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L'océan Austral, cet inconnu

Dossier - Les éléphants de mer devenus océanographes
DossierClassé sous :zoologie , éléphant de mer , Réchauffement climatique

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Afin de percer les secrets de la vie marine des éléphants de mer, un projet de recherche international associant des chercheurs britanniques, australiens et français a été lancé en 2008.

  
DossiersLes éléphants de mer devenus océanographes
 

L'océan Austral est probablement l'océan le moins accessible et le moins connu de la planète, en raison de son isolement géographique et des conditions climatiques qui y règnent. Or cet océan joue un rôle fondamental dans les échanges thermiques entre l'océan et l'atmosphère et par conséquent dans la régulation du climat de notre planète.

Iceberg en Antarctique. © Robynm, Pixbay, DP
Trajectoires des éléphants de mer équipés de balises Argos CTD et partis de Géorgie du Sud (Royaume-Uni- rouge), Kerguelen (France-bleu), l’île Macquarie (Australie-rose) et les îles Shetland du Sud (États-Unis-orange) dans le cadre du programme SEAOS initialisé en 2004. © DR
 

Trajectoires des éléphants de mer équipés de balises Argos CTD et partis de Géorgie du Sud (Royaume-Uni- rouge), Kerguelen (France-bleu), l’île Macquarie (Australie-rose) et les îles Shetland du Sud (États-Unis-orange) dans le cadre du programme SEAOS initialisé en 2004. © DR

L'influence des variations dans les conditions océanographiques

C'est dans cet océan que s'effectue l'essentiel des échanges d'eau et de chaleur avec les océans voisins et l'atmosphère. On sait maintenant que les variations de la quantité de chaleur stockée dans les eaux de l'océan Austral influencent la distribution et l'abondance du krill, et par conséquent de ses prédateurs : manchots, phoques ou baleines.

Les migrations de l'éléphant de mer sont sensibles aux conditions océanographiques. L'éléphant de mer est un prédateur supérieur consommant des quantités considérables de proies (poissons myctophidés et calmars) qu'il pêche à de grandes profondeurs et qui n'hésite pas, pour rechercher ses proies, à entreprendre d'importantes migrations. Alors que quelques populations sont stables voire en légère augmentation, d'autres sont en déclin continu depuis les années 1950. Les raisons de ces variations ne sont pas claires, mais des changements régionaux d'abondance et de distribution des proies en relation avec des variations des conditions océanographiques pourraient être en cause.

Quantifier l'influence des variations dans les conditions océanographiques à court, moyen, et long termes sur la distribution et le succès de pêche de ce prédateur marin est l'un des objectifs de ces travaux. Pour cela, trois principaux sites de reproduction sont étudiés : l'un en Géorgie du Sud où la population a toujours été stable, un autre à Kerguelen-Heard où elle s'est stabilisée après une période de fort déclin et un troisième site à l'île Macquarie où elle diminue toujours. Les diminutions drastiques observées à Kerguelen et à Macquarie semblent pouvoir être mises en relation avec la diminution observée de la glace de mer. Le suivi des déplacements conduit sur les animaux des îles Kerguelen et Macquarie confirme la très forte affinité des éléphants de mer de ces deux populations avec la glace de mer en hiver, et plusieurs individus sont au cœur de Pack-ice à parfois plus de 200 kilomètres de sa bordure.

Données de localisation Argos (en bleu et en rouge pour pour les animaux de Kerguelen de Macquarie, respectivement). En bleu ciel, la banquise. © DR

Des informations océanographiques sur la zone Pack-ice

Les données de localisation Argos indiquent qu'au mois de juin 2004 les éléphants de mer se trouvaient entre 100 et 200 kilomètres à l'intérieur de la banquise. Ainsi ces animaux nous permettent d'obtenir des informations océanographiques pour la zone du Pack-ice qui est inaccessible aux flotteurs Argo (qui peuvent rester bloqués sous la glace). Ces résultats soulignent la complémentarité des différentes approches proposées pour étudier l'océan mondial. 

Les variations du succès de pêche peuvent être mises en évidence par les fluctuations de flottabilité de l'animal qui influencent la vitesse de plongée : lorsqu'ils s'engraissent, ils ont tendance à flotter, ce qui rend la plongée plus difficile et donc plus lente, et lorsqu'ils maigrissent ils tendent à couler, ce qui leur facilite la pêche!