Planète

Gaua ou Santa-Maria, une menace d'un million de m3 d'eau

Dossier - Vanuatu : Iles de cendre et de corail
DossierClassé sous :Voyage , Volcanologie , volcans

-

Les volcans du Vanuatu sont situés dans une zone de convergence (subduction) des plaques australienne et pacifique, ils appartiennent à la "ceinture de feu du Pacifique (Ring of fire)" qui concentre près de 70 % de l'activité volcanique mondiale.

  
DossiersVanuatu : Iles de cendre et de corail
 
Le mont Garet et une partie du lac Létas. © IRD/Michel Lardy.

Le nom de Santa-Maria a été initialement donné par le commandant portugais Pedro Fernandez de Quiros qui naviguait pour le compte de la Couronne d'Espagne. Après avoir découvert l'île volcanique en activité de Mere Lava il partit en direction de Gaua (Santa Maria) et atteignit le nord d'Espiritu Santo le 3 mai 1606 ; il pensait avoir trouvé le grand continent austral tant recherché.

Petit panache au sommet du volcan Garet – 1995 © IRD/Michel Lardy

L'île de Gaua située au nord-est de la plus grande île du Vanuatu est rattachée au groupe des îles Banks et possède le volcan le plus menaçant de cette région. Sa forme grossièrement circulaire (diamètre : 20 km) présente un point culminant au mont Garet (un peu moins de 800 mètres). La hauteur de l'édifice incluant la partie immergée dépasse les 2 000 mètres. Le mont Garet est un strato-volcan basaltique qui occupe actuellement le volume d'une ancienne caldeira jusqu'au niveau des cocoteraies situées sur la frange côtière et où se concentre l'essentiel de la population.

  •  A - Une forte activité récente
Flanc Nord-Est du Garet en 1962 peu avant une reprise d'activité dans la zone sommitale, seules les eaux sulfureuses dans la partie sud du lac Létas sont indiquées sur les cartes IGN (1957). © IRD/Roland Priam.

Jusqu'en 1962, aucune éruption historique de grande ampleur n'a été signalée, l'activité volcanique du Mont Garet se limitait probablement à une phase solfatarique. Cette période de calme relatif devait cesser à la fin de l'année 1962 avec l'ouverture d'un nouveau cratère sur le flanc S.-E. du cône.

A la fin de 1973 l'enchaînement de très forts séismes localisés sous l'édifice inquiète le sismologue de l'IRD, Claude Blot, et conduit les autorités du condominium par suite d'une indisponibilité permanente des moyens d'évacuation (Edic et Dunkerquoise de la Marine Nationale) à une évacuation temporaire de l'île des quelque 600 habitants dès la mi-décembre.  Des émissions de cendres et panaches sont observés au cours du mois de janvier 1974, le réseau sismologique indique une remontée du magma, mais aucune éruption ne se produit.

Dégazage du cratère de la zone sud-est. © IRD/Michel Lardy.

Par la suite de nombreuses explosions modérées accompagnées d'émissions de cendres se sont produites jusqu'en 1977 et l'activité du Garet s'est poursuivie pendant les années 80. Après la déforestation de la zone sommitale le cratère S.-E. qui semble dégazer fortement au début des années 90 libère des produits acides qui se répandent principalement sous l'action des vents sur la partie N.-O. inhabitée de l'île; l'interaction des pluies et des gaz libérés par le volcan engendre la formation de pluies acides agressives pour la végétation.

Impacts des pluies acides sur les flancs du Garet et en bordure du lac (zone nord-ouest) © IRD/Michel Lardy.

Les conséquences des pluies acides sur la végétation sont très nettes aux abords du lac Létas dans la zone sous le vent.

  •  B - Un lac à cinquante degrés Celsius !

Quelles que soient les conditions pluviométriques, le niveau du lac Létas varie peu du fait de la présence d'un important déversoir situé à l'est de la caldeira. Ce déversoir naturel donne naissance à une cascade d'une centaine de mètres de hauteur.

La cascade, le lac (6 km sur la plus grande longueur) et le Garet. © IRD/Michel Lardy

La bathymétrie réalisée en 1994 a permis de déterminer une profondeur maximale à 119 mètres pour un volume total estimé à environ 0,8 kilomètre cube. La configuration générale de la caldeira n'est pas sans rappeler celle de Karua avec la réinstallation centrale d'un cône volcanique. Dans la partie nord on peut observer une activité de dégazage permanente localisée sur les rives du lac et dans l'eau à cet endroit la température atteint une cinquantaine de degrés Celsius; les traces d'un dégazage permanent dans la zone sud-est au pied du Garet sont bien visibles .

Traces de dégazages dans le lac Létas. © IRD/Michel Lardy

On note également la présence d'une fumerolle très active (taux élevé de sulfates) sur les flancs N.-O. de la caldeira qui dominent le lac.

  •  C - Un volcan menaçant pour l'île et sa région

La reprise d'activité depuis les années 60 indique sans doute une probable remontée de magma vers la surface mais dont le cheminement à l'échelle humaine reste long et incertain ; ce volcan actif -niché dans une caldeira occupée par un lac- présente un risque important d'interaction eau-magma compte tenu du volume d'eau qui pourrait entraîner une éruption à caractère fortement explosif. Le Garet reste une menace pour l'île et la région. Une carte des menaces est consultable sur le site de Nouméa.

Actuellement un peu plus d'un millier d'habitants vit regroupé dans la région N.-E. de l'île essentiellement sur la frange côtière.