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Annexe : Les interventions agressives et pacifiques chez le macaque de Tonkean

Dossier - Primates : Agression, conciliation, résolution des conflits
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Chez les primates, l'agression et son contrôle reflètent le type de relations sociales que les individus du groupe entretiennent. Il est intéressant d'étudier ces comportements chez divers groupes car ils sont révélateurs du style de dominance de l'espèce.

  
DossiersPrimates : Agression, conciliation, résolution des conflits
 

Sur 934 interactions agonistiques observées, il y eut 774 conflits sans intervention, 74 avec intervention agressive, 68 avec intervention non agressive et 18 conflits où les deux types d'intervention furent observés conjointement 

© romanticfatman, Pixabay, D

Six comportements différents peuvent être utilisés dans les interventions non agressives : soit un simple signal de communication comme la mimique avec claquement de lèvres, la mimique avec découvrement des dents, la présentation anogénitale , ou un comportement qui peut être accompagné d'autres signaux de communication comme la monte, l'étreinte et le jeu social. La mimique avec claquement de lèvres, la monte et le jeu social sont les comportements d'intervention non agressive les plus fréquents : la mimique avec claquement de lèvres est plus souvent le fait des femelles tandis que les mâles utilisent plus souvent la monte. Dans un cas, l'intervenant a étreint l'individu cible tout en le mordillant.

Groupe de macaques de Tonkean au repos. © Georges Prats - Reproduction et utilisation interdites

2 - Intervention et nature du conflit

Les contacts physiques sont plus fréquents dans les conflits où survient une intervention. Plus un conflit est intense, plus la probabilité qu'un individu tiers intervienne (de manière agressive ou non) augmente.

3 - Efficacité de l'intervention

Après une intervention, l'agresseur peut continuer ou bien cesser son agression. Afin de tester l'efficacité des interventions, le critère retenu est que l'agresseur doit arrêter d'agresser le bénéficiaire dans les cinq secondes qui suivent l'intervention. La comparaison de l'efficacité des interventions agressives et non agressives vers l'agresseur conduit à un effet statistiquement significatif : les agresseurs cessent leurs menaces ou leurs attaques dans 28% des interventions agressives et dans 69% des interventions non agressives. Un autre critère est de considérer que les interventions (vers l'agresseur ou l'agressé) arrêtent tout comportement agressif chez les trois participants, cible, bénéficiaire et intervenant, toujours dans les cinq secondes; les résultats obtenus sont semblables : 20% des interventions agressives et 60% des interventions non agressives stoppent les conflits.

Mâle et femelle adultes macaques de Tonkean . © Georges Prats - Reproduction et utilisation interdites

4 - Conclusion

Les interventions non agressives emploient des signaux d'apaisement et font cesser l'agression deux fois plus souvent que les interventions agressives ; elles peuvent être considérées comme véritablement pacifiques.

Nos résultats concernant les interventions agressives et pacifiques montrent qu'il s'agit de deux tactiques différentes. Tandis que les individus interviennent pour moitié en faveur de l'opposant qui lui est plus apparenté, l'effet est plus marqué pour les interventions agressives. Les interventions peuvent parfois stopper ou diminuer l'agression, mais elles représentent un comportement compétitif : le risque d'être blessé ou dominé reste toujours possible.

Au contraire, les intervenants qui interviennent de manière pacifique arrêtent généralement l'agression, particulièrement quand le conflit devient intense : l'intervenant prend peu de risques et ne participe pas à la compétition. Il est intéressant de noter que cette tactique non agressive est plutôt utilisée par des individus de haut rang qui, plutôt que d'entrer en compétition pour la dominance, utilisent leur statut social pour faire cesser l'agression. Une caractéristique révélatrice des interventions non agressives est la fréquence élevée de toilettage social entre l'intervenant et le sujet cible après l'intervention ; bien que ceci puisse représenter la continuation de l'interaction affiliative initiale, il reste que cela contribue à maintenir les relations entre partenaires. La raison d'être des interventions pacifiques pourrait être de protéger le bénéficiaire sans mettre en danger la relation de l'intervenant avec le sujet cible, tout d'abord en évitant l'affrontement avec cet individu, puis secondairement par les échanges de toilettage que l'intervenant peut engager avec ce même individu.

Si l'on considère le besoin de préserver la relation sociale, ceci rend compte de certaines interactions rares comme le cas d'une femelle qui arrêta un conflit entre deux de ses jeunes en étreignant et mordillant l'agresseur tout à la fois.

En somme, il semble que les intervenants connaissent les conséquences de leur comportement et qu'ils aient réellement pour but de stopper l'agression. Sur plusieurs années, nous avons observé plusieurs cas où l'intervenant agrippait l'agresseur et le retenait par une jambe ou une autre partie du corps.