En 1248, lorsque le roi Saint Louis était en croisade en Palestine, on li apporta l'on une pierre qui se levoit par escales, la plus merveillouse dou monde; car quant l'on levoit une escale, l'on trouvoit entre les dous pierres la forme d'un poissonpoisson de mer (Sire de Joinville, Histoire du Roi Saint-Louis, 1547). Le roi était loin de se douter que ces poissons étaient morts il y a près d'une centaine de millions d'années ! Qui plus est, morts d'empoisonnement ! On considère actuellement que les gisements fossilifèresgisements fossilifères du Liban se sont formés dans des milieux marins partiellement isolés du reste de l'océan et en manque d'oxygèneoxygène. Les poissons auraient subi un empoisonnement suite à la multiplication de planctonplancton toxique, des dinoflagellés. Le fond de la mer, appauvri en oxygène suite à la dégradation d'alguesalgues mortes, devenait impropre à la vie et les poissons morts intoxiqués s'y déposaient délicatement, préservés de toute destruction.

Une des premières figurations des poissons fossiles en provenance du Liban par J. J. Scheuchzer, <em>Piscium querelae et vindiciae</em> (1708).

Une des premières figurations des poissons fossiles en provenance du Liban par J. J. Scheuchzer, Piscium querelae et vindiciae (1708).

Quelques siècles après la visite de Saint Louis, on commença l'étude de ces poissons fossilesfossiles de manière scientifique. Un des premiers travaux est du au paléontologuepaléontologue genevois François Jules Pictet.

Image du site Futura Sciences

Buste du savant genevois François Jules Pictet, 1809-1872 (© muséum de Genève)

Image du site Futura Sciences

Poissons fossiles du CrétacéCrétacé du Liban provenant des collections historiques étudiées par Pictet (© muséum de Genève).

Ces recherches se poursuivent de nos jours et de nombreuses publications portant sur des poissons marins du Crétacé font référence aux gisements libanais, soit pour y décrire de nouvelles espècesespèces, soit pour comparer ces espèces à d'autres découvertes ailleurs dans le monde. La figure ci-dessous illustre différentes étapes dans l'étude d'une de ces espèces, Eubiodectes libanicus (Pictet & Humbert, 1866). La roche qui contient les fossiles est un calcairecalcaire pur qui se dissout bien à l'acideacide acétique : il est donc possible, après avoir inclus la face exposée du fossile dans de la résine transparente, de retirer complètement le sédimentsédiment en le dissolvant avec de l'acide. Le squelette fossilisé, une fois complètement dégagé, est souvent très bien préservé avec ses différents ossements en connexion anatomique. Les étapes de l'étude consistent à décrire, figurer et reconstituer le squelette de l'espèce, puis à étudier sa position au sein de l'arbrearbre évolutif des poissons (sa position phylogénétiquephylogénétique) et finalement à tirer des conclusions sur son mode de vie et sur son environnement (paléoécologie, paléogéographiepaléogéographie).

Image du site Futura Sciences
Image du site Futura Sciences
Eubiodectes libanicus. Spécimen fossile préparé à l’acide acétique (haut), dessin du même spécimen (milieu) et reconstitution (bas).

Les poissons fossiles du Liban sont découverts dans trois localités datées du Cénomanien (base du Crétacé supérieur, environ 95 millions d'années) et dans une quatrième, plus jeune, datée du Santonien (milieu du Crétacé supérieur, environ 85 millions d'années). La caractéristique des gisements du Cénomanien, Haqil, Hugla et Namura, est l'extrême diversité des espèces rencontrées.


Image du site Futura Sciences
  
Gisements fossilifères du Liban ; Haqil, Hugla et Namura. Photos : OlivierOlivier Gaudant

Une étude récente comptabilise 17 espèces de raies et de requins, et 100 espèces de poissons actinoptérygiens présentes dans une ou plusieurs de ces trois localités (Forey et al., 2003).