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Les conditions de retour du loup

Dossier - Les loups : apprenons à mieux les connaître
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Alors que nos voisins européens vivent et apprécient le voisinage des loups, en France ils semblent poser problèmes. Apprenons à mieux les découvrir pour reconnaitre leur utilité, leur beauté, leur intelligence

  
DossiersLes loups : apprenons à mieux les connaître
 
Mâle alpha d'une meute de loups ibériques (Canis lupus signatus). © Arturo de Frias Marques, Wikimedia commons, CC by-sa 4.0

A - Situation actuelle du loup 

Dans le Mercantour, 4 zones de présence permanente sont toujours identifiées, 12 individus y sont présents. Sur le versant italien, le loup est toujours présent sur le Valle Pesio, et une nouvelle zone de présence permanente a été mise en évidence dans la province d'Impéria. Il est d'ailleurs possible que ces loups soient les responsables des dommages enregistrées sur le secteur français de la vallée de la Bendola. Le loup est toujours présent aussi dans divers vallons de la Valle Stura. Dans les Monges, les deux seuls relevés de traces réalisés au cours de l'hiver font état de la présence d'un seul individu. Dans le Queyras, les traces observées correspondent à une meute de 7 ou 8 individus. Un groupe de 2 animaux fréquente le Béal Traversier. Dans la Clarée, le loup est présent, sans que l'on n'en connaisse le nombre ni l'origine. Dans le Vercors, tous les relevés effectués cet hiver indiquent que 2 individus sont présents. Dans le massif de Belledonne, l'ONCFS confirme la présence d'au moins deux individus. Au total, les participants au "réseau loup" ont donc pu distinguer 10 zones de présence permanente dont une nouvelle (minimum 27 loups), et 3 zones de présence temporaire attestées par analyses génétiques : l'Ubaye, Canjuers et Cheiron (le loup de Vence). Enfin, 6 zones de présence permanente, dont une nouvelle, dont certaines en bordure du Queyras et du Mercantour, côté italien. Soit un minimum de 27 loups recensés sur 10 zones de présence permanente et 3 zones de présence temporaire.

+Implantation imminente de l'espèce dans les Pyrénées.

© WWF.Fr

B - Retour naturel ou réintroduction ?

Une étude unique au monde menée pendant 10 ans par des chercheurs grenoblois corrobore le scénario d'une expansion naturelle de ces prédateurs dans les Alpes à partir de l'Italie. Avec l'actualité le loup sort à nouveau du bois bien malgré lui. Cela fait juste 10 ans qu'un couple de loups a été observé dans le parc national du Mercantour alors que notre espèce avait disparu de notre sol depuis le début du 20ème siècle. Depuis le grand canidé a poursuivi son retour sur notre territoire en faisant aussi des incursions dans les Vosges, le Massif Central et les Pyrénées. C'est en tout cas ce qu'il ressort des travaux du laboratoire d'écologie alpine de Grenoble (Université Joseph-Fourier/CNRS - responsable du labo: Pierre Taberlet), auteur d'une étude unique en son genre, menée en collaboration avec des spécialistes suisses , portant sur 10 ans d'analyses génétiques à partir des excréments, poils, tissus organiques recueillis sur le terrain ; 300 échantillons ont été ainsi examinés et une méthode scientifique a été mise au point pour obtenir l'ADN des animaux sans avoir à les sacrifier ou à les approcher.

L'étude confirme que l'animal se déplace vite sur d'énormes distances: on les retrouve parfois à 400 km de leur point de départ, cela correspond à la biologie de ce carnivore capable de faire 30 km sans s'arrêter. Ce phénomène est plutôt la règle que l'exception, tout cela est donc compatible avec une recolonisation naturelle.

La capacité du loup à se déplacer sur de longues distances pour fonder de nouvelles meutes, y compris en traversant des territoires fréquentés par l'homme, est bien connue des spécialistes: la distance minimale entre le lieu d'installation d'un nouveau couple et les meutes les plus proches varie dans l'étude de 73 à 119 km. La distance minimale de dispersion chez les mâles varie de 212 à 323 km, et de 67 à 123 km chez les femelles.

ADN au secours de la thèse du retour naturel

Aujourd'hui, les naturalistes ont franchi une nouvelle étape. Grâce à un travail encore plus pointu à l'échelle de l'ADN nucléaire, ils ont consacré ces derniers mois à faire "parler" à nouveau ces fameux indices de présence du loup, qui permettent à ce niveau d'identifier chaque individu et son sexe. C'est une véritable empreinte génétique qui renseigne sur les déplacements de chaque animal dans le temps et dans l'espace, selon les chercheurs. Ainsi, tel mâle qui a témoigné de sa présence en 1997 dans le Mercantour a laissé sa trace 2 ans plus tard dans les montagnes savoyardes, puis on le retrouve encore ailleurs. On ne saurait pas définir les résultats de cette nouvelle étude. Ils sont entre les mains de l'Etat au moment où une commission d'enquête parlementaire vient de se constituer laissant entendre qu'au contraire le retour du loup en France ne s'est pas fait tout seul.Les chercheurs grenoblois sont en contact avec leurs homologues italiens. La collaboration entre les deux pays va permettre de doubler le nombre des marqueurs moléculaires utilisés et donc d'accroître encore plus la précision de l'information: "On va pouvoir établir des liens de parenté de part et d'autre de la frontière mais aussi des fratries", espèrent-ils. On sait déjà que des meutes pratiquent la transhumance transalpine en franchissant la chaîne frontière au gré de leur instinct et de leur quête de nourriture. Même s'il est impossible d'établir que les premiers loups du Mercantour ont fait le voyage à 4 pattes ou dans le coffre d'une voiture venant d'Italie , plus la recherche scientifique progresse et plus l'accumulation d'éléments renforce la thèse d'un retour naturel général constaté en même temps que dans les Alpes , en Allemagne, en Croatie, en Scandinavie, Pologne mais aussi pour beaucoup d'autres espèces.

© WWF- Hans Westerling

C - Une espèce protégée par le droit international et par le droit communautaire

La présence des grands prédateurs (loup, ours, lynx) protégés par la convention de Berne et par la directive Habitats dans les zones à vocation pastorale a entraîné des dysfonctionnements dans les modalités de gestion des élevages. L'environnement professionnel des éleveurs a été considérablement modifié et a entraîné de nouvelles contraintes d'exploitation et une modification des conditions de travail.

Cependant, l'éradication totale et définitive de ces espèces comme l'ont demandée certains n'est pas envisageable, compte-tenu notamment des mesures de protection de ces prédateurs résultant de textes internationaux et communautaires ratifiés par la France et du souci de maintien de la biodiversité de la faune sauvage et de la conservation du milieu naturel.
Classé « vulnérable » sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), le loup est particulièrement protégé en France comme dans les autres pays de l'Union Européenne, qui ont signé la Convention de Berne (1979, ratifiée par la France en 1990) ; il a le statut d'espèce « strictement protégée », « classée prioritaire d'intérêt communautaire » en annexes II et IV de la Directive Habitats (1992).

La Convention de Berne, « relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe » prévoit toutefois des dérogations à sa protection en cas d'atteinte aux cultures ou au bétail (article 9, chapitre III sur la conservation des espèces: il est possible de déroger au dispositif de protection des espèces, à condition que cela ne nuise pas à la survie de la population concernée, notamment pour prévenir des dommages importants aux cultures, au bétail, aux forêts, aux pêcheries, aux eaux et aux autres formes de propriété)

Mais ces dispositions ne doivent pas faire de l'exception la règle en la matière.

D - Le coût des grands prédateurs

- Le coût des grands prédateurs en général (et du loup en particulier) représente une goutte d'eau dans l'océan des subventions agricoles (11 milliards d'euros par an en France, soit 188 euros par citoyen français contre 6 centimes d'euros par habitant pour l'indemnisation des dégâts dus aux grands prédateurs). Ces 188 euros doivent être comparés au coût pour la collectivité des subventions à la filière ovine, bien sûr beaucoup plus faible.

- Le coût du loup pour ce qui est des mesures de prévention, est un soutien à la filière ovine qui vient en retard: rien n'avait été fait pour soutenir cette filière extensive avant l'arrivée du loup. D'où la question : qu'ont fait les hommes politiques pour soutenir la filière et pour parler de ses problèmes avant l'arrivée du loup ?

- On constate, là où des mesures efficaces sont prises une remise à niveau de la productivité de la filière : au lieu de divaguer, s'ils n'étaient plus gardés , les troupeaux, grâce aux mesures pour le loup, sont menés par le gardiennage là où il y a de l'herbe, ce qui rationnalise et optimise leur activité alimentaire, permet leur surveillance sanitaire et le suivi de leur état d'embonpoint.

- Les mesures atteignent leur optimum d'efficacité en moyenne 5 ans après le début de leur mise en œuvre, jusqu'à réduire pratiquement à 0 la prédation (y compris celle des chiens divagants).