciences, ou comme celles du Centre de Vulgarisation de la Connaissance de Paris XI (http://www.cvc.u-psud.fr/), constituent un formidable outil qui favorise et stimulent les échanges entre les différents acteurs de la société. Jeunes et moins jeunes trouveront là de multiples sources d’inspiration pour que la science ne soit pas uniquement un objet d’étude mais soit au cœur de notre quotidien, et même fasse partie intégrante de notre société.
Dominique Joly, Biologiste

Biographie

1 - Formation universitaire classique

Depuis mon plus jeune âge, les animaux me fascinent par leur extraordinaire diversité, leur capacité d'adaptation à tous les types de milieux, leur étrangeté dans un monde où l'Homme tente de tout dominer. Source inépuisable d'imagination et d'évasion, de découvertes et de connaissances, l'étude du monde vivant est captivante, presque enivrante, et j'ai su très tôt dans quel domaine j'orienterais mes futures activités professionnelles.

Le biologiste doit être avant tout curieux : il doit savoir observer, se documenter, échanger, s'armer de patience pour entrer dans l'intimité de ces « bêtes » qui nous entourent et avoir le privilège de découvrir leurs mœurs. Comme beaucoup d'enfants, j'ai constitué très tôt des classeurs remplis de fiches sur les animaux, des plus communs aux plus incroyables....  Avec le temps, mes classements se sont sophistiqués et m'ont plongée régulièrement pendant des heures et des jours dans un univers virtuel, qui n'avait rien à envier au surf moderne sur les lignes ADSL.

Au collège, cette passion a pris un tour plus militant grâce à une professeure de sciences naturelles responsable d'un « club Nature » qui a soudé autour d'elles des équipes de passionnés autour des grandes questions liées à l'environnement, qui à l'époque étaient plutôt d'avant-garde (nucléaire, protection de la nature, éducation à l'environnement, gestion des déchets, etc...). Je lui suis profondément reconnaissante pour l'incroyable travail qu'elle a réalisé avec les jeunes (aujourd'hui moins jeunes) afin qu'ils prennent une part active aux changements de notre société, et dont j'ai de nombreux exemples encore autour de moi aujourd'hui.

Baccalauréat en poche, je me suis donc lancée dans des études universitaires en biologie avec une nette orientation pour l'étude du comportement animal malgré les nombreuses réactions de l'entourage m'alertant sur le manque de débouchés professionnels. J'ai privilégié tout au long de ce cursus, et dans le cadre d'activités extra-scolaires, les stages de terrain, multipliant les « sorties naturalistes ».

En bottes et ciré, avec d'autres passionnés de terrain, j'ai passé des heures et des jours, bouquins à la main, jumelles autour du cou, à la recherche de tout ce qui pouvait bouger, se cacher, chanter, à dénicher empreintes, traces, crottes et pelotes, poils et plumes, os et dents, à réaliser herbiers, alguiers, et écrire toutes sortes de documents sur les vies et mœurs des animaux. Ces multiples expériences ont été, de fait, très enrichissantes sur le plan personnel et ont largement contribué à conforter mon souhait de poursuivre dans un laboratoire de recherche.

C'est ainsi que pendant 3 mois, grâce à l'annuaire des laboratoires de la Société Française d'Etudes du Comportement Animal, j'ai frappé à de nombreuses portes afin de trouver un sujet de thèse qui pouvait satisfaire à la fois mon désir d'étudier l'animal dans son milieu et celui de trouver un environnement scientifique favorable qui puisse déboucher sur un métier. Suite à  l'époque à des problèmes récurrents d'allergies, et après avoir éliminé toutes sortes de propositions sur des organismes à poils ou à plumes, j'ai finalement découvert le monde des drosophiles en poussant les barrières du campus CNRS de Gif-sur-Yvette. Bien que cet insecte soit un organisme modèle pour les études en génétique, il était ici (et est toujours d'ailleurs) étudié dans son cadre naturel afin de déterminer les scénarios évolutifs de l'apparition des espèces. C'est cet aspect lié à l'écologie, la biogéographie et à l'évolution des espèces sur un organisme dit de « laboratoire », qui m'a particulièrement fascinée. Vingt ans plus tard, j'apprécie toujours autant de travailler sur ce minuscule être vivant qui rassemble une très large communauté internationale dans des domaines extrêmement variés. L'ensemble de ces travaux fournit une connaissance sans égal en science des processus biologiques et de leurs conséquences sur le fonctionnement de l'individu.

Ces recherches alimentent de façon continue celles menées sur des espèces d'intérêt, y compris l'Homme.

2 - Formation et diplômes

1979 : Bac D au Lycée Fustel de Coulanges à Massy (91)
1981 : DEUG B, Science de la nature et de la vie à l'Université Paris XI (Orsay)
1983 : Maîtrise de Biologie des Organismes et des Populations à l'Université Paris XI (Orsay)
1984 : Diplôme d'Etudes Approfondies d'Eco-Ethologie-Aménagement à l'Université Rennes I (mention Très Bien)
1989 : Doctorat de l'Université Paris XI  (mention très honorable avec les félicitations du jury) sur "Diversité des spermatozoïdes et compétition spermatique chez les drosophiles" : Directeur de thèse Daniel Lachaise
2001 : Habilitation à Diriger des Recherches de l'Université Paris XI (Orsay) "Conflit sexuel et stratégies spermatiques"

3 - Postes occupés

1990 : Chargée de Recherches au CNRS affectée à l'UPR 9034, Biologie et Génétique Evolutives (Directeur Jean R. David)

1992-1993 : Détachement en Post-doctorat à l'Université McMaster, Département de Biologie Hamilton, Ontario, Canada (Professeur Rama S. Singh

2004 : Collaboratrice du Centre de Vulgarisation de la Connaissance de l'Université Paris XI

2006 : Directrice-adjointe du Laboratoire Evolution, Génomes et Spéciation, CNRS - UPR 9034 Gif-sur-Yvette (Directeur Pierre Capy)

Métier

Les missions d'un(e) chercheur(e) sont multiples et concernent évidemment l'acquisition des savoirs (partie expérimentale), mais également la formation des étudiants (sous forme d'enseignement et/ou de stage au laboratoire), la diffusion des connaissances auprès de tous types de publics (professionnel et non-averti) ainsi que la gestion et l'administration de la recherche (activités qui deviennent de plus en plus chronophages entre la complexification des procédures et les multiples restructurations de notre système public de recherche). L'équilibre entre ces différentes missions varie au cours de la carrière et selon les compétences personnelles, mais il est clair que la partie expérimentale est finalement celle qui trop vite prend une part de moins en moins importante dans une journée type !

Pour ce qui est de l'organisation quotidienne, en restant au plus près du laboratoire et de la « paillasse », voici à quoi pourrait ressembler une journée-type. Travaillant surtout sur le vivant et dans le domaine de la reproduction, je privilégie les périodes matinales pour lancer les expériences qui ont été programmées dans les jours ou les semaines précédentes. En effet, les drosophiles ayant des pics d'activité locomotrice et sexuelle à la transition entre jour et nuit, leur comportement reproducteur est surtout étudié à ces moments-là ! Dès l'arrivée au labo, j'organise une petite réunion avec les collaborateurs pour faire le point des expériences prévues et de leur programmation au cours de la journée.

Exemple d’expérience comportementale. Chaque tube contient un mâle et une femelle dont on étudie différents paramètres liés à la reproduction.

Je m'assure que chacun puisse travailler dans de bonnes conditions et, une fois les expériences lancées, je me consacre à l'examen de ma messagerie. Je réponds aux mails dans la foulée (ce qui est fait n'est plus à faire), je note les différentes réunions programmées, ainsi que les annonces de colloques et autres manifestations, et je mets de côté les alertes bibliographiques reçues automatiquement selon les programmations individuelles. Il est en effet extrêmement important de rester au plus près des dernières parutions scientifiques, et surtout de sélectionner les articles d'intérêt, la biologie étant une discipline particulièrement diversifiée avec des domaines très spécialisés, utilisant un jargon technique qu'il faut bien maîtriser. Puis je rends visite au secrétariat (notre laboratoire étant situé sur 3 bâtiments et sur deux niveaux à chaque fois) pour faire le point avec les secrétaires des différents dossiers, signer (en ma qualité de directrice-adjointe) les papiers les plus urgents et veiller à ce que le laboratoire fonctionne correctement.

Souvent je vais saluer les responsables de notre service milieu qui doivent produire environ 2000 tubes et 1000 bouteilles de milieu pour drosophiles par semaine. Il ne s'agit pas que des machines tombent en panne ! et en tout cas, il faut gérer rapidement le moindre problème pour garantir un fonctionnement optimum de ce service qui est crucial pour les activités du laboratoire.

A midi, je profite de ce moment de relative tranquillité, soit pour traiter des questions liées à mes propres activités tout en avalant rapidement une soupe ou un en-cas de circonstance, soit pour faire le point avec le directeur et échanger les dernières informations. Si l'emploi du temps me le permet (pas de réunion particulière), je consacre l'après-midi à écrire. En effet, la reconnaissance de notre travail, et donc notre évaluation, passe par la rédaction d'articles scientifiques (qui constituent la phase d'aboutissement de la partie expérimentale), mais en amont, il est nécessaire d'élaborer les projets en réponse aux différents appels d'offres nationaux et internationaux, relire les rapports des étudiants, analyser de façon critique les articles des collègues français ou étrangers selon les sollicitations des revues scientifiques et réaliser les multiples rapports liés à notre propre activité pour l'évaluation des personnes et des structures.

En fin de journée, nous faisons à nouveau le point avec les collaborateurs des résultats obtenus au cours de la journée et rediscutons du programme futur.

Finalement, après avoir  réglé de multiples petites questions de la vie quotidienne avec les collègues, je profite à nouveau d'un calme plus tardif pour éplucher les sommaires des revues de mon domaine afin de compléter ma bibliographie, récupérer les articles intéressants, et évidemment les lire en fonction des travaux en cours.

La biologie de l'évolution doit beaucoup au modèle biologique que représentent les neuf espèces apparentées (ici les mâles) du sous-groupe "Drosophila melanogaster".   © CNRS Photothèque / LACHAISE Daniel, SILVAIN Jean-François  laboratoire: UPR9034 - POPULATIONS, GENETIQUE ET EVOLUTION - GIF-SUR-YVETTE

Au delà de ce schéma assez classique de la vie dans le laboratoire, le chercheur est finalement rarement déconnecté de ses activités et réflexions, et travaille souvent à domicile le soir et le week-end. C'est à la fois une chance (car réfléchir demande du temps et une certaine maturation de la pensée et souvent une bonne idée arrive à des moments impromptus) et une contrainte, car il est nécessaire de respecter un équilibre acceptable entre vie professionnelle et vie familiale.

La forêt submontagnarde du Mont Elgon (volcan) sur le versant Kenyan © CNRS Photothèque / LACHAISE Daniel  laboratoire: UPR9034 - POPULATIONS, GENETIQUE ET EVOLUTION - GIF-SUR-YVETTE

Un autre aspect de la vie du chercheur, qui n'en est pas moins agréable, concerne la participation aux colloques et conférences nationales et internationales. Ces évènements réguliers donnent l'occasion, outre de rencontrer les collègues français et étrangers (ce qui parfois débouche sur des collaborations) et de partager les résultats les plus récents, ils permettent aussi de visiter de nombreux pays et de découvrir de multiples cultures. De plus, travaillant dans un laboratoire où les recherches sont dédiées à l'étude des populations et des espèces dans leur milieu naturel, de nombreuses missions de terrain sont organisées notamment en Afrique tropicale et dans l'Océan Indien, lieu d'origine des espèces du sous-groupe melanogaster.