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La faille Eldgja

Dossier - Voyage en Islande
DossierClassé sous :Voyage , volcanisme , point chaud

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L’Islande, aux portes de l’Union européenne, est une île de contraste. On y trouve les glaces des hautes latitudes ; c’est aussi un lieu idéal pour l’étude de la dorsale médio-atlantique. Plongez dans les lacs et les volcans de l'Islande à la découverte de son histoire et de sa biodiversité.

  
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Dans la faille Eldgja, on découvre la cascade d'Ofaerufoss qui présentait, jusqu'en 1993, la particularité de posséder un pont de lave naturel que l'on pouvait emprunter pour traverser. Ce pont de lave s'est effondré lors d'un tremblement de terre.

Cascade Eldgjá und Ófærufoss, Islande.© Jakob Hürner, CC BY-NC 2.0

Cascade Eldgjá und Ófærufoss, Islande.© Jakob Hürner, CC BY-NC 2.0

Eldgja est une fissure de plus de 30 kilomètres de long située dans le sud de l'Islande. Cette fissure a « érupté » en 934 (date sujette à caution). Elle s'étire depuis le Vatnajökull (rivière Skafta) jusqu'au Mýrdalsjökull (Katla).

La faille Eldgja parcourue à pied.

La faille Eldgja parcourue à pied. © Claire König

Sa plus grande profondeur est de 270 m, mais sa profondeur moyenne est de 140 m et sa plus grande largeur de 600 m.

Un pan de la faille Eldgja.

Un pan de la faille Eldgja. © Claire König

Les parois de cet effondrement linéaire sont faites d'hyaloclastites et de basalte et sont antérieures à 700.000 ans. Au sommet, on trouve des scories soudées accumulées lors de l'activité des fontaines de lave de l'Eldgja et des couches formées des épanchements de basalte alcalin à olivine (en 934 ?) qui se sont écoulés vers le sud.

Il y a recouvrement par les coulées de Lakagigar (en 1783, tout au fond du cirque, à l'amont et à l'est). Si on regarde bien les parois, on voit que l'effondrement est postérieur aux coulées que l'on trouve, symétriquement, sur les deux versants.

Fond de lave de l’Eldgja.

Fond de lave de l’Eldgja. © Claire König

L'éruption de l'Eldgja en 934 sous la forme d'un immense flot de basalte a émis quelque chose comme 19.6 km3 de lave : gigantesque !

Quelles traces a-t-elle laissées dans les documents historiques ?

La difficulté consiste à relier le fait rapporté dans les textes à l'événement lui-même. Les historiens ont étudié toutes les sources disponibles jusqu'aux comptes-rendus byzantins et arabes. Les relations d'un événement relativement ponctuel mais très lointain varient donc beaucoup. On n'en a pas vu les mêmes aspects : on n'a pas non plus vu l'événement lui-même et on ne retient que ce qui nous concerne.

Par exemple, le chroniqueur byzantin ne retient que le mauvais temps qui oblige l'empereur à nourrir les pauvres à cette époque. Le Landnámabók islandais seul mentionne une éruption. D'autres voient des colorations étranges du ciel, constatent des chutes de neige exceptionnelles, mentionnent des famines (Constantinople, 934-935) ou des épidémies (Reims, 934 et 936). Mais le lien direct est toujours difficile à faire.

Le fait est enregistré parce qu'il a une incidence sur les gens, près du personnage qui relate ces faits, et c'est de cette incidence dont il parle, mais personne ne cherche à relater un fait pour lui-même comme aujourd'hui. Il n'y avait pas non plus, à cette époque de quoi mesurer ces anomalies (thermomètres par exemple), ce qui laisse planer un flou sur les termes employés si on ne peut pas croiser les données (parfois très imagés et peu vraisemblables : monstres ou punition divine par exemple).

La lave d’Eldgja, riche en potassium

La richesse en potassium de la lave d'Eldgja permet l'apparition de cristaux de feldspath potassique, comme on le voit sur le petit échantillon présenté ci-dessous.

Sur ce caillou, on constate la présence de cristaux de feldspath potassique.

Sur ce caillou, on constate la présence de cristaux de feldspath potassique. © Claire König

Cette richesse en potassium peut être due à plusieurs facteurs, que nous devons envisager dans la réponse à la question suivante : d'où vient ce potassium ? Il peut venir :

Cartes géologiques et tectonique (à droite) de la région. © DR

Dans ce cas, c'est la dernière hypothèse qu'il faut retenir si on considère l'âge de l'éruption : il est fort probable que le magma « de rift » ait été enrichi en potassium par le magma « du point chaud ». Ceci est confirmé par les analyses Sr/Nd. La faille est raccordée au point chaud qui se trouve actuellement sous le Vatna. Elle est aussi raccordée au rift nord.