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Les produits chimiques

Dossier - Qui est le le campagnol amphibie ?
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Actif de jour comme de nuit, en été comme en hiver, il est végétarien et souffre beaucoup de la disparition de ses milieux de vie et des traitements chimiques utilisés contre ses cousins les campagnols terrestres.

  
DossiersQui est le le campagnol amphibie ?
 

Créé le 1er septembre 2006 - publié par le ministère de l’environnement (texte raccourci). Dans le cadre de l’harmonisation communautaire de la réglementation relative aux produits biocides, plusieurs centaines de produits biocides seront retirés du marché à compter du 1er septembre 2006 .

On regroupe sous l’appellation de biocides un ensemble de produits, à l’usage du grand public, destinés à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles, par une action chimique ou biologique. Il s’agit notamment des désinfectants, des rodenticides, des insecticides, des produits répulsifs ou encore des produits de traitement du bois.

(....) Les évaluations préalables à ces décisions sont réalisées par différents instituts (INERIS, INRS, AFSSA, AFSSAPS...) coordonnés par l'AFSSET. Ces évaluations portent sur les risques sur la santé et l'environnement comme sur l'efficacité du produit. (...) 20 dossiers de substances actives biocides sont actuellement en cours d'examen en France. Il s'agit de substances destinées à des produits rodenticides, de traitement du bois, des insecticides et répulsifs, et des désinfectants. (...)

Par ailleurs le gouvernement prévoit, dans le cadre du projet de loi sur l'eau actuellement en discussion au Sénat, de rendre obligatoire une déclaration des produits biocides actuellement présents sur le marché auprès du ministère de l'écologie et du développement durable, avant le 31 décembre 2007. Cette déclaration donnera lieu à l'octroi d'un numéro, qui pourra servir à identifier l'ensemble de ces produits, et à faciliter le travail des services de contrôle.

Note personnelle : ceci ne signifie pas que les quantités de produits stockées par les particuliers devront être détruites, ni que ces derniers arrêteront de s'en servir.

B - La bromadiolone :

Dans certaines régions, comme le Jura, les campagnols causent lors de leurs pullulations cycliques d'immenses dégâts aux cultures et menacent réellement les revenus des agriculteurs. Afin de lutter contre ces rongeurs, les autorités proposent l'utilisation d'appâts à la bromadiolone.

Au moment où l'opinion réclame des méthodes de production plus respectueuses de l'environnement, certains agriculteurs refusent d'admettre qu'ils font fausse route et vont ainsi à l'encontre de l'intérêt public. Ils accusent au contraire les écolos de propager de fausses informations et de salir leur profession. Le drame se situe là : ces gens agissent comme des industriels qui doivent rentabiliser leur outil de production. Mais la nature n'est pas qu'un matériau corvéable à merci. Les exemples de pollutions par le trio infernal pesticides-insecticides-engrais, contamination de la faune et de la flore par ces produits, drainage, irrigation intensive, etc. ne manquent pas. Certes, ces procédés ont permis un certain nombre de progrès qu'il ne faut pas nier. C'est leur utilisation excessive qui est en cause.

Note personnelle : si, pour la bromadiolone le discours est presque obsolète, il reste valable pour quantité d'autres produits !

Pour illustrer ce propos, nous allons donc reprendre le cas de la bromadiolone qui a tant fait parler d'elle...


Formule chimique

CLASSEMENT TOXICOLOGIQUE de l’INRA

T+ R26/27/28 R52/53 (Décision de la Commission des Toxiques le 10/11/04)
Très toxique (T+)

R26/27/28 très toxique par inhalation, contact avec la peau et par ingestion

R52/53 nocif pour les organismes aquatiques, peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique...

Deux autres produits sont aussi utilisés : la chlorophacinone qui n'est pas soluble dans l'eau mais dont la persistance dans le sol est 2 fois plus grande que la bromadiolone et qui, comme celle-ci, possède une toxicité aigue et un fort pouvoir cancérigène. Le troisième produit est le scilliroside mais il est peu utilisé et son action, immédiate, se fait directement sur le système nerveux centralLa bromadiolone est un anti-coagulant utilisé principalement dans la lutte contre le campagnol. Son utilisation à grande échelle, de façon non sélective, entraîne de véritables catastrophes écologiques.


Pullulation, document du Ministère de l'agriculture.

La pullulation du campagnol est un phénomène naturel qui se produit selon des cycles de cinq ou six ans. Ces alternances d'abondance et de rareté fournissent de la nourriture à de nombreuses espèces sans endommager la végétation. Quand ils deviennent trop nombreux, les campagnols attirent quantité de prédateurs qui les chassent et en réduisent le nombre. Ainsi, le milieu vivant se trouve naturellement auto-régulé et parfaitement équilibré à l'échelle de quelques années. Mais, de nouvelles pratiques agricoles ont affecté ces cycles : compactage des terrains par les engins, monoculture, élevage laitier intensif, destruction des haies etc. ont façonné un milieu ouvert, favorable au campagnol et défavorable à ses prédateurs, de sorte que les cycles de prolifération n'ont cessé de se rapprocher, jusqu'à devenir problématiques pour les exploitants dans les années 80.

On décide alors de répondre à cette situation par des moyens chimiques. La bromadiolone était utilisée depuis longtemps contre les rats dans les grandes villes. On choisit de l'employer aussi à la campagne, en négligeant l'impact négatif, pourtant connu de ce produit.


Granulés de bromadiolone

La bromadiolone agit sur la coagulation du sang, c'est un inhibiteur de la vitamine K responsable de certaines étapes de la coagulation des animaux à sang chaud, y compris l'homme. Son ingestion entraîne une mort lente dans un délai de 24 à 36 heures. Ainsi, le rongeur n'en meurt que deux jours plus tard, jours pendant lesquels, très affaibli, il est très vulnérable à ses prédateurs naturels qui finissent par s'empoisonner à leur tour : rapaces diurnes et nocturnes, renards et martres, et parfois même sanglier, lièvre et chevreuil comme l'attestent les études de l'ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage). Pourtant des solutions écologiques existent.

En 1998/99, en Franche Comté, à la suite d'une seule campagne sur 44 000 hectares, on a dénombré 846 victimes  indirectes (427 buses, 232 renards, 11 blaireaux, 53 milans royaux...). Dans le Doubs, on estime à 70 % la diminution des effectifs du milan royal, espèce protégée et menacée.

De plus aucune étude n'a été menée sur les risques sanitaires pour l'homme : lait, fromage, eau des nappes phréatiques.


Animaux victimes indirectes de la bromadiolone Image de la Commission de Protection des Eaux, du Patrimoine, de l'Environnement, du Sous-sol et des Chiroptères. Association agréée de protection de la nature et du patrimoine.

Les services de l'Etat, les Préfets, qui décident des campagnes de lutte chimique, ont encouragé le recours à la bromadiolone. Depuis 1998, le produit est autorisé sur appâts secs, comme le blé, et simplement répandus sur le sol, ce qui multiplie le nombre et la diversité des victimes. Mais l'épandage est plus facile et moins coûteux.

Néanmoins, cet anticoagulant qui est utilisé à grande échelle depuis plus de dix ans, dans le quart nord-est et le centre de la France, n'est jamais arrivé à résoudre le problème. Les dégâts ont à peine diminué et on a augmenté les doses et les surfaces.

Un cycle infernal est enclenché. Ni l'administration, ni le milieu scientifique ou agricole n'envisagent pour l'instant d'alternative à la bromadiolone.

Des mesures existent pourtant :

-- rotation des cultures,
-- retour aux herbages,
-- restauration des haies qui fractionnent l'espace et procurent des abris aux prédateurs.

Il est plus économique et propre de laisser un renard dévorer ses 2 000 campagnols par an que de répandre un poison dévastateur. Que peut faire chacun devant une telle situation ? Tout d'abord, le faire savoir, en parler autour de soi, ce serait un début. Pas besoin d'être polémique, c'est en général aussi néfaste que le produit lui-même !


Rodenticides autorisés en France

L'article suivant qui, à ma connaissance est toujours d'actualité puisque l'application des directives européennes n'est pas encore effective en France, rend compte de manière journalistique du problème concernant ce produit.

La bromadiolone, le ronticide qui sème la zizanie : article paru dans L'Humanité du 12 septembre 2001, Alain Cwiklinski

À la suite de plusieurs plaintes d'associations de protection de la nature, la Commission européenne vient de mettre en demeure la France pour non-respect de la directive 79/409/CEE concernant la conservation des oiseaux sauvages. Et pour une fois, chasseurs et écologistes sont d'accord. La raison de cette alliance : la bromadiolone, un anticoagulant utilisé en agriculture pour éliminer les campagnols qui sévissent essentiellement dans les prairies d'Auvergne et de Franche-Comté. Une des principales caractéristiques de cet animal est son gros appétit des racines et sa fâcheuse tendance à se reproduire en nombre.

Ayant bénéficié pendant quelques années d'une paix toute relative, consécutive à l'élimination de son principal prédateur le renard, les populations de campagnols se sont multipliées de façon importante entraînant de sévères dégâts dans les prairies. Le bilan 1998 dans le département du Doubs montre l'étendue des dommages : 60 000 hectares dévastés représentant un préjudice estimé à 132 millions de francs pour les agriculteurs. Cette même année, face à cette pullulation de campagnols, le préfet de région demande l'autorisation au ministère de l'Environnement d'utiliser des appâts dits " secs ", moins chers et plus efficaces. L'autorisation obtenue, les grains de blé contenant de la bromadiolone sont largement répandus. Certes, les campagnols passent un mauvais quart d'heure, mais la faune environnante également.

Les dommages collatéraux sont énormes : sangliers, renards et rapaces deviennent les victimes de ce ronticide puissant. En 1998 près de 550 mammifères et oiseaux autopsiés dans la région ont été déclarés positifs à la bromadiolone. " Et l'on ne retrouve que 10 à 20 % des dépouilles ", estime Jacques Michel, vice-président de Doubs-Nature-Environnement. Les chasseurs sont les premiers à tirer la sonnette d'alarme. Ils ne supportent plus de ramasser au milieu des bois cadavres de chevreuils et sangliers. Chaque dimanche, dans la presse locale, ils affichent le tableau de chasse de la bromadiolone, bien qu'ils continuent à privilégier la concertation avec les agriculteurs et l'administration.

Moins patients, les environnementalistes utilisent toutes les procédures juridiques pour arrêter ce qu'ils appellent le massacre à la bromadiolone. Un arrêté préfectoral de 1999 rend d'ailleurs la mise en place du plan d'élimination du campagnol un peu plus contraignant. Il ne change rien au problème. Chasseurs et écologistes ont ainsi continué à ramasser et comptabiliser les cadavres d'animaux lors des campagnes de dératisation de 1999 et 2000. Le conseil régional de Franche-Comté, qui depuis 1992 a soutenu un contrat d'objectif visant notamment à vérifier la relation entre la pratique culturale (ouverture des espaces) et la prolifération des campagnols, est rejoint par l'État pour mettre en place un vaste programme de recherche destiné à trouver rapidement des moyens de lutte moins destructeurs pour la faune sauvage.

Les premiers espoirs se portent sur l'expérience de la Suisse, toute proche, qui a jugulé depuis 1982 l'invasion des campagnols. Plus sélectifs et plus raisonnés, les traitements chimiques utilisés par les Suisses sont difficilement exportables estiment les experts.

Dans l'attente d'une véritable solution, chacun y va de sa méthode. Arsène Letoublon, agriculteur à Mouthe, initie ses collègues au piégeage. Une technique rudimentaire et efficace mais coûteuse en temps de travail. Face à de réelles difficultés, les ministères de l'Environnement et de l'Agriculture cherchent ensemble le compromis impossible. La mise en demeure de l'Europe rend la problématique encore plus délicate au moment où, conjointement, les deux ministères s'apprêtaient à promulguer un nouvel arrêté encore plus contraignant dans l'utilisation de la bromadiolone. La copie risque d'être difficile à revoir et pourtant il y a urgence. Pour être efficace, les traitements contre les campagnols doivent commencer en octobre et chez les chasseurs comme chez les défenseurs de l'environnement la coupe a déjà débordé.